LUARD Mado [née MOULIN Madeleine, Rosalie, Emmanuelle]
- Renaud Poulain-Argiolas
- 3 déc. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Née le 4 août 1935 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; institutrice remplaçante, puis ouvrière et femme de ménage ; membre des Vaillants et Vaillantes de Martigues, de l’UJRF (Union de la Jeunesse républicaine de France) et de l’UJFF (Union des Jeunes filles de France), militante communiste des Hauts-de-Seine et des Bouches-du-Rhône, membre du comité de section de Martigues ; militante de l'éducation populaire (Francas) ; syndicaliste CGT ; militante du Mouvement de la Paix et des Amis de la Commune de Paris 1871.
![Madeleine Moulin en 1951. Photo extraite du passeport avec lequel elle se rendit à Berlin [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_ade8168e715442588b681956b8f36f03~mv2.jpg/v1/fill/w_411,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_ade8168e715442588b681956b8f36f03~mv2.jpg)
La mère de Madeleine Moulin, Marie-Louise Buil (voir Marie-Louise Moulin), née à Valence-d’Agen (Tarn-et-Garonne), était une militante communiste, membre fondatrice de l’Union des Femmes françaises (UFF) de Martigues et élue au conseil municipal à la Libération. Son père, Lucien Moulin, né à Aïn Témouchent (Algérie française), était lui aussi engagé au PCF. Il avait été prisonnier de guerre et travaillait comme employé aux pompes funèbres (privées) de Martigues dans le quartier de Jonquières.
Mado Moulin vint au monde un 4 août – date anniversaire de l’abolition des privilèges de 1789 – sur le boulevard du 14 juillet. Cela lui faisait dire avec malice qu’elle était prédestinée à la cause révolutionnaire. Elle grandit dans le logement de fonction de son père aux pompes funèbres, où avaient lieu des réunions du PCF et de l’UFF, et adopta les idées de ses parents. Après avoir fréquenté les Vaillants et Vaillantes, elle milita au sein de l'UJRF (Union de la Jeunesse républicaine de France) et de l'UJFF (Union des Jeunes filles de France) de Martigues. En 1951, elle participa à une campagne de pétition pour la Paix avec l’UJRF. En récompense pour son efficacité, elle gagna un voyage à Berlin-Est pour le festival mondial de la jeunesse du mois d’août. Elle en garda un bon souvenir de l’humour de Paul Carpita, qui faisait partie du voyage et réalisa un film sur le festival.
![Mado Moulin avec des camarades de l’UJRF à Martigues, mars 1951 [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_68964f01c04b494b80b9117aa1593860~mv2.jpg/v1/fill/w_550,h_367,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_68964f01c04b494b80b9117aa1593860~mv2.jpg)
![La famille Moulin en 1954. De gauche à droite : Marie-Louise, Mado et Lucien [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg/v1/fill/w_426,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg)
Après avoir obtenu un bac littéraire, elle exerça comme institutrice remplaçante dans plusieurs écoles successives : dans le hameau de Saint-Pierre (Martigues), à Saint-Victoret (Bouches-du-Rhône), puis à Nanterre (Hauts-de-Seine). Elle utilisait des méthodes avant-gardistes, travaillant avec un magnétophone et s’inspirant des théories pédagogiques de Célestin Freinet et d’Anton Makarenko. D’après son témoignage, ses méthodes ne furent pas vues positivement partout. Suite à des désaccords, elle fut renvoyée et finalement non titularisée.
![Au centre Suzanne Masson, vers 1963 [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_c671b048d5724a3eb322f7a4fb11a081~mv2.jpg/v1/fill/w_375,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_c671b048d5724a3eb322f7a4fb11a081~mv2.jpg)
Vers 1963, elle se réorienta professionnellement et entra au centre Suzanne Masson à Paris pour suivre une formation en câblage. Elle était déjà syndiquée à la CGT. Passionnée de poésie, elle pratiquait le théâtre au centre d’apprentissage et sortit diplômée de sa formation. Elle travailla dans le câblage pendant un temps.
Lors de la préparation d'une fête de la CGT, Mado rencontra Claude Luard. Ils se marièrent à Martigues le 7 août 1965 et vécurent en banlieue parisienne, à Clichy (Hauts-de-Seine), dans un logement humide quelque peu insalubre. Claude et Mado Luard eurent deux filles, Mireille en 1966 et Christine en 1968, nées à la "maternité des Bluets" à Paris (XIe arr.). Ouverte en 1938 à l’initiative de la CGT des Métallos, la polyclinique des Bluets s’était enrichie en 1947 d’un pôle maternité important. Le Dr Fernand Lamaze, qui la dirigeait, y pratiquait des méthodes d’accouchement psycho-prophylactique, dit "accouchement sans douleur", inspirées de techniques venues d’URSS. Bien avant la généralisation de la péridurale, ces méthodes avant-gardistes d’éducation physique et psychique des femmes enceintes se popularisèrent parmi les communistes, les cégétistes, les femmes de l’UFF et les chrétiens de gauche. Nombre de militantes en firent la promotion et celles qui le purent vinrent accoucher à l’hôpital Pierre Rouquès, nom qu’avait pris la maternité à partir de 1951.
