Soleillades 1 [Nouvelles de Soleils rouges] : Engagements familiaux
- Renaud Poulain-Argiolas
- 5 mars
- 14 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 mars

Depuis fin 2024, je publie sur ce site des biographies de militant-es du mouvement ouvrier dans le prolongement de ce que j’ai pu faire dans Le Maitron en ligne (dictionnaire biographique du mouvement ouvrier – mouvement social). Pour définir rapidement le mouvement ouvrier, c’est l’ensemble des mouvements et organisations (partis, syndicats, coopératives, mutuelles, conseils ouvriers…) qui se sont mobilisées à partir de la révolution industrielle en vue d’améliorer les conditions de vie du prolétariat. L’appellation « mouvement social » ouvre aux combats menés dans la continuité des « nouveaux mouvements sociaux » des années 1960 : des dynamiques collectives structurées ou informelles qui ont pris forme sur les terrains du féminisme, de l’écologie, du régionalisme, des luttes étudiantes, des droits des immigrés ou de ceux des homosexuel-les.
Après que le CNRS a jeté par-dessus bord fin 2022 les associations régionales et collectifs du Maitron dont des membres rédigeaient des articles du dictionnaire (j’étais membre de plusieurs d’entre elles), j’ai eu besoin de créer un espace pour continuer à travailler. Les commémorations de la Libération m’ont motivé à me consacrer aux parcours de résistant-es. Ce faisant, j’ai tenté de mettre en avant les femmes, qui avaient été longtemps oubliées. L’inconvénient du format blog, c’est que les gens qui me suivent ne voient que les nouveaux articles. Ils ne perçoivent pas le travail souterrain (visites de centres d’archives, recherches généalogiques, quête de descendant-es des militant-es dans l’espoir de trouver une photo de leur aïeul-e, immersion dans les ouvrages d’historien-nes spécialisé-es et les documentaires sur une période donnée pour remettre les actes individuels dans leur contexte général). Pas plus qu’ils ne voient les corrections et ajouts réalisés sur les textes plus anciens.
Il peut me falloir plusieurs mois ou plusieurs années pour mettre la main sur un portrait d’individu que j’ai biographié. C’est peu de chose à l’échelle d’un travail qu’on a tendance à vouloir quantifier (en nombre d’articles) sans trop l’envisager en terme d’amélioration de ce qui a déjà été accompli. Je pense que je vais publier un article à part pour lister les personnes dont je cherche des portraits. Qui sait ? Peut-être que des gens qui connaissent leurs descendant-es pourront leur faire passer le mot ! Depuis que je mène cette activité, je mesure l’importance du « réseautage ». Les biographies sans photo sont moins attractives. Quand je finis par ajouter un portrait, j’annonce la nouvelle version de l’article sur Facebook. Mais tout le monde ne me suis pas sur Facebook ni n’a d’ailleurs un compte sur la plateforme dont le propriétaire a prêté allégeance à Donald Trump. Ça a ses limites. Peut-être que je devrais être présent sur un autre « réseau social ».
Au-delà de la quête de photos, l’essentiel de mon temps passe à la reconstitution de nouvelles vies engagées : acteurs et actrices du Front populaire, résistant-es, socialistes, communistes, anarchistes, syndicalistes, militantes des droits des femmes… Dans ces explorations j’accorde une attention particulière aux liens familiaux. En effet, quand on découvre un militant ou une militante, sa conjointe ou son conjoint a généralement une appartenance politique, syndicale ou associative. Sans que ce soit une règle absolue, les engagements se transmettent souvent d’une génération à une autre. Mon travail a donc des dimensions généalogique et sociologique : qu’une personne naisse enfant unique au sein d’une famille relativement aisée ou soit issue d’une famille de basse condition dans une fratrie de dix enfants, ça marquera son cheminement. Mes collègues du Maitron ne mentionnaient pas toujours les noms des parents. Moi je le fais, parce que je me suis aperçu qu’ils pouvaient être engagé-es eux aussi. Et disposer de leurs noms, c’est gagner du temps et en faire gagner aux chercheurs et chercheuses qui pourraient lire notre article.
