ARGIOLAS Brigitte, épouse POULAIN, puis épouse PALIOUK
- Renaud Poulain-Argiolas
- 12 janv. 2024
- 16 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 mars 2024
Née le 9 octobre 1952 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; secrétaire ; militante communiste de Miramas puis de Martigues (Bouches-du-Rhône), membre du comité de section du PCF martégal ; syndicaliste CGT, membre de la commission exécutive du syndicat des Territoriaux de Martigues ; militante associative.

Brigitte Argiolas appartient à la troisième génération d’une famille de militants communistes qui fit souche à Port-de-Bouc. Ses grands-parents paternels, Ange Argiolas et Baptistine Cesaraccio, immigrés sardes, s’étaient rencontrés à L’Estaque (Marseille) avant de déménager à Port-de-Bouc. C’est en France qu’ils avaient été gagnés aux idées communistes. Leurs quatre enfants furent membres du PCF. Du côté maternel, son grand-père, Marius Tassy, avait été recruté par la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Méditerrannée avant la guerre. Il rejoignit le PCF et la CGT, travaillant successivement aux gares de Miramas et de Port-de-Bouc. Les parents de Brigitte Argiolas avaient vécu leurs premiers engagements à Port-de-Bouc. Son père, Jean-Marie Argiolas, membre des FTP pendant la guerre, exerça de nombreux métiers avant de devenir cheminot. Il fut un membre actif du PCF et de la CGT de Miramas. Sa mère, Paulette Tassy, s’investit dans l’UJFF au lendemain de la guerre, puis au PCF, à l’UFF et au sein du mouvement mutualiste.

Brigitte Argiolas fut la première enfant du couple, qui déménagea à plusieurs reprises, du fait des mutations professionnelles du père, recruté par la SNCF quelques jours avant la naissance de son enfant. Le premier logement qu'elle connut était situé dans le quartier de la Tranchée à Port-de-Bouc. Les Argiolas avaient pour voisins un couple de camarades, Antoine et Fifi Santoru, des amis devenus parents la même année.
En février 1956, on leur attribua un logement dans une cité SNCF, boulevard Pierre Semard. Brigitte allait à l’école Josette Reibaut. Elle fit un séjour à la colonie de vacances de Lure (Alpes-de-Hautes-Provence), mise en place par la municipalité de René Rieubon. La famille s’agrandit de deux fils, Serge en 1956 et Fabien en 1959 (qui allaient devenir eux aussi des militants communistes et cégétistes), et vécut un an à Montélimar (Drôme). Le 14 juillet 1960, les Argiolas emménageaient définitivement au 6 rue Henri Lang à Miramas, dans les bâtiments neufs de la cité SNCF Fontlongue.
Brigitte poursuivit sa scolarité à l’école Jules Ferry et à l’école de filles Jean Macé de Miramas. Elle hérita de la curiosité intellectuelle de ses parents et baigna dans les discussions militantes qu'ils avaient avec leurs camarades, ce qui aiguisa sa conscience politique. À partir de douze ans, elle lisait tout ce qu’elle trouvait chez eux : l’Humanité, La Marseillaise, La Terre, La Vie ouvrière, La Vie du rail, Heures claires, mais aussi Modes & Travaux, que sa mère achetait et qui contenait dans chaque numéro un fascicule présentant le parcours d’une femme (comme la scientifique Marie Curie, l’aviatrice Maryse Bastié ou l’infirmière Florence Nightingale). Dans la bibliothèque de sa mère, des livres la marquèrent particulièrement : Ceux de Châteaubriant de Fernand Grenier, Les Bataillons de la jeunesse d’Albert Ouzoulias, Une femme enveloppée de soleil d’André Remacle. Elle lut en cachette la saga des Rougon-Macquart de Zola, la nuit, après avoir roulé une couverture contre la porte, car ces ouvrages étant considérés par sa mère comme trop licencieux pour son âge.

