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PINONCÉLY Antoine, Étienne

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 21 nov. 2023
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 mars

Né le 10 mars 1898 à Larche (Basses-Alpes, aujourd’hui Val d'Oronaye, Alpes-de-Haute-Provence), mort le 2 juillet 1982 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; cultivateur puis chef de train ; militant communiste de Miramas (Bouches-du-Rhône) ; résistant des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) ; membre du Comité local de Libération de Miramas.


Le père d’Antoine Étienne Pinoncély, agriculteur né à Larche, portait le même patronyme que son fils, quoiqu’on l’appelât couramment Étienne. Sa mère, Élisa Nathalie Guérin, née à Saint-Paul-sur-Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence) avait des origines piémontaises du côté de son père. Elle fut agricultrice et couturière. Les autorités françaises surveillèrent Étienne Pinoncély, dit « Kilo », pendant presque trente ans. Le 6 juin 1893, le général gouverneur de Lyon, commandant le 14e corps d’armée, le soupçonnait d’être un « agent du gouvernement italien » et le fit inscrire au Carnet B. L’officier lui reprochait d’« entretenir des relations suivies avec le sieur Blanchi [mentionné ailleurs comme Bianchi], maire de L’Argentière » (Argentera en Italie) et réclamait son expulsion. Le préfet des Basses-Alpes ouvrit une enquête confidentielle, rappelant toutefois que Pinoncély étant français il ne serait pas expulsé. Une notice du préfet du 29 juin rapportait que l’intéressé s’absentait fréquemment en Italie, à L’Argentière et Berzerio. Vivant à proximité de places fortes, Pinconcély tentait de nouer des relations avec les militaires. La population le considérait comme un homme « bon à tout faire », avec un caractère doux, vivant de ses récoltes. Il avait été réformé. Le Tribunal correctionnel de Barcelonnette l’avait condamné à 26 jours de prison pour un vol de bois et privé de ses droits civils. Aux yeux du préfet, il devait se livrer à du trafic et « se [donnait] un peu à l’ivrognerie ». Le fonctionnaire demandait au ministre de prendre des mesures pour l’empêcher d’interagir avec les militaires.


En février 1894, le commissaire spécial adjoint Baldini de La Condamine rapportait au Directeur de la Sûreté générale que Pinoncély « servirait le plus souvent d’intermédiaire » entre Joseph Alexandre Donadieu, ex-aubergiste à Larche, dont il était chargé des courses « pendant la bonne saison », et Bianchi [ou Blanchi], maire de L’Argentière. Il lui attribuait « moralité très douteuse », le disant très intéressé par l’argent. Étienne Pinoncély était décrit comme mesurant 1,68m, de bonne corpulence, barbe et cheveux blonds, visage ovale, front moyen, yeux bleu-gris, grande bouche, menton rond, moustachu et portant le chapeau de côté. Suspecté de renseigner l’autorité militaire italienne des mouvements des troupes françaises à la frontière, il était surveillé en permanence par la gendarmerie de Larche. Deux militaires du 157e régiment d’infanterie, le caporal Lacroix et le soldat Baudet, certifièrent l’avoir rencontré le 10 juin 1894 au café de Viraysse, tenu par un certain Sismondi, à Larche. Buvant à la table voisine avec des chasseurs du 28e bataillon, basé à Saint-Paul, Pinoncély leur aurait proprosé de leur vendre des alumettes de contrebande après avoir appris qu’ils étaient à la batterie de Viraysse. Il les aurait interrogés sur l’armement et les effectifs de la batterie en leur proposant de l’argent. Néanmoins ces faits ne tombaient pas sous le coup de la loi régissant les questions d’espionnage. Selon les rapports, l’intéressé venait souvent à ce café ainsi qu’à l’auberge tenue par Jérôme Cesana, lui aussi soupçonné d’espionnage et inscrit au Carnet B. Les autorités pensaient qu’il faisait de la contrebande.


Le 17 octobre 1894, une perquisition menée chez Pinoncély, ne permit pas de découvrir de document ni d’objet compromettant. On ne le soumit pas à un interrogatoire dans l’espoir de le prendre plus tard sur le fait à poster des compte-rendus écrits. Une notice individuelle rédigée quelques années plus tard rapporte qu’il s’était marié (en décembre 1896) avait eu un enfant (Antoine). Il vivait à proximité d’ouvrages avancés, avec sa famille du produit d’un petit domaine qu’il exploitait. Le préfet des Basses-Alpes déclara en novembre 1903 qu’il fallait le maintenir au Carnet B. En 1909, Pinoncély était devenu garde communal à Larche, c’est-à-dire payé par les habitants pour garder les troupeaux en période estivale (et non employé municipal). Même si aucun fait ne pouvait lui être reproché, les autorités maintenaient une surveillance constante sur sa personne. Ce n’est que fin septembre 1922 que le préfet informa le ministre de l’Intérieur qu’il avait été rayé du Carnet B après entente avec les généraux des 14e et 15e corps d’armée.