Lorsque je les connais, je précise les adresses successives des militant-es du passé. On pourra m’objecter que c’est superflu. J’avais vu avec enthousiasme la cartographie faite par Paul Boulland sur les communards sur le site du Maitron. Personnellement, j’aime me dire en passant dans une rue que c’est à ce numéro qu’Untel ou Unetelle a vécu. Voici un état des lieux des dernières recherches par famille qui m’ont occupé ou qui m’occupent encore aujourd’hui. Certaines biographies ont été écrites il y a un moment, mais le traitement d’un de leurs parents m’oblige à actualiser leurs notices :
![L'oncle et le neveu Babierowski jouant ensemble, 1924 [Archives Babierowski]](https://static.wixstatic.com/media/080998_1642c1a8be574508940dff03d9592e62~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1421,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_1642c1a8be574508940dff03d9592e62~mv2.jpg)
Les Babierowski, venus de Pologne : Louis, musicien et peintre né en 1900, était proche des socialistes ou du Parti communiste-Opposition de Strasbourg. Son neveu Edmond fut ajusteur-mécanicien et dessinateur-projeteur à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). Ce dernier fut réquisitionné par la Kriegsmarine allemande et chargé de faire la traduction entre les autorités occupantes et les ingénieurs français. Résistant, il transmettait les informations qu’il entendait à ses camarades. Il travailla par la suite comme dessinateur-projeteur aux Établissements Kuhlmann. Avec un groupe qui comprenait Manuel Mateu et Charles Turrel, il sabotait au printemps 1944 les raccords en caoutchouc des trains. En juin, il a sectionné le câble reliant les fortifications d’une grande partie de la côte au nord de l’étang du Pourra, faisant perdre un temps précieux aux Allemands. Après la guerre, il a siégé pendant presque vingt ans au conseil municipal dans l’équipe du communiste René Rieubon. Multi-instrumentiste, il a créé le conservatoire de musique de la commune.
![Gabriel Balme en 1944 [SHD de Vincennes]](https://static.wixstatic.com/media/080998_2c270dda5f5e4c9dbec67b60309b686b~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1301,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_2c270dda5f5e4c9dbec67b60309b686b~mv2.jpg)
Les Balme, natifs d’Arles (Bouches-du-Rhône) : Gabriel, chef du personnel aux Établissements Kuhlmann de Port-de-Bouc puis chef de section à la Sécurité sociale, fut le chef militaire de la Résistance de la commune à partir de 1942. Engagé à la fois dans les Francs-Tireurs et Partisans français (FTP), les Mouvements unis de la Résistance (MUR), le Front national de lutte pour la libération (FN), les Milices patriotiques, l’Armée secrète et la CGT, il a été à la fin de la guerre secrétaire du comité local de libération. Son frère Paul, ajusteur, contremaître puis employé de bureau, s’est investi dans les FTP, les MUR et le FN de Port-de-Bouc et Martigues.
![Albert Bastoni [Section PCF de Martigues]](https://static.wixstatic.com/media/080998_e3f0b497e8114372ad54b9cebfba6833~mv2.jpg/v1/fill/w_403,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_e3f0b497e8114372ad54b9cebfba6833~mv2.jpg)
Les Bastoni, originaires de Toscane (Italie) : Joseph (Giuseppe), né en 1901, a été un des premiers communistes connus de Martigues. Terrassier et manoeuvre, militant de la CGTU (avant sa fusion avec la CGT au moment du Front populaire), il était surveillé par les polices française et italienne. Albert, un de ses quatre enfants, était ouvrier de la pétrochimie, militant syndical, politique et du sport ouvrier. Au sein du PCF martégal, il a eu des responsabilités locales et départementales avant de mourir à trente-trois ans dans un accident de voiture.
