GIANNETTI Jean, Marie, Jacob
- Renaud Poulain-Argiolas
- 10 janv.
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Dernière mise à jour : 10 janv.
Né le 6 avril 1911 à Martigues (Bouches-du-Rhône), mort le 20 décembre 1999 à Martigues ; instituteur ; militant socialiste ; conseiller municipal de Martigues (1977-1983) ; résistant du mouvement Libération puis des Mouvements unis de la Résistance (MUR) en Ardèche, chef du sous-secteur du Teil, responsable des maquis de La Quinte (Saint-Martin-le-Supérieur) et de Suchier (Baix), commandant de la 103e compagnie de l’Armée secrète – secteur E ; responsable départemental MLN (Mouvement de Libération nationale) à l’agriculture pour l’Ardèche à la Libération.

Les parents de Jean Giannetti étaient Valentin Giannetti, fabriquant de pâtes alimentaires, natif de Bientina en Toscane (Italie), et Joséphine Gaudino, repasseuse, née à Martigues. Son père était arrivé d’Italie avec sa famille à la fin du XIXe siècle. Les Giannetti s’étaient d’abord installés à La Ciotat, avant de faire souche en 1902 à Martigues. Un de ses oncles, Armand Giannetti, y fut dans les années 1920 un communiste fervent avant de se rapprocher du Parti Populaire Français au contact de Simon Sabiani.
À la naissance de Jean Giannetti, ses parents vivaient au n°5 de la rue du Buisson. Le couple acheta en décembre 1919 un fonds de commerce rue Poissonnerie, dans le quartier de L'Île, pour y ouvrir une épicerie. Jean passa un brevet élémentaire, un brevet supérieur (vraisemblablement industriel – car il mentionnera plus tard ce diplôme par « BSI ») ainsi qu’un CAP.
En 1931, il était instituteur en Ardèche, vivant seul, dans le hameau des Granges sur la commune de Nozières. Le 5 août 1933, il se maria à Martigues avec Suzette Rey, fille d’un entrepreneur de travaux publics. Était-il à cette époque membre de la SFIO (socialiste) ou au moins sympathisant ? Les relations qu’il nouera dans la Résistance avec des militants socialistes pourraient le suggérer.
Le 26 août 1939, Jean Giannetti fut mobilisé au 64e Bataillon de chasseurs alpins, créé au camp de Villepray, près de Saint-Aygulf (Var). Nommé caporal, il était secrétaire de l’officier des détails et agent de liaison. Un site internet consacré à l’historique des troupes alpines reconstitue les déplacements de son bataillon au fil des combats que ce dernier mena : dans les Alpes (Magagnosc, Peille, Sospel), l’Aube (Troyes, Mailly), l’Alsace (Niederbronn-les-Bains), la Marne (Reims, Jonchery, Longueval), l’Aisne (Dhuizel, Vieil-Arcy, canal de l’Oise à l’Aisne, Pont-Arcy, Chavonne), la Marne à nouveau (Longueval, ferme Pinson, Fismes, la Vesle) et la Loire (Coeully-sur-Loire, bois de Misey). Les rescapés franchirent la Seine et furent faits prisonniers en juin 1940. Giannetti s’évada en décembre.
Il racontera en détails son parcours en 1949 à l’occasion d’une demande de certificat d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur (FFI). Fin 1942, instituteur à Meysse (à 70 km de Nozières), il rejoignit le mouvement Libération en prenant contact avec Jean Beaussier alias "D" – lui-même instituteur à Bourg-Saint-Andéol. Il aura pour supérieurs hiérarchiques Beaussier et Pierre Fournier alias "Commandant L" – tous deux militants de la SFIO avant la guerre – qui étaient responsables départementaux à l’organisation et militaire. Ses pseudonymes successifs furent "Jean" et "SR 123". En novembre 1942, il commença à cacher les hommes qui refusaient de partir au titre de la Relève (prémice du Service du travail obligatoire) et les jeunes gens de la classe 1942. Il le fit soit dans des fermes, soit plus tard dans les maquis qu’il mettait sur pied : le camp de la Quinte à Saint-Martin-le-Supérieur (aujourd’hui Saint-Martin-sur-Lavezon) et celui de Suchier à Baix. En décembre, il fut nommé par Beaussier chef responsable du sous-secteur du Teil. Devant assurer le ravitaillement, il fournit vivres, armes et explosifs à ces camps, participa avec les hommes au sabotage des voies ferrées et donna des coups de main dans les mairies. Dans les communes il mit en place des sizaines et des trentaines de résistance. Il diffusa des journaux clandestins (Libération, Franc-Tireur, l’Humanité, Le Populaire), ce qui lui valut d’être arrêté. On le relâcha faute de preuves.