À la maison, étant l’aînée, elle devait aider sa mère. Elle reçut une éducation traditionnelle, stricte avec les filles, n’ayant pas le droit de sortir ni d’avoir des activités militantes sans la présence d'adultes. Après les repas du soir, elle et ses frères pliaient souvent les tracts politiques de leurs parents, qu’elle pouvait accompagner aux fêtes locales du Parti communiste - à la Mérindole pour la fête de la section de Port-de-Bouc, à Gémenos (Var) ou à Fabrégoules pour celle du journal La Marseillaise - ou en région parisienne à la Fête de l’Humanité. Pour cette dernière, ils partaient pour une semaine, en train, s’occupant de l’intendance et de la cuisine au stand de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. En 1965-1966, sans pour autant faire partie du groupe, elle allait vendre le muguet avec les Jeunesses communistes de Miramas. Comme elle fréquentait un garçon (Jean-François Poulain), elle avait redoublé sa troisième. Ses parents la réinscrivirent en troisième à Port-de-Bouc pour la punir, la contraignant à vivre la semaine chez ses grands-parents Tassy.
Dans l’Humanité, elle découvrit avec enthousiasme les articles de Madeleine Riffaud, reporter de guerre au Vietnam, et lisait les éditos d’André Wurmser et René Andrieu. Depuis son enfance, elle n’avait connu que la droite au pouvoir et constatait que ses parents menaient une vie difficile avec un salaire pour cinq. Pendant deux ans elle suivit les cours du lycée Camargue de Nîmes en internat en vue d’y passer un BEP de sténodactylo-correspondancière.

En juillet 1967, Brigitte Argiolas fut embauchée comme saisonnière par l’entreprise SA Établissements Bouscarle et Cie. Elle avait quatorze ans. Vers 5h du matin, elle partait en Micheline depuis la gare de Miramas jusqu’à Cavaillon (Vaucluse) pour la récolte. Une centaine d’employés, essentiellement féminins, triait dans un hangar fruits et légumes. Cette phase de travail était parfois suivie d’une autre, moins fatigante, que l’adolescente préférait : agrafer au pistolet automatique la destination des fruits sur leurs cagettes avant leur ferroutage vers l’étranger. Elle fit ce travail durant plusieurs étés.
Son père lui faisait taper à la machine des tracts pour les cheminots ainsi que Le Cheminot de la Crau, journal du syndicat CGT de Miramas. À la différence de nombreux jeunes de son âge qui l'entouraient, les sorties au cinéma et en discothèque lui étaient interdites : elle avait besoin de liberté. En voyant sa mère tricoter le soir devant la télévision après avoir effectué toutes les tâches ménagères, elle se disait qu’il y avait des choses à changer. Paulette Argiolas fabriquait en effet elle-même les vêtements pour ses enfants avec sa machine à coudre. Brigitte fréquentait toujours Jean-François Poulain. En juin 1970, elle échoua à son BEP.
En septembre 1970, peu avant ses dix-huit ans, elle entra comme secrétaire à Craulacto, entreprise de fabrication de produits laitiers, au Mas Pointu, à Entressen. Elle traversait la Crau avec le Solex de sa mère et n’y resta que quelques mois : jusqu’à son mariage, en mai 1971, avec Jean-François Poulain à Miramas. De l’avis de son beau-père catholique pratiquant, le mariage se ferait obligatoirement à l’église, sans quoi il s’engageait à ce que personne de sa famille ne s’y rendît. En réaction, Jean-Marie Argiolas déclara qu’il ne viendrait pas à l’église, mais sa femme le convainquit d’être plus ouvert. L'union présageait des discussions politiques mouvementées lors des repas de famille. Le couple s’installa rue Marius Serre puis dans le quartier de la Carraire. Brigitte Poulain travailla un temps à l’Union locale de Miramas, avenue Charles de Gaulle. Elle faisait du secrétariat pour les cheminots CGT, probablement jusqu’en 1975, où elle déménagea à Martigues avec son mari, car ce dernier faisait des trajets quotidiens jusqu’à l’usine Naphtachimie où il était posté. Suivant l’actualité politique avec ses parents militants, elle fut sensible à la vague d’espoir représentée par la signature du Programme commun en 1972. Elle se rendit le lendemain auprès du secrétaire de section Jean Pédinielli pour adhérer au Parti communiste.