Les Beley, installés à Miramas (Bouches-du-Rhône) : Jean-Pierre, chef de gare, était proche des communistes et militant associatif. Il a donné son nom à l’esplanade devant la gare. Sa femme, Odette née Barre, était engagée à l’Union des Femmes françaises (UFF).
![Les frères Blanc en juin 1968. De gauche à droite (devant) : René, Raymond, Marcel et Léonce ; derrière : Mélie (femme de René), Lucienne (femme de Raymond), Maryse (fille de Marcel) et Claude (femme de Léonce) [Archives famille Blanc]](https://static.wixstatic.com/media/080998_f6d56f7704c740f9b2cae0e6978d2999~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_654,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_f6d56f7704c740f9b2cae0e6978d2999~mv2.jpg)
Les Blanc (Bouches-du-Rhône) : Le cheminot cégétiste Albert Blanc a été sanctionné pour fait de grève en 1910 et muté en Haute-Loire. Son deuxième fils, René, était garde-signaux à la SNCF et résistant dans le réseau Phratrie. Membre du PCF et de la CGT, il a été adjoint au maire de Raphèle et conseiller municipal de Berre. Le troisième, Raymond, ajusteur au chemin de fer, a été militant communiste et cégétiste à Istres et à Miramas. Il a dirigé les sections du parti de ces deux villes et été conseiller municipal dans la première. Le quatrième et dernier fils, Marcel, communiste comme ses frères, a été résistant et membre du comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône. Lucienne née Hermite, la femme de Raymond, était perleuse, militante communiste et membre de l’UFF. Adrien Hermite, l’oncle de Lucienne, était maçon, syndicaliste CGT et membre du Parti communiste. Il a été victime d’une explosion de la poudrerie de Saint-Chamas, qui l’a rendu invalide.
Les Cabiac de Miramas (Bouches-du-Rhône) : Originaires du Gard, les époux Cabiac étaient communistes. Jean était brigadier de manœuvres à la SNCF et engagé à la CGT. Son épouse, née Renée Bellon, était de plus active à l’UFF. Leur fille, Monique, membre du parti, avait épousé un ancien résistant, Aimé Mazauric, qui fut un cheminot cégétiste et communiste.
![Maurice Cappöen [Archives D. Fenain]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3ce0be553ce443c68185bc4684e9bbb8~mv2.jpeg/v1/fill/w_558,h_800,al_c,q_85,enc_avif,quality_auto/080998_3ce0be553ce443c68185bc4684e9bbb8~mv2.jpeg)
Les Cappoën (Nord) : Trois frères mineurs, Maurice, Henri et Ernest, ont participé à la Résistance dans les rangs des FTP, le second dans le Pas-de-Calais et les deux autres dans les environs de Douai. Vraisemblablement liés au Parti communiste et à l’Organisation spéciale au vu de la précocité de leur engagement dans la Résistance, ils ont participé à des vols d’armes, à leur transport, à des actes de sabotage de la production et à des grèves jusqu’à leur arrestation par la Gestapo et leur déportation en Allemagne. Maurice est mort à Dachau, Henri à Buchenwald. Ernest, lui, a survécu. Je devrai bientôt me pencher sur le vécu d’André Cappoën, fils de Maurice, qui a suivi le même chemin vers la déportation dont il est revenu.
![Fifi Domenech vers 1987 [Arch. de la fédération PCF des Bouches-du-Rhône]](https://static.wixstatic.com/media/080998_8cb6b3b6b57042408cbc6e69a26bd782~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1348,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_8cb6b3b6b57042408cbc6e69a26bd782~mv2.jpg)
Les Domenech de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) : Un gros travail, commencé sur Le Maitron, avait été mené sur Albert Domenech, qui exerça des fonctions importantes au sein des Jeunesses communistes (JC) d’Alger, du Parti communiste algérien dans les années 1930, puis dans les JC de la région marseillaise, engagé dans la solidarité avec les républicains espagnols, résistant et déporté à Dauchau, secrétaire du syndicat des Métaux du chantier naval de Port-de-Bouc et conseiller muncipal. J’ai continué à creuser à trouver de la matière. Rien n’avait encore été écrit sur sa femme, Fifi Domenech, née Joséphine Hamdani. C’est maintenant chose faite. Elle a été secrétaire de sa cellule du PCF pendant trente ans tout en militant à l’Union des Femmes françaises.