Dans le courant de l’année 1943, son activité de résistant se poursuivit dans les MUR (Mouvements unis de la Résistance). Au mois de juillet, il fut désigné par la Résistance pour être moniteur de battage. À ce titre, il livra plusieurs tonnes de blé qu’il avait soustraites, sous les ordres de son chef militaire Pierre Fournier. En octobre 1943, il était officiellement responsable des camps des maquis de La Quinte-Saint-Martin-le-Supérieur et de Baix-Suchier. En novembre, à la demande de Jean Beaussier, il fournit les plans de haute tension qui réglementaient la force motrice Drôme-Ardèche-Isère. Le mois suivant, il se rendait à Marseille avec des faux titres de circulation pour prendre livraison de matériels explosifs. Il écrira avoir été dénoncé par un certain Belan (ou Belon), receveur des postes à Saint-Martin, et averti par le service de renseignements. Le 18 février 1944, il renonça à sa vie familiale et à ses obligations légales. Le 21 février, il échappa de justesse à une arrestation par la Milice et la Gestapo. Il précisera à propos de l’événement que cinq de ses camarades furent capturés et transférés en Allemagne, d’où ils ne revinrent pas. Le 6 juin 1944, le Commandant L, responsable départemental de l’Armée secrète (AS), le nomma lieutenant FFI. Il prit alors le commandement de la 103e compagnie de l’AS, secteur E. Avec son unité, il participa aux combats de la vallée du Rhône, faisant de nombreux prisonniers allemands et francs-gardes (miliciens). Il fut décoré à Vals-les-Bains de la Croix de guerre avec Étoile d’argent et cité à l’ordre de sa division. En avril 1945, il était responsable départemental MLN (Mouvement de Libération nationale) à l’agriculture.
En décembre 1946, les autorités militaires l’homologuèrent au grade de sous-officier FFI. Il avait repris son travail d’instituteur, était toujours domicilié à Meysse et était père de deux enfants. Ses anciens chefs, Jean Beaussier, devenu président du Comité départemental de Libération de l’Ardèche, et Pierre Fournier, ex-Commandant L, témoignèrent par écrit de ses mérites. Ils insistaient sur le fait que Giannetti avait créé une organisation solide dans son sous-secteur. Après avoir mis en place les premières sizaines locales, organisé un des premiers maquis de la vallée du Rhône et les comités de libération, il s’était enfui dans le Midi pour échapper à la Gestapo. Il était néanmoins revenu occuper son poste à la date de l’insurrection en mobilisant les éléments recrutés dans la clandestinité. À la Libération, en tant que délégué cantonnal, il avait mis en place les comités locaux et assuré le ravitaillement du canton en mettant sa compagnie au service de la région pour le ravitaillement des populations.
La 8e région militaire de Lyon lui attribua un certificat d’appartenance aux FFI en janvier 1950, signé par le commandant de corps d’armée Roger Noiret, pour ses services accomplis dans le secteur E – Armée secrète en Ardèche du 1er décembre 1943 jusqu’au 7 septembre 1944, car il avait continué à servir dans sa formation après la Libération jusqu’à cette date.
![Le conseil municipal de Martigues en mars 1977. Au 1er rang, le maire Paul Lombard (au centre) est assis, entouré de plusieurs de ses adjoints. Jean Giannetti se tient debout au 2nd rang. C'est le 5e à partir de la gauche. [photo fournie par Catherine Borios]](https://static.wixstatic.com/media/080998_9997c443ede548a1a844e3250bfa0710~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_723,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_9997c443ede548a1a844e3250bfa0710~mv2.jpg)
Jean Giannetti était toujours domicilié à Meysse en juillet 1955. Il revint probablement s’établir à Martigues une fois qu’il fut à la retraite. En mars 1977, il figurait sur la Liste d’Union de la Gauche et de Défense des Intérêts communaux, étiquetée « Parti communiste français, Parti socialiste et Républicains », menée par le maire sortant Paul Lombard, aux élections municipales à Martigues. Élu, il fut membre des commissions équipements et travaux publics-instruction publique, des œuvres péri et post-scolaires à l’intérieur des œuvres sociales municipales. De plus, il représentait la municipalité au sein du conseil d’administration de l’OMAS (Office municipal des affaires sociales), au Comité Social du Personnel Communal et à l’Association pour l’animation des centres sociaux de Martigues (A.A.C.S.). Il ne fut pas candidat en 1983.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Martigues, Naissances 1911, Acte n°60, 2 E 121. — Arch. Dép. Ardèche, Recensement de la population de Nozières, 1931, 6 M 204. — SHD, Vincennes GR 16 P 254292. — Arch. mun. Martigues. — Le Mémorial d'Aix, 14 décembre 1919. — Site « Mémoire des Alpins », « BCA les Bataillons de Chasseurs Alpins ».
Iconographie : Archives de Catherine Borios.
Version au 10 janvier 2026.





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