Vingt-neuf années de surveillance policière n’avaient pas permis aux autorités de trouver quoi que ce soit de solide contre Pinoncély. On peut s’interroger sur les motivations qui auront guidé une telle persévérance. Faudrait-il y voir à l’origine de ce soupçon – peut-être au moins en partie – une manifestation de xénophobie anti-italienne ? L’année de mise en place de la surveillance (1893) correspond à un pic dans le racisme « italophobe » qui s'exprime avec violence dans le quart sud-est de la France depuis les « vêpres marseillaises » de 1881 (trois Italiens tués par une foule enragée). Cette xénophobie va mener durant cette même année 1893 au massacre de travailleurs italiens à Aigues-Mortes (Gard) au mois d’août – qui fera entre huit morts (version officielle) et cent cinquante morts (selon la presse italienne) – puis aux émeutes contre les Italiens, l’année suivante, à Lyon et à Grenoble suite à l’assassinat du président Sadi-Carnot par un anarchiste italien. Certes le nom Pinoncély pouvait sonner italien, mais autant l’intéressé que ses parents étaient des Français des Alpes. Est-ce que le préfet des Basses-Alpes se sera lassé du zèle du ministère de l’Intérieur et des autorités militaires ? Entre janvier 1902 et janvier 1903, la Direction de la Sûreté générale lui adressa quatre courriers identiques, demandant si le suspect l’était toujours et s’il devait être maintenu au Carnet B. Le préfet mit presque deux ans à répondre par l’affirmative… avant de mettre fin à toute surveillance vingt ans plus tard.


Fils d’Étienne Pinoncély et Élisa Guérin, Antoine Pinoncély était l’aîné d’une fratrie de six enfants. Après lui venaient dans l’ordre : Marie née en 1901, Charles en 1903, Casimir en 1907, Léon en 1914 et Eugène en 1915. Ses frères Casimir (voir Alfred Pinoncély) et Léon Pinoncély auront également des parcours engagés.


Antoine Pinoncély obtint le certificat d’études primaires. Avant la Première guerre mondiale, il travaillait comme cultivateur à Grans (Bouches-du-Rhône), domicilié chez M. Laurent, qui était vraisemblablement son employeur. Incorporé le 1er mai 1917 dans le 157e régiment d’infanterie, sa fiche de matricule le décrit comme mesurant 1,69 m, le visage ovale, les cheveux châtains et les yeux marron. Il arriva dans la zone des armées le 19 octobre 1917. Le journal Le Petit Provençal du 14 novembre publia une petite annonce co-rédigée par lui : "Jeunes poilus de la classe 1918 demandent correspondance avec des gentilles marraines sérieuses, pour faire passer le cafard, Antoine Pinoncely, Mielle Armand, Dorel Henri, Occeli Jean, au 157e d’infanterie, 33e compagnie, 9e bataillon, au front." 

Le 11 mai 1918, il passa au 22e régiment d’infanterie et aurait donc participé à la troisième bataille de l’Aisne sur le Chemin des Dames, puis à l’offensive menée en Champagne et en Argonne. Le 5 juillet 1919, il épousa à Miramas Maria Gilberta Sei, domestique originaire de Capannori (Toscane, Italie). Il était toujours soldat du 22e régiment d’infanterie et ne fut renvoyé dans ses foyers que le 8 juin 1920 avec un certificat de bonne conduite. Le mois suivant, il était employé à Miramas par la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Méditerranée. Le recensement de la population de 1931 nous informe qu’il vivait sur l’avenue de Salon avec sa femme et son frère Alfred Pinoncély.


Antoine Pinoncély était militant du Parti communiste avant la Seconde guerre mondiale. Son nom figurait à la fin de l’année 1939 sur une liste de 27 pages, dressée par la sous-préfecture d’Aix-en-Provence, de communistes vivant dans l’arrondissement d’Aix. Affecté spécial, il était alors chef de train et considéré par les autorités comme un « meneur actif dangereux ». Affecté au dépôt d’infanterie n°155 le 30 novembre, il fut rayé de l’affectation spéciale le 6 décembre par mesure disiplinaire, une sanction qui visait fréquemment les communistes identifiés. Il réintégra sa subdivision militaire d’origine le 11 janvier 1940 et fut nommé caporal le 17 mai 1940. D’après le témoignage qu’il fera après la guerre, Antoine Pinoncély rejoignit le 15 juin 1943 la 10e compagnie, 3e secteur Nord, Région 2 des Francs-Tireurs et Partisans français (secteur de Miramas) sous les ordres du lieutenant Boucher. Avec le numéro de matricule 52.608, il officia comme agent de liaison des groupes FTPF de Saint-Chamas/Miramas et Istres, prit part à la libération de Miramas le 23 août et participa aux combats de la Libération dans le secteur jusqu’au 31 août.


Dans le cadre de la réorganisation des pouvoirs publics qui suivit la Libération, Antoine Pinoncély fut membre de la Délégation spéciale de Miramas, présidée par Charles Chabany et validée par le préfet des Bouches-du-Rhône le 21 août 1944. À partir du 4 septembre, il siégea au sein du Comité local de Libération de Miramas (CLL), dirigé par le même Chabany. La composition du comité fut vivement critiquée dans la mesure où tous les sièges étaient occupés par des communistes