![Inauguration de la place Jean Moulin, 1985. De gauche à droite : M. Pellegrino (sous-préfet) Marius Fournier (maire) et M. Hubert Gay (adjoint). [Archives J.-J. Lucchini]](https://static.wixstatic.com/media/080998_5f383702b6264348921081e5226bf5d4~mv2.jpg/v1/fill/w_550,h_383,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_5f383702b6264348921081e5226bf5d4~mv2.jpg)
Les Fournier de Saint-Mitre-les-Remparts (Bouches-du-Rhône) : Marius Fournier fut un CRS communiste avant d’être exclu de la police en 1947 au moment où l’État cherchait à purger l’institution de ses éléments communistes. Il fut ensuite ajusteur au chantier naval de Port-de-Bouc, secrétaire du syndicat des Métaux, puis fondateur du syndicat CGT de Naphtachimie, secrétaire de l’Union locale de Martigues, secrétaire de la section communiste locale, membre du comité fédéral des Bouches-du-Rhône puis maire de Saint-Mitre pendant une trentaine d’années. Sa cousine Hélène fut une victime civile de l’armée allemande, abattue en 1943 alors qu’elle se déplaçait à vélo.
![Gaby Bonnet en 1982 [Archives Gangai]](https://static.wixstatic.com/media/080998_9fdf157496ab4dfabe5b7d18ddd04976~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1340,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_9fdf157496ab4dfabe5b7d18ddd04976~mv2.jpg)
Les Gangai de Marseille / Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) : Après avoir travaillé sur le parcours de Gaby Gangai/Bouny/Bonnet, responsable fédérale du PCF des Bouches-du-Rhône puis du Cher entre les années 1970 et les années 1990, conseillère municipale aixoise et secrétaire de la section communiste de Martigues, j’ai prolongé mes recherches par ceux de ses parents : Antoine Gangai, qui a fait partie du service d’ordre du parti en 1936 – pour la campagne « Marseille propre », menée par François Billoux contre Simon Sabiani du Parti populaire français, le parti fasciste de Jacques Doriot – et Marguerite Mas, active un temps à l’Union des Femmes françaises.
![Jean Giannetti en 1949 [SHD de Vincennes]](https://static.wixstatic.com/media/080998_7f9ac9b88fec4e0baf0f5005c5695d5d~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1069,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_7f9ac9b88fec4e0baf0f5005c5695d5d~mv2.jpg)
Les Giannetti de Martigues (Bouches-du-Rhône) : Armand, agriculteur immigré de Toscane (Italie), fut un des premiers communistes repérés par la police à Martigues dans les années 1920. Président de la section des Amis de l’URSS, il était aussi à la CGTU. Il rejoignit plus tard puis le PPF de Sabiani. Son fils Lénine fut arrêté pour avoir chanté L’Internationale sur son chantier en 1940. Sa seconde femme, Blanche Bidot, passa du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme avant guerre au PPF pendant l’Occupation. Son neveu Jean Giannetti, instituteur socialiste, commanda une compagnie de l’Armée secrète (résistance gaulliste) avant d’être conseiller municipal à Martigues dans les années 1970.
