MOULIN Marie-Louise, dite Nini [née BUIL Marie Louise, épouse MOULIN, puis PÉRAUDEAU]
- Renaud Poulain-Argiolas
- 12 déc. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 minutes
Née le 16 juin 1914 à Valence (Tarn-et-Garonne), morte le 27 juin 2005 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; ouvrière d’usine, puis femme de ménage ; militante communiste de Martigues, membre du comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône (1947-1952) ; membre fondatrice du comité local de l'UFF ; conseillère municipale de Martigues (1945-1959) ; militante de la Confédération Nationale du Logement (CNL).
![Marie-Louise, Mado et Lucien Moulin en [photo fournie par Christine Luard]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg/v1/fill/w_426,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_3983f8a7928e4eb5a0eebb9504b47c00~mv2.jpg)
Fille unique d’un couple d’immigrés espagnols, Marie-Louise Buil vint au monde à leur domicile de la rue du château à Valence-d’Agen. Son père, Manuel Buil, originaire d’Alquézar (province de Huesca) dans la communauté autonome d'Aragon, travailla comme journalier et cordonnier. Terrassier à la naissance de sa fille, il fut naturalisé français en 1926 (annonce au Journal officiel le 27 avril 1926). Sa mère, Rosalia Moreno travaillait chez des particuliers, dont elle entretenait la maison. Elle avait eu deux enfants d’un premier mariage et mourut renversée par un enfant à vélo en 1933.
Marie-Louise Buil se maria à Marignane (Bouches-du-Rhône) le 4 décembre 1934 avec Lucien Moulin, qui fut employé des pompes funèbres (privées) à Martigues, dans le quartier de Jonquières, et lui aussi militant communiste. En 1935, ils eurent une fille, Madeleine dite Mado, qui suivra plus tard la voie de ses parents (voir Mado Luard).
Ouvrière d’usine, Marie-Louise Moulin racontera plus tard avoir adhéré au Parti communiste en 1944. Elle prit part à la création du comité de l'Union des femmes françaises (UFF) de Martigues après la guerre, avec notamment Marcèle Turcan et Marie-Louise Maîtrerobert. Elle fut présentée lors des élections municipales du 29 avril 1945 sur la « Liste d'union patriotique républicaine et antifasciste », dite « liste unique », qui rassemblait des mouvements et personnalités liées au Parti communiste : Front national, UFF, CGT, PCF, Anciens Combattants, délégués des prisonniers et déportés, organisations professionnelles locales ou régionales. Elle figurait en tant que femme de prisonnier de guerre et membre de l'UFF aux côtés de deux autres femmes : Césarie Lombard, membre de l’UFF et veuve du résistant communiste Paul-Baptistin Lombard, et Julie Fabre, représentant le PCF. Francis Turcan (futur maire de Martigues), employé de bureau et membre de la CGT, et Antoine Blanc, trésorier de l'Union locale CGT, étaient sur la même liste. C'était le tout premier scrutin auquel pouvaient participer les femmes à Martigues. Selon l’historien Jacky Rabatel, il y eut très peu d'abstentions féminines. Marie-Louise Moulin devint 3e adjoint du maire Jean Toulmond, après Albert Long (Front national) et Gabriel Mouttet (PCF). Elle présida la commission d’Hygiène, Assistance, Bienfaisance et Famille. Césarie Lombard et Julie Fabre entrant au conseil municipal, elles étaient trois femmes pour vingt-sept sièges.
Des réunions du Parti communiste et des Femmes françaises se déroulaient dans le logement de fonction de Lucien Moulin aux pompes funèbres. Celles-ci contribuèrent au développement de la conscience politique de leur fille Mado.