Dans les années 1970 elle mena une activité politique soutenue, marquée par les rassemblements contre la guerre du Vietnam, la campagne pour la libération d’Angela Davis, le soutien aux grévistes de Lip (Besançon), aux Chiliens après le coup d’État de Pinochet, aux salariés de Titan Coder (Marseille), bientôt suivis par ceux de Manufrance (Saint-Etienne) et le boycott des produits issus du régime d’apartheid sud-africain. En 1975, elle découvrit avec émotion le Teatre de la Carriera, théâtre populaire occitan dirigé par Claude Alranq, qui donna plusieurs représentations de "La Pastorale de Fos" à Martigues et connut une grande popularité parmi les militants communistes et syndicalistes. La pièce traitait de la zone industrielle du "Grand Fos". Elle avait été construite grâce à quatre mois d’enquêtes et d’animations auprès des populations locales et en collaboration avec les centres culturels d’Arles et de Martigues. La compagnie, qui défendait l’idée de "vivre et travailler au pays", avait fédéré comédiens, travailleurs et lycéens. À la même période, Brigitte Poulain participait à des ventes régulières de La Marseillaise à 5h du matin devant l’entreprise Solmer (Fos-sur-Mer), une de ces nouvelles industries qui avaient inspiré le Teatre de la Carriera. Les communistes tentaient d’entrer en contact avec les ouvriers de l’établissement pour y faire entrer leurs idées. Au nombre des militants présents, il y avait Cathy Rey, Yves Boussié, Robert Bret, Jean Domenichino et Jo Ros. L’action s'avérait parfois dangereuse, car les chauffeurs d’autocars avaient pour consigne de ne pas s’arrêter. Aussi il arrivait que certains forcent le passage.

Elle se lia d’amitié avec Évelyne Sanchez, qui avait monté une section syndicale CGT chez Onet. Ensemble elles participèrent au soutien aux grévistes de la centrale EDF de Ponteau (Martigues). Suite à l’actualisation du Programme commun par le PCF en 1977, Brigitte Poulain fit du porte-à-porte aux Quatre-Vents avec Cathy Rey pour faire connaître les propositions communistes, en plus des ventes habituelles de muguet et de La Marseillaise.
En avril 1975, Brigitte et Jean-François Poulain s’étaient installés à Martigues au bâtiment F7 des Quatre-Vents, dans le quartier de Canto-Perdrix. Ayant demandé sa mutation du PCF de Miramas à celui de Martigues, à la réception de sa première convocation à une réunion de cellule elle avait cru à un poisson d’avril : le rendez-vous était fixé au cimetière... En effet, le secrétaire de cellule était le concierge du cimetière de Canto-Perdrix, M. Largillière. Elle avait pris part à l’activité de ce groupe avant de passer à la cellule Léon Feix suite à une réorganisation de la section. Dans cette cellule numériquement importante, elle avait pour camarades Ivo Manca et Daniel Vesperini, gérant de la librairie L'Alinéa. Brigitte Poulain fut un temps secrétaire de la cellule. Elle suivit du 17 février au 1er mars 1975 une école fédérale du PCF à Allauch, animée par René Féniche. Parmi ses camarades présents, on peut citer Yves Boussié, Mireille Granelli, Martine Méraud, Maurice Privat, Roger Rey et Alain Ros. D’après ses souvenirs, elle aurait siégé vers 1975-1977 au comité de section du PCF martégal.