![Delphine Giovannini dans les années 1930 [Archives F. Ruiz]](https://static.wixstatic.com/media/080998_1cfe784ada7447bca4584c715ccc0a2d~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1188,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_1cfe784ada7447bca4584c715ccc0a2d~mv2.jpg)
Les Giovannini d’Arles et Port-de-Bouc : Lionel Giovannini, venu de Toscane, a travaillé comme manœuvre puis ébéniste. Communiste et cégétiste, il a perdu son travail après la grande grève du 30 novembre 1938 pour défendre les acquis du Front populaire. Persécuté sous Vichy, il bénéficié de soutiens importants avant de rejoindre les FTP dans les Alpes. Sa femme Delphine née Ciamporciero intégra le comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme et le PCF. Conseillère municipale à Port-de-Bouc pendant presque vingt ans, elle fut une figure centrale de la solidarité avec les hommes du chantier naval lors du lock-out de 1949. Le couple perdit trois de ses fillettes en 1950 lors d’un accident industriel.
![Étude de projet de construction d'immeubles par le conseil municipal, 1947. De gauche à droite :René Rieubon, Gabriel Laforest, Anna Santoru, Armand Guigue, François Caparros, Charles Mongrand et Clément Mille [photo extraite de 1939-1945 : Mémoires pour demain]](https://static.wixstatic.com/media/080998_682212e1855b405f9669f85d6b52107a~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_417,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_682212e1855b405f9669f85d6b52107a~mv2.jpg)
Les Guigue à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) : J’ai commencé mes recherches sur la famille Guigue, originaires d’Arles, en partant d’Armand, militant communiste, résistant, déporté et conseiller municipal à Port-de-Bouc dans l’équipe de René Rieubon de 1947 à 1977. J’ai complété la brève notice qui existait sur son père Véran, militant anarcho-syndicaliste et secrétaire du syndicat CGT du chantier naval dans les années 1920, et créé des entrées sur les frère et sœurs d’Armand : Marthe, César et Marie. Il me reste à traiter une nouvelle partie de la vie de Véran Guigue sous l’Occupation, marquée par son passage de l’anarchisme au communisme.
![Valentine et Fortuné Jayne [photo extraite de Le Peuple héros de la Résistance de Louis Gazagnaire]](https://static.wixstatic.com/media/080998_baf814d4724f4ec4ae6a27761d7c9b15~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_754,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_baf814d4724f4ec4ae6a27761d7c9b15~mv2.jpg)
Les Lauze à Marseille / Aubagne (Bouches-du-Rhône) : Mon point de départ a été Mireille Lauze, communiste marseillaise, résistante dans les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTP), morte à 24 ans au camp de concentration de Ravensbrück. J’ai considérablement développé la version de sa biographie qui avait été publiée dans Le Maitron, ainsi que celle de son père, Louis Lauze, militant et résistant FTP lui aussi, rédigé un article sur sa mère, Catherine Lauze née Filippi. Cette dernière, fille de bagnard, militante communiste et résistante FTP, s’est mariée trois fois et a eu un enfant militant de chacune de ces unions. Mireille Lauze avait une grande sœur par son père, qui avait eu une première union avant sa rencontre avec Catherine. Valentine Lauze, de vingt ans plus âgée que sa sœur, était active au PCF et a participé à la Résistance tout comme le reste de sa famille. Mais modeste, elle a plus aidé les autres à faire reconnaître leurs états de service après la Libération que ce qu’elle a fait de démarches pour elle. Son mari, Fortuné Jayne, fut actif parmi les FTP des Basses-Alpes. J’ai travaillé sur son parcours. Il me reste à enquêter sur Valentine.
![Yves Le Gall en 1950 [SHD de Vincennes]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3120308c55fa4e1da4c93228051014b4~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1317,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_3120308c55fa4e1da4c93228051014b4~mv2.jpg)
Les Le Gall de Plounévézel (Finistère) : Jean-Marie, propriétaire exploitant socialiste et syndicaliste agricole, rejoignit le mouvement de résistance Libération-Nord par le biais de François Tanguy-Prigent, député socialiste qui avait refusé de voter les pleins pouvoirs au gouvernement de Pétain. Dénoncé par un proche, il fut déporté au camp de concentration de Neuengamme d’où il ne revint pas. Son frère Yves, instituteur socialiste, s’est engagé dans les FTP et Libération-Nord, avant de devenir chef de section FFI du secteur de Bannalec.