Marie-Louise Moulin fut réélue aux municipales de 1947, toujours avec Césarie Lombard et Julie Fabre, sur la liste « Union Républicaine et Résistante de Défense des Intérêts Communaux », présentée par le PCF. Elles étaient trois communistes sur les quatre femmes du conseil (une autre portait l’étiquette RPF) dirigé par le socialiste Théodore Cheillan. Le groupe communiste mené par Francis Turcan était le plus important (douze sièges), quoique l’atmosphère fût tendue, sur fond de Guerre froide, avec le maire SFIO. De 1947 à 1952, Moulin fut une des rares femmes élue au comité fédéral de la fédération PCF des Bouches-du-Rhône (10 femmes sur 58 membres).
Réélue à Martigues dans la municipalité du socialiste Paul Pascal en 1953, elle en était la seule femme. Avec l’UFF elle contribua à la création du centre social Eugénie Cotton en 1958, situé dans la rue du 14 Juillet. Après avoir exercé des fonctions politiques plus importantes que la majorité des femmes de son époque, elle cessa d’apparaître à partir de 1959 à des postes à responsabilités. Elle continua cependant à militer au PCF et à l’UFF.
Elle participa aux réalisations des Femmes françaises pour améliorer la vie des Martégales, comme l’ouverture en 1966 de la première halte d’enfants, rue du 14 Juillet. Le projet avait été financé par la municipalité, la Caisse d’allocations familiales, le Conseil général, la Caisse d’Épargne et l’UFF. Selon Marie-Louise Maîtrerobert, qui était secrétaire locale de l’organisation et conseillère municipale en 1969, deux ans après son inauguration, la halte accueillait – signe de son succès – une moyenne mensuelle de 500 enfants. Par la suite, deux haltes d’enfants supplémentaires seront ouvertes dans la commune et également gérées par l’UFF.
Marie-Louise Moulin travaillait comme femme de ménage à l’hôpital de Martigues.
Après son divorce en avril 1962, elle épousa le 25 mai 1963 un autre militant communiste, Edmond Péraudeau, ouvrier à la CFR de La Mède (Châteauneuf-les-Martigues). Le couple habitera au 51 place Vincent Scotto dans l’ensemble HLM des Capucins, bâtiment A6. Dans le même quartier vivront Mado, son époux Claude Luard et leurs enfants. Tous fréquenteront la cellule communiste Maurice Thorez, qui se réunissait au bâtiment A6. Ils y côtoieront aussi Brigitte Poulain et Maurice Garenq, permanent de la section martégale.
Marie-Louise Péraudeau s’investit dans la CNL - Amicale des locataires des Capucins, dont son mari était un élément moteur. Vers cinquante ans, elle arrêta de travailler pour s’occuper de ses deux petites-filles. En 1986, lorsqu’elle demanda sa carte de vétéran du PCF, elle était retraitée et toujours domiciliée dans le même quartier.
Sources : Arch. Dép. Tarn-et-Garonne, État-civil de Valence-d'Agen, Année 1914, Acte de naissance n°17, 6 E 186/55. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 315 J 635 Fédération départementale du PCF (demande de carte de vétéran : 1 AU 2421). — Arch. mun. Martigues : composition du conseil municipal après les élections de 1945, 1947 et 1953 ; interview de Marie-Louise Maîtrerobert, Bulletin municipal N°3 de Martigues, 1969. — Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 26 et 27 avril 1926 (58e année, N°98), page 4839. — Collectif, Communistes dans les Bouches-du-Rhône : 1920-2020, Un siècle au service des luttes et du bien commun, Fédération PCF des Bouches-du-Rhône / Association Former Transformer Partager, 2020, 428 p. — Jacky Rabatel, Une Ville du Midi sous l'Occupation : Martigues, 1939-1945, Centre de Développement Artistique et Culturel, 1986 (pp. 348, 352, 360-361). — Site Match ID, Acte n°298 N, Source INSEE : fichier 2005, ligne n°290429. — Propos recueillis auprès de sa fille Mado Luard et de sa petite-fille Christine.
1ere version dans Le Maitron : 30 mars 2021.
2e version : 12 décembre 2023.
3e version : 15 avril 2026.

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