D’octobre 1975 à fin mai 1977, elle travailla chez Express Dépannage. À la fermeture de l’entreprise, elle conduisit une partie des salariés à la Bourse du Travail de Martigues (ancienne Union locale), quai Kléber, pour prendre connaissance de leurs droits. Attendu que l’UL cherchait une secrétaire, elle y fut embauchée, à mi-temps, en janvier 1978. Elle allait y rester jusqu’à fin avril 1985. Elle adhéra alors à la CGT : elle était présente aux réunions de la commission exécutive du syndicat, en temps que secrétaire, ainsi qu’à toutes les manifestations. Son mari étant engagé à la CGT de Naphtachmie, elle travailla à mi-temps pour le syndicat de l’usine, tapant leurs tracts à la machine pendant les grèves, participant aux piquets et distribuant les tracts avec ses camarades. Elle se rapprocha des militants comme Jean-Claude Sautel et Maurice Privat, qui montèrent une section communiste à Lavéra, à laquelle participèrent R. Allemand, André Aufray, L. Barbier, F. Chedaille, J. Germain, Patrick Ledda, Jean-François Poulain, S. Prunera et Roger Rey. Il semble qu’elle occupât cette fonction à la fois avant et après son contrat chez Express Dépannage. En décembre 1977, une grève dure éclata dans l’usine. Brigitte Poulain participa aux piquets de grève avec son mari. Les cégétistes étaient très tendus suite à l’assassinat de Pierre Maître au mois de juin, craignant une attaque de nervis d’extrême-droite.
En avril 1978, Jean-François et Brigitte Poulain eurent un fils. Ils emménagèrent au 10e étage du bâtiment G4 aux Quatre-vents. Elle dut ralentir un temps le rythme de ses engagements militants. Au printemps 1981, la famille s’installa dans l’ensemble locatif des Capucins. Brigitte Poulain y milita dans la cellule Maurice Thorez, à laquelle participaient Claude et Mado Luard, Nini Moulin et Edmond Péraudeau. Ils côtoyaient Maurice Garenq, membre du bureau fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône et permanent de la section de Martigues, qui était domicilié au bâtiment D4 des Capucins. En 1978, la lecture des deux livres de Marcel Caille, Les Truands du patronat et L’Assassin était chez Citroën, renforcèrent ses convictions. À l’inverse, l’année suivante, elle fut choquée par l’intervention militaire soviétique en Afghanistan et sa justification par Georges Marchais en direct de Moscou. Afin de mieux comprendre ce qui se jouait, elle lut un ouvrage sur l’Afghanistan, Poussières de guerre de Christophe de Ponfilly et Frédéric Laffont, pour avoir une autre version que celle de son parti. Elle vécut intensément la campagne présidentielle de 1981 et les conflits internes qui traversèrent nombre de militants de base du PCF : le tiraillement entre l’espoir représenté par le Programme commun et le pressentiment du revirement de François Mitterrand, du meeting de Georges Marchais le 11 avril devant 30.000 personnes au stade Vélodrome de Marseille aux "bagarres" d’affichage avec les socialistes. Une réflexion de Maurice Garenq, glissée lors d’un aparté, enfonça le clou pour la jeune militante pleine d’idéal qu’elle était : « Et si le vote révolutionnaire finalement... c’était le vote Giscard ? » Elle et son mari en firent des insomnies. Le 10 mai, l’annonce de la victoire de François Mitterrand fut pour elle une journée noire.

Les droits des femmes étaient un terrain de lutte important à ses yeux. Depuis les années 1970, elle lisait Antoinette, le magazine féminin de la CGT, dans lequel elle découvrit la chanteuse engagée Catherine Ribeiro. À son arrivée à Martigues, sa mère lui avait conseillé de rejoindre l’UFF, mais elle ne s'était pas trouvé d’affinités avec les membres du groupe local, qui avaient pour elle des airs de "dames patronnesses". Dans la seconde moitié des années 1970, lors d’une conférence de section et de l’examen de candidatures, la militante fut choquée par les objections de certains responsables concernant la candidature d’une camarade aux mœurs assez libres. Ce fut pour elle une prise de conscience douloureuse des doubles standards existants dans le parti : entre les attitudes tolérées chez les hommes et chez les femmes, entre les principes d’égalité défendus en théorie et la pratique quotidienne. Elle réalisa qu'elle avait idéalisé son organisation. Elle observait des résistances parmi les militants communistes, même chez ceux de sa génération. Elle évoqua ce point dans une interview sur les ondes de Radio Maritima, alors jeune radio associative martégale, le 8 mars 1983. Dans la même émission, consacrée à la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, était invitée sa camarade et amie Joséphine Mosser, elle aussi membre de la CGT et du PCF, qui venait d’être élue au conseil municipal sur la liste de Paul Lombard. Les deux femmes étaient très confiantes concernant les perspectives d’évolution de la place des femmes sur les plans national et local. Toutes les deux allaient déchanter par la suite. Brigitte Poulain affirmait dans l’interview que, parmi ses camarades masculins disant être d’accord pour que leurs femmes aient des responsabilités politiques, la plupart d’entre eux préféraient que ça concerne "la femme des autres".