![Marie-Louise, Mado et Lucien Moulin en 1954 [Archives Luard]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg/v1/fill/w_426,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg)
Les Luard / Moulin / Péraudeau de Martigues (Bouches-du-Rhône) : Claude Luard, ouvrier puis employé de mairie, participa au comité de section du PCF. Trésorier du syndicat CGT des employés territoriaux, il fut membre de nombreuses associations. Son épouse, Mado née Moulin, fut membre des Vaillants et Vaillantes, de l’UJRF (Union de la Jeunesse républicaine de France) et du Parti communiste. Institutrice remplaçante, ouvrière et femme de ménage, elle a siégé au comité de section martégal. Elle était en outre militante de l’éducation populaire. Sa mère, Marie-Louise Moulin née Buis, fut ouvrière d’usine et femme de ménage, membre du comité fédéral communiste des Bouches-du-Rhône, membre fondatrice de l’UFF martégale et fit partie des premières femmes élues au conseil municipal en 1945. Le premier mari de Marie-Louise, Lucien Moulin, fut employé des pompes funèbres et militant communiste. Son second mari, Edmond Péraudeau, était communiste, cégétiste et pilier de la Confédération nationale du logement (CNL).
![Juin 1940, Paris XIIe arr. Dernière photo des frères Migdal au complet. De gauche à droite : Charles, Henri, Robert et André [extrait de Les Plages de sable rouge d'André Migdal]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3b48479b5d394ce686e31ecde70e8615~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1225,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_3b48479b5d394ce686e31ecde70e8615~mv2.jpg)
Les Migdal de Paris (XIIe arrondissement) : Juifs d’origine polonaise, les frères Henri, Robert et André avaient entre quinze et dix-neuf ans quand l’armée allemande occupa la partie nord de la France. Membres des Jeunesses communistes avant la guerre, ils rallièrent l’Organisation spéciale et auraient fait partie d’un des premiers groupes armés à Paris. Ils prirent part à l’activité d’un centre clandestin de diffusions de tracts communistes, approvisionné par les délégués de région du PCF et diffusés par les jeunes militants. Arrêtés avec nombre de leurs camarades suite à un coup de filet de la Brigade spéciale, Henri et Robert sont morts à Auschwitz, tandis qu’André fut déporté au camp de Neuengamme. Il a réchappé à la catastrophe du Cap Arcona le 3 mai 1945 sur la mer Baltique. Environ dix mille déportés avaient été entassés dans trois bateaux à pavillon allemand. La Royal Air Force britannique les a coulés, tandis que des SS et des membres des Jeunesses hitlériennes attendaient les déportés survivants sur la plage pour les abattre à la mitraillette. Leurs parents, Joseph et Sarah Migdal, reconnus comme membres du Front national de lutte pour la libération, ne sont pas non plus revenus d’Auschwitz.
![Georgette Mourgues avec les FFI sur la place de l'Hôtel-de-ville. Arles, 24 août 1944 [extrait de Résister en pays d'Arles]](https://static.wixstatic.com/media/080998_12ab909d1c334d72bf32b0918e773c8a~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_579,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_12ab909d1c334d72bf32b0918e773c8a~mv2.jpg)
Les Mourgues d’Arles (Bouches-du-Rhône) : Georgette Mourgues, fille d’un militant du Parti communiste, adhéra à l’Union des Jeunes filles de France (UJFF) avant la guerre et participa à la solidarité avec les républicains espagnols. Elle intégra les Comités féminins de la Résistance, puis les FTP en tant qu’attachée à l’état-major du 1er bataillon du secteur Nord des Bouches-du-Rhône. Elle assurait la liaison entre son père Victorin et Henri Morand. Le 10 juillet 1944, elle joua un rôle de premier plan dans le sabotage du pont de Trinquetaille pour freiner les mouvements de l’armée allemande en transportant des explosifs dans une poussette. Après cela, elle participa aux journées insurrectionnelles de la libération d’Arles. Son témoignage inspira un spectacle. Henri, son frère cadet, refusa de partir au STO et adhéra au même bataillon des FTP. Il communiquait des informations sur les collaborateurs et les agents de la Gestapo, diffusait tracts anti-nazis et presse clandestine. Arrêté par les Allemands, il s’évada du train qui le menait vers la déportation. Il participa à la libération de sa ville et mourut de maladie à l’hôpital à dix-neuf ans.