![Claude et Mado Luard dans une fête militante, sans doute peu de temps après leur rencontre [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_b30d423e566d4c048da398bbbc4ca2cc~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1495,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_b30d423e566d4c048da398bbbc4ca2cc~mv2.jpg)
Vers 1971, les Luard s’installaient à Martigues, dans le quartier de L'Île. Claude fut embauché comme ouvrier à Fos-sur-Mer puis, après un accident de travail, comme factotum au collège Marcel Pagnol où ils habitèrent ensuite, probablement jusqu'à sa démission en 1975 sur fond d'opposition à la réforme Haby (réforme de l'enseignement d’inspiration néolibérale). Ils emménagèrent alors dans le quartier des Capucins, place Paul Vaillant-Couturier. Leur voisin de pallier était Maurice Garenq, membre du bureau fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône, qui tenait à Martigues un rôle de permanent. Dans le même quartier vivaient la mère de Mado, Marie-Louise Moulin, et son second mari, Edmond Péraudeau. Une cellule du PCF s'y réunissait, la cellule Maurice Thorez, dont les époux Luard étaient membres ainsi que Brigitte Poulain.
Dans les années 1970, Mado Luard exerça un poste de direction chez les Francas, dans les locaux de l'école Aupècle du quartier de Jonquières. La structure fonctionnait sensiblement comme un centre aéré. La directrice coordonnait une équipe d'animation qui proposait des activités aux enfants, dont des spectacles. Les enfants pouvaient aussi en proposer. De plus, elle dirigea des colonies de vacances et créa entre la fin des années 1970 et le début des années 1980 le groupe Gavroche, un cercle artistique composé d'enfants de son quartier. Celui-ci jouait des spectacles dans les fêtes des associations (de quartier, de la CGT et autres). Il y avait du chant, de la danse et des sketchs, chaque enfant choisissant selon ses goûts. Les filles de Mado Luard participaient au groupe.
Mado Luard était connue pour son franc parler. Grande amatrice de chanson française autant que de chants révolutionnaires, c’est en chantant qu’elle animait les trajets en autocar qui conduisaient ses camarades aux manifestations marseillaises. Son amour des mots s’exprimait jusque dans son rapport personnel à l’écriture : elle écrivit des poèmes durant une grande partie de sa vie. De sensibilité féministe, elle rédigea un livre (non publié) sur la condition des femmes et la conscience ouvrière qui contenait une partie poétique.
Elle prit part à de nombreuses manifestations du Mouvement de la Paix. Un premier comité pour la paix avait été mis sur pied localement vers 1979-80, comprenant notamment Sylvia de Luca, le père Louis Droz et Maguy Cheinet, la première exerçant la fonction de présidente. Après le décès de cette dernière, le comité avait un peu mis ses activités en veille. C'est l' « Appel des Cent » qui le fit renaître en 1982-83 et s'affilier officiellement au Mouvement de la Paix. Mado et Claude Luard en furent des membres actifs. Avec eux une centaine de Martégaux se rendirent à la marche de la Paix à Paris en juin 1983.
Dans les années 1990, elle travailla comme femme de ménage au lycée Paul Langevin, puis au collège Marcel Pagnol. En dehors de ses heures de travail, elle gardait un pied dans la pédagogie, proposant bénévolement son aide aux élèves ayant des difficultés en classe. Elle faisait beaucoup de soutien scolaire. Un article du journal Le Provençal d'avril 1994 évoquait le travail d'accompagnement qu'elle faisait avec cinq adolescents « en mal d'identité » à travers l'histoire de la ville. Chaque semaine elle les menait à la rencontre de figures locales travaillant dans différents secteurs d'activité, le but étant de leur faire découvrir leurs racines.
![Mado et Claude Luard en manifestation à Marseille (sans date) [Archives familiales]](https://static.wixstatic.com/media/080998_0b52fb7d59b94e0fb64dc3407455ecf1~mv2.jpg/v1/fill/w_550,h_347,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_0b52fb7d59b94e0fb64dc3407455ecf1~mv2.jpg)
D'après Gaby Bouny, secrétaire de la section communiste de Martigues dans les années 1990, Mado Luard siégeait à cette époque au comité de section. Depuis au moins 1994, elle était membre des Amis de la Commune de Paris 1871. Elle le resta jusqu’en 2022, inscrite comme son mari au comité marseillais de l’association.
Sources : Archives familiales. — « Les enfants de Madeleine », Le Provençal, 18 avril 1994. — Témoignages de l'intéressée et de sa fille Christine en mars 2021. — Témoignage d'Élisabeth Grand, présidente du Mouvement de la Paix de Martigues. — Propos recueillis auprès de Magali Roca (novembre 2021) et de Gaby Gangai (novembre 2025). — Les Amis de la Commune de Paris 1871 (par Christine Michot).
1ere version pour Le Maitron : 30 août 2022.
2e version : 3 décembre 2023.
3e version : 19 février 2026.






Commentaires