En 1981, son mari quitta le domicile conjugal, ce qui la fit ralentir son activité militante. Après sa journée de travail, elle traversait la ville à pied pour taper des tracts à la section du PCF (esplanade des Belges) en tant que militante. Cherchant un complément de revenu, elle demanda si elle pouvait être payée, ce qu’on lui refusa. Le dimanche, elle allait vendre La Marseillaise au porte-à-porte avec Claude Luard, Mado Luard et Edmond Péraudeau. Pendant plusieurs années, elle cumula avec son emploi matinal de secrétaire à l’UL CGT un autre emploi, l’après-midi, de remplaçante non titulaire et fut régulièrement proposée pour les nouveaux postes dans des associations travaillant pour la ville. De janvier à mai 1981, elle fit un remplacement à l’OMSC (Office municipal socio-culturel) auprès de son directeur Jean-Marie Lamblard. Elle participa à la frappe des textes d’un livre important pour l’histoire de la commune, Quatrième centenaire de l’union des trois quartiers de Martigues, co-édité par la ville. En septembre, elle travailla au musée des Arts et traditions populaires (rue Denfert), assurant l’accueil du public.
À partir d’avril 1982, elle officiait à la PAIO (Permanence accueil information orientation), dispositif créé par Marcel Rigout, destiné aux jeunes sortis de l’école sans diplôme, au bâtiment E des Capucins. Parallèlement à ses emplois salariés, elle collaborait régulièrement avec Jean-Claude Sautel à la rédaction de tracts et de documents militants pour Naphtachimie. Il appréciait de travailler avec elle, parce qu’elle était capable d’enrichir les textes en mettant à profit son expérience de militante. On lui proposa un poste d’encadrement pour former une nouvelle secrétaire à la PAIO, mais sans majoration de salaire. Elle refusa et fut intégrée au service des AIL à la mairie de Martigues en septembre 1984. Pour compenser les décalages entre ses horaires de travail chargés et ceux de son fils à l’école, elle pouvait compter sur le soutien de plusieurs voisines du quartier pour garder son enfant, ainsi que sur les Sautel, devenus des amis. En mai 1985, elle entrait à Communicable, dirigé par Didier Bonnel, un projet de réseau câblé autour de la fibre optique incluant cinq communes (Martigues, Port-de-Bouc, Saint-Mitre-les-Remparts, Miramas et Port-Saint-Louis-du-Rhône). Elle y établit aussi les feuilles de paye des intermittents intervenant dans les émissions. À la même période elle participa à la dactylographie de textes de l’ouvrage historique de Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation : Martigues, 1939-1945, publié en 1986. N’étant pas titulaire, son nom ne fut pas cité dans le livre. De janvier 1987 à fin juin 1990, elle travailla au CCICL (Centre communal d’information et de communication locale), où elle contribua en 1989 au fonctionnement du service du Bicentenaire.