![La rue Pinoncelly (avec une faute d'orthographe) à Miramas [photo Renaud P-A]](https://static.wixstatic.com/media/080998_208cb5251d814e30ac8d95dafee69c55~mv2.jpg/v1/fill/w_358,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_208cb5251d814e30ac8d95dafee69c55~mv2.jpg)
Les Pinoncély, (Bouches-du-Rhône) : Les trois frères étaient originaires de Larche (Basses-Alpes). Antoine, l’aîné, fut tour à tour cultivateur et chef de train. Militant communiste de Miramas, il entra dans les FTP et siégea au comité local de Libération à la fin de la guerre. Alfred, le deuxième, était secrétaire adjoint du syndicat CGT des cheminots en 1939 et membre du PCF. Rayé de l’affectation spéciale, il fut envoyé au front et tué en juin 1940 dans la Somme. Léon, le troisième, fut homme d’équipe en gare de Gardanne. Il entra au groupe Fer, mouvement de résistance cheminote, et dans les Corps francs de la Libération, créés par le comité directeur du MLN (Mouvement de Libération Nationale). Il effectua le transport de plastic et d’armes sur les lignes de Gardanne-Carnoules et participa à des sabotages. Après guerre, il était CRS. Sa compagnie fit partie des onze dissoutes dans le cadre de la purge des éléments communistes au sein de la police.
![Gaëtan Pizzella à 59 ans [Archives Pizzella]](https://static.wixstatic.com/media/080998_bbcfa0500bb64330a2fa38652b0c982d~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1291,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_bbcfa0500bb64330a2fa38652b0c982d~mv2.jpg)
Les Pizzella d’Istres : Félix Pizzella, d’origine italienne, fut artisan tailleur puis restaurateur. Sa femme Flora, née de parents espagnols, fut ouvrière, femme de ménage et employée de la restauration. Tous deux prirent leur carte au PCF. Flora adhéra de plus à l’UFF. En 1962, ils devinrent propriétaires d’un bar-restaurant. Amélie, la mère de Félix, née en Toscane, fut pantalonnière, membre du PCF et de l’UFF. Elle fut présentée comme candidate par son parti aux élections municipales de 1953. Gaëtan, le frère de Félix, tailleur lui aussi, entra au PCF de Gap et dans les résistants FTP de la Drôme. Il était présent lors de plusieurs actes de sabotage. En attaquant la Milice, il fut touché par une balle explosive et du être partiellement amputé d’une jambe.
Je clos ce premier compte-rendu en évoquant un chantier à venir qui me passionne déjà. J’ai rencontré ces jours-ci Jean Lafaurie, né dans le Lot en 1923, ancien résistant FTP de Corrèze et rescapé du camp de Dachau. Du haut de ses cent deux ans, il parcourt la France depuis plus de quarante ans pour raconter la Résistance et la déportation aux jeunes générations. Cet homme haut en couleurs a publié un livre pour témoigner de son vécu, un autre de poèmes ainsi qu’une pièce de théâtre.
![TATILON Paul [né TATILON Hugues, Paul]. Pseudonymes dans la clandestinité : HC ; BACHO.](https://static.wixstatic.com/media/080998_257f10aa8c54441dbcfbbcdf831f4669~mv2.jpeg/v1/fill/w_412,h_531,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_257f10aa8c54441dbcfbbcdf831f4669~mv2.jpeg)


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