BALME Paul, Antoine
- Renaud Poulain-Argiolas
- 3 sept. 2024
- 5 min de lecture
Né le 19 mars 1920 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 2 janvier 2003 à Menton (Alpes-Maritimes) ; ajusteur, contremaître dans l’industrie chimique, puis employé de bureau ; résistant des Mouvements unis de la Résistance (MUR) de Martigues (Bouches-du-Rhône), ainsi que des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) et du Front national de lutte pour la libération (FN) de Port-de-bouc ; engagé dans l'armée de libération.

Paul Balme était le fils d’Émile Balme, né à Marguerittes (Gard), tourneur, et de Catherine Adolphine Ribière, originaire de Nîmes (Gard), sans profession. Il avait un frère, Gabriel, qui était son aîné de cinq ans. Vivant à Salin-de-Giraud, sur la commune d’Arles, il obtint le certificat d’études et passa un CAP d’ajusteur-mécanicien. Le 8 juin 1940, il fut incorporé dans le 105e bataillon de l’air à Aulnat (Puy-de-Dôme). On le démobilisa le 25 août, après l’armistice avec l’Allemagne. Le lendemain, il était sur le chantier de jeunesse n°32 à Arudy (Pyrénées-Atlantiques). Il y resta jusqu’au 20 janvier 1941. Présent à Port-de-Bouc par la suite, il fut successivement ajusteur aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) et contremaître à la fabrication de sulfate de cuivre aux Établissements Kuhlmann. Son frère Gabriel était à cette époque chef du personnel chez Kuhlmann.
Après que la Wehrmacht franchit la ligne de démarcation pour envahir la zone Sud de la France, Paul Balme rejoignit la résistance organisée. Le 15 novembre 1942, il adhéra aux Mouvements unis de la Résistance (MUR) auprès d’Aldéric Chave, chef du canton de Martigues. Il s’engagea aussi dans le Front national de lutte pour la libération (FN) auprès de René Rieubon, qui coordonnait en outre les Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) de Port-de-Bouc. Son frère Gabriel Balme avait également des responsabilités importantes dans la Résistance. Le 1er avril 1943, Paul Balme fut nommé adjudant par Aldéric Chave. Il commanda alors des groupes de jeunes des organisations de résistance de Port-de-Bouc et de Martigues. Dans la première, il avait autorité sur des jeunes des CAP. D’après les informations qu’il fournit après la guerre sur son parcours, son influence s’étendait jusqu’à d’autres communes du pourtour de l’étang de Berre, comme Fos-sur-Mer et Marignane. Il utilisa « André » et « Noé » comme pseudonymes dans la clandestinité.
Dans les FTPF de Port-de-Bouc, Paul Balme avait le matricule 71.012 et des responsabilités sur le secteur H1 (Rhône). En plus du travail d’organisation et de recrutement de jeunes, il s’impliqua dans la création de dépôts, la rédaction, l’impression et la diffusion de tracts, la lutte contre le Service du Travail Obligatoire – imposé par le gouvernement de Vichy aux travailleurs français pour contribuer à l’effort de guerre allemand –, la fabrication d’engins destinés à détruire les véhicules ennemis, le transport de matériel d’imprimerie, d’armes et de munitions. Participant à des actes de sabotage, il en réalisa un d’une grande importance : il détruisit six moteurs de 200 chevaux, destinés aux chalands de la Kriegsmarine (marine de guerre allemande) et en endommagea sérieusement vingt-quatre autres.
Dans le dossier qu’il constitua en 1950 en vue d’être certifié FFI, Paul Balme mentionne avoir été membre du Comité de Résistance de Port-de-Bouc, du Comité local de Libération (CLL) qui lui succéda, ainsi que de la délégation municipale, installée par le préfet le 15 septembre 1944. Cette dernière assemblée assura l’intérim de la gestion de la commune jusqu’aux élections municipales d’avril 1945. Cependant le nom de Paul Balme ne figure pas sur la liste des membres du CLL dans les Archives municipales de Port-de-Bouc. Peut-être qu’il aurait d’abord été prévu qu’il y siégeât, mais que l’enchaînement rapide des événements l’en aurait empêché ? Balme fait cesser son activité salariée dans la commune le 20 août, jour de la constitution du CLL, qui était officiellement en fonction le lendemain. Durant la nuit du 20 au 21 eurent lieu des préparatifs des combats auxquels Gabriel Balme prit part. Les deux frères participèrent à la Libération de la ville le lendemain. La présence de Paul est confirmée par un témoignage de Cyrille Blaya. Le 22 août néanmoins, il avait quitté Port-de-Bouc. Engagé volontaire pour la durée de la guerre, il était sergent FFI dans le Bataillon 5/15 Rhône et Durance, situé à Arles.
Mi-janvier 1945, le capitaine Vial, commandant le Bataillon de sécurité 5/15, émit un avis positif sur le résistant. Rappelant le sabotage important qu’il avait mené, il ajoutait que sa manière de servir, sa conduite et sa moralité étaient excellentes, qu’il avait une bonne instruction générale et était très obéi de ses hommes. Il proposait de le nommer au grade de sergent-chef.
Paul Balme fut homologué adjudant le 29 janvier 1945. Le 1er février, le bataillon 5/15 de la 1/2 brigade Rhône et Durance se transforma en 2e bataillon du 8e Zouaves, commandé par le capitaine Vial. Gabriel Balme était membre de l’état-major. Le 2/8e Zouaves débarqua à Oran (Algérie) au mois de mai et s’installa à Eckmuhl. Il s’établit à Arzew le 16 juin, à Chanzy (près de l’actuelle Sidi Bel Abbès) le 9 septembre et à Oran le 10 octobre. Paul Balme suivit un stage de perfectionnement COI 2 à Tlemcen et à Chanzy, avant d’être intégré en qualité de sergent-chef. Il fut démobilisé le 22 décembre 1945.
En mai 1949, il fut homologué adjudant par la IXe région militaire. L’année suivante, il entreprit des démarches pour recevoir un certificat d’appartenance aux FFI. Il était employé de bureau, domicilié 1 rue Mireille à Salin-de-Giraud (Arles) et marié à Renée Garenq, employée des PTT. Le couple eut deux filles prénommées Paule et Annie. Sa femme était la sœur du résistant FTPF Maurice Garenq, lui aussi passé par le régiment Rhône et Durance. Les deux hommes étaient donc beaux-frères.
En juin 1950, Cyrille Blaya, ex-capitaine FTPF et FFI de Port-de-Bouc, certifia que Paul Balme était entré dans son organisation en août 1943 et avait participé à la libération de la commune.
Le 25 avril 1951, Balme informait le colonel Baunard qu’il ne pourrait pas fournir d’attestation concernant son action dans les MUR, car ses chefs Aldéric Chave, Robert Daugey, Paul Di Lorto et Paul-Baptistin Lombard, avec qui il avait milité depuis 1942 et été « en contact direct et permanent », avaient tous été fusillés au Fenouillet par les Allemands suite au rapport Dunker-Delage. Il affirmait avoir été de temps en temps en contact avec Max Juvénal et régulièrement avec une personne qu’il croyait être « le colonel Scheveitzer (?) » [faut-il comprendre Schweitzer ?] d’Aix-en-Provence. Il assurait avoir fourni de nombreux renseignements d’ordre militaire « par le canal d’une autre de la Résistance dont [il] avai[t] toujours ignoré le nom ». Difficile de ne pas rapprocher cela du rôle tenu par Gabriel Balme, qui fournissait à la même période
à l’Armée secrète des informations précieuses sur les fortifications côtières allemandes.
En septembre 1951, Paul Balme reçut un certificat d’appartenance aux FFI, signé par le général de C.A. Magnan, commandant la IXe région militaire de Marseille, pour ses services dans les FTPF de Port-de-Bouc du 13 août 1943 au 31 août 1944.
On peut s’interroger sur l’appartenance politique possible de Paul Balme. Si les organisations résistantes dont il avait fait partie étaient dominées essentiellement par les communistes ou les socialistes, rien n’assure qu’il ait été l’un ou l’autre. Entouré de figures du mouvement ouvrier, en aurait-il été seulement sympathisant ? Son dossier dans les archives du Service historique de la Défense (SHD) de Vincennes ne donne aucune indication à ce sujet. On ignore la teneur de ses engagements ultérieurs.
Il se serait installé plus tard à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) où il aurait terminé sa vie.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement de la population d’Arles (Salin-de-Giraud), 1931, 6 M 464. — SHD Vincennes, GR 16 P 29696. — Arch. mun. Port-de-Bouc. — Le vieux Chacal [bulletin de l’Amicale des Anciens Combattants et Anciens Militaires du 8e Régiment de Zouaves], n° 284, juin 2015. — Blog consacré à l'histoire du 8e Zouave. — Site Match ID, Acte n°1, Source INSEE : fichier 2003, ligne n°66576. — Propos recueillis auprès de Monique Garenq (août 2024).
Version au 4 septembre 2024.
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