Les années 1980 avaient été à leur tour riches en mouvements sociaux dans lesquels Brigitte Poulain s’était investie : en 1980 la solidarité avec les mineurs du Ladrecht (Gard) en lutte contre la fermeture de leur mine, à partir de 1981 la campagne "Produisons français !" du PCF contre les importations et les fermetures d’usines, celle pour la libération de Nelson Mandela... Le 19 juin 1983, elle était à la marche pour la paix organisée de Paris à Vincennes par l’Appel des Cent contre les fusées Pershing américaines. Elle se rendit deux fois à la Fête de l’Humanité avec Jean-Claude Sautel. En 1985, Celui-ci fit prendre l’avion à toute son équipe afin que les militants arrivent en forme pour travailler. Comme ce moyen de transport était réservé d'habitude aux responsables fédéraux, l’initiative défraya la chronique. Elle éplucha avec ses camarades une quantité vertigineuse d’oignons et de pommes de terres pour cuisiner une bourride martégale. Aux alentours de 1986, elle devint déléguée CGT au sein du syndicat des Territoriaux et membre de la commission exécutive. Suivirent la bataille contre la fermeture du chantier naval de La Ciotat, puis contre celle d’Ugine-Aciers (Fos-sur-Mer), la campagne d’André Lajoinie et son meeting à Marseille dans le cadre des élections présidentielles de 1988.
En avril 1990, elle passa le concours pour être titulaire et devint officiellement "employée ville de Martigues" le 1er juillet 1990. Un an plus tard, elle devenait adjoint administratif. Elle fut active au service de l’Information municipale jusqu’en mai 1994, puis au secrétariat des élus, où elle travailla notamment avec Jean-Claude Cheinet, Jacques Lorenzi, Vincent Théron et Marc Frisicano. D’octobre 2002 à fin 2006, elle travailla à DHDP (Direction Habitat Démocratie de Proximité), d’abord au Service du logement, dirigé par Corinne Péchon. Elle organisait les permanences de Vincent Théron, élu au Logement, tenait son agenda, accueillait le public, rédigeait le courrier et gérait un numéro unique d’enregistrement pour le logement créé par le gouvernement, mais mis en place avec six mois de retard par la commune. Ce retard important créa une grande tension et la mit moralement en danger : elle fit un burn-out en décembre 2002 et dut être hospitalisée. Elle resta à la DHDP jusqu’à son départ à la retraite en août 2013.
Remariée avec un citoyen soviétique en avril 1990 à Martigues, elle était devenue Brigitte Paliouk. Quand son époux lui parlait de ce qu’il avait vécu en URSS, elle avait du mal à l’imaginer. Durant les premiers mois de sa présence en France, il allait toucher la viande dans les supermarchés pour s’assurer qu’elle était vraie, demandant à sa femme combien de kilos elle pouvait acheter avec son salaire. En 1993, elle fit un voyage en Ukraine pour rencontrer sa belle-famille. Pour la militante communiste, ce fut un électrochoc. Elle fut frappée par la vétusté des habitations, les ascenseurs qui ne fonctionnaient pas, l’eau stockée dans des bidons de chantier dans la salle de bains, les canalisations d’eau chaude percées dans la rue et la rareté des marchandises sur le marché. Par contre, elle fut touchée de voir que les enfants allaient joyeux à l’école maternelle où ils étaient accueillis par les plus grands avec des bouquets de fleurs et des chansons. À son retour en France, elle vécut difficilement le contraste avec la communication de la municipalité communiste : on distribuait par milliers des clefs de la nouvelle Halle de Martigues (salle de spectacles) en disant aux habitants que c’était leur maison. Les factures des objets promotionnels qu’elle voyait passer lui donnaient le vertige. Comme elle racontait ce qu’elle avait vu en Ukraine des vestiges de l’Union soviétique, Julien Fabre, figure communiste importante de la commune, mit en doute sa parole, la qualifia de "renégate", ajoutant qu’elle ne serait bientôt plus membre du PCF, ce qui renforça son malaise.

