RAMS Juan Bautista, dit Batista
- Renaud Poulain-Argiolas
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Né en 1886 en Espagne ; cisailleur, patron de bar ; militant anarchiste ou sympathisant libertaire de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône).

Juan Bautista – dit Batista – Rams était le fils de José Rams (dont on ne connaît que le nom) et de Maria Marti, originaire de Valbona (province de Terruel) dans la communauté autonome d’Aragon (Espagne). Il avait deux frères, José, l’aîné, et Arturo, le benjamin, qui vécurent comme lui à Port-de-Bouc. Leur mère se remaria avec Miguel Clemente et donna naissance à cinq autres enfants à partir des années 1890, dont Blas Clemente, qui avait seize ans de moins que Bautista. Les frères Rams étaient peut-être arrivés en France avec leur mère ou peu de temps avant elle (José et Batista étaient déjà majeurs). Un dossier de la Sûreté concernant José mentionne qu’il y était établi depuis 1908 et la mémoire familiale date à 1909 l’arrivée de Blas Clemente avec ses parents.
En 1913, Batista Rams habitait dans le quartier Tassy, avec sa femme, Miquela Morro Perez – espagnole comme lui – quand celle-ci accoucha de leur fille Fernande.
En 1921, il versa 5 F pour une souscription en faveur du peuple russe organisée par Le Libertaire. La collecte était relayée par le « Groupe intersyndical et d’Études sociales » auprès des ouvriers des Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc. La liste des participants fut publiée dans le journal. Parmi eux, on remarque notamment ses frères José Rams et Arturo Rams, ainsi que Véran Guigue, qui fut le secrétaire du syndicat CGT anarcho-syndicaliste des CAP. Il est donc vraisemblable que Rams travaillât lui aussi au chantier naval à cette époque. En tout cas, le recensement de la population mentionne qu’en 1931 il y était journalier. Le registre francise son prénom (Jean), précise qu’il était domicilié avec sa femme et leur fille dans une rue « sans nom » à la Tranchée, mais déforme les prénoms de sa femme ("Marie" pour Miquela) et de leur fille ("Françoise" pour Fernande). La famille d’Alexandre Carbonnel faisait partie de leur voisinage direct.
En septembre 1935, il acheta à Marius Gaibisso, liquoriste, un fonds de commerce de café-bar, restaurant et chambres meublées, connu sous le nom de « Bar-restaurant de la Plage », sis rue Charles-Roux. L’édifice avait été construit par des Italiens dans les années 1920. L’annonce de la vente mentionne que Rams était cisailleur. Il était toujours métallo lorsqu’il fit l'acquisition en mars 1938 d'une « cantine » située dans le quartier de la Gafette : le « Bar-restaurant Denis », cédé par Jeanne Cassagnon, commerçante divorcée, et Joseph Denys (ou Denis), chauffeur. En mai, il revendra la cantine à un docker, Dominique Frigo.
D'après la police, son frère José Rams habitait avec lui au Bar de la Plage en février 1938. À cette époque, José commença à être persécuté par les autorités pour son rôle de « meneur » du groupe anarchiste de Port-de-Bouc, qui comptait une dizaine de membres. On peut se demander si Batista fît partie de ce groupe – attendu que différentes sources témoignent des convictions anarchistes de plusieurs membres de la fratrie – ou s'il était un simple sympathisant libertaire.
![Le Bar de la Plage vers 1955-1956. Le Bar de la Plage vers 1955-1956. Magdeleine Clemente est assise au milieu, une mallette posée sur les genoux, entourée de trois de ses enfants [photo transmise par Jean-Philippe Clemente]](https://static.wixstatic.com/media/080998_0014d54711a048e6b34b4f8c4199f175~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_609,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_0014d54711a048e6b34b4f8c4199f175~mv2.jpg)
Rams vendit son bar en août 1943 à sa belle-sœur Magdeleine Clemente, l’épouse de Blas, qui, contremaître au chantier naval, n’aurait pas pu ou pas voulu prendre le fonds de commerce à son nom. L’annonce de la vente, réalisée chez Maître Balique à Martigues, précise que Batista Rams n'était plus cisailleur. Après la vente, il s’installa à Istres avec sa femme et leur fille.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Port-de-Bouc, Naissances 1913, Acte n°59, 202 E 1318 (acte de naissance de Fernande Consuelo Armonia Paquita Rams) ; Recensement de la population de Port-de-Bouc, 1931 (2e série), 6 M 511. — Courrier du commissaire divisionnaire Sallet (commissariat spécial de Marseille) au préfet des Bouches-du-Rhône du 15 février 1938 (transmis par Jean-Philippe Clemente). — Le Libertaire, 16 septembre 1921 (Retronews). — L’Avenir provençal, 21 septembre 1935, 4 octobre 1935, 26 mars 1938, 9 avril 1938, 7 mai 1938, 21 mai 1938, 7 août 1943, 28 août 1943 (BNF-Gallica). — Propos recueillis auprès de Jean-Philippe Clemente (mai 2026).
1ere version : 3 mai 2026.
2e version : 6 mai 2026.



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