En novembre-décembre 1995, elle participa au mouvement national contre le Plan Juppé qui concernait les retraites et l’assurance-maladie et prévoyait un allongement de la durée de cotisation pour la fonction publique. Déléguée syndicale et membre de la commission exécutive du syndicat des Territoriaux, elle fit douze jours de grève et se rendit aux manifestations quotidiennes à Marseille. Tous les jours, les grévistes votaient à main levée dans le gymnase des Salins pour la poursuite du mouvement. Madeleine Cardonne était la secrétaire du syndicat, Joséphine Mosser la trésorière. Le maire Paul Lombard prit cependant le syndicat en grippe car les poubelles n’étaient plus ramassées dans la commune. Il avait insulté les grévistes du service nettoiement et fait pression pour la reprise du travail. Pour montrer sa bonne volonté, le syndicat décida d’effectuer le ramassage des poubelles dans le centre-ville. Lors d’une réunion entre le maire et les responsables syndicaux, l'élu dit néanmoins qu’il n’y aurait "ni amnésie, ni amnistie". L’attitude de Paul Lombard plongea Brigitte Paliouk dans un conflit de loyauté entre ses convictions politiques, son appartenance au PCF et son action syndicale. Ses réflexions de fond se prolongeaient lors des réunions de la famille Argiolas. Ses frères communistes étaient eux en conflit avec Georges Thorrand, le maire PCF de Miramas, en tant que membres du syndicat des Territoriaux de leur commune, et connaissaient des conflits de loyauté du même ordre. Leurs parents ne comprenaient pas : ils n’avaient jamais vécu la situation d’être militants communistes avec un "patron" communiste. Après le mouvement social de 1995, les tournées syndicales, réalisées entre autres par Brigitte Paliouk et Angèle Fernandez et autorisées auparavant par le maire, ne sortirent plus de l’hôtel de ville. La première fut, comme Joséphine Mosser, bloquée dans son évolution de carrière à partir de 1995.
Brigitte Paliouk s’opposa à Georges Capozi, nouveau secrétaire du syndicat à partir de 1996, sur l’attitude à tenir alors qu’une camarade fut menacée de mise à pied : cette dernière avait été surprise par le maire sur le marché pendant son temps de travail. Le secrétaire voulait que le syndicat la soutienne par principe. Brigitte Argiolas, bien que minoritaire, était "pour défendre ce qui était défendable". Elle fit néanmoins partie de ceux qui manifestèrent plus tard devant la mairie pour soutenir la réintégration du secrétaire du syndicat. Depuis 1990, elle était membre de la cellule communiste des employés territoriaux de Martigues, comme Claude Luard. Son retour d’Ukraine et l'attitude hostile du maire lors de la grève de 1995 l'avaient remplie de doutes. Elle avait l’impression que les membres de sa cellule n’y étaient pas tous par conviction. Quand le trésorier lui demanda en 1997 si elle reprenait sa carte, elle lui fit part de ses interrogations. Celui-ci lui répondit : "Garde-là, ça peut toujours servir." Refusant qu’on puisse être communiste par intérêt, elle ne reprit pas sa carte.
Malgré sa prise de distance avec le PCF, elle garda une oreille attentive à l’actualité politique et sociale, participant aux manifestations politiques et syndicales et se déplaçant à chaque élection pour voter selon ses convictions. Elle n’avait pas besoin de carte pour se sentir communiste.
En 2009, elle découvrit une autre famille au travers de la danse folk, à l’occasion du "Grand bal de l’Europe" de Gennetines (Allier), rassemblement de danse international. Après plusieurs années à se former, elle créa en 2014 à Martigues une association consacrée à la danse folk. À partir de 2020, elle fut membre de l’association PROMEMO (Provence, mémoire et monde ouvrier) dans laquelle elle retrouvait les valeurs de solidarité, de transmission et de mémoire du monde ouvrier qui l’avaient animée et qu’elle avait défendues dans sa vie militante.
En 2022, elle était encore membre de la section syndicale des retraités CGT de Martigues et continuait à lire régulièrement l’Humanité et Ensemble/La Vie ouvrière.
Sources : "Magnifique succès du rallye de ballons pour la paix en Algérie", La Marseillaise, hiver 1958. — Entretiens avec l’intéressée, novembre 2022. — Témoignage de Jean-Claude Sautel, août 2022. — Interview de Joséphine Mosser et Brigitte Poulain à Radio Maritima, 8 mars 1983. — Présentation de La Pastorale de Fos (Lo teatre de la Carrièra) sur Occitanica, le portail de la langue et de la culture occitanes (en ligne). — « Le théâtre de la Carrièra et La Pastorale de Fos », 5 août 1975, site de l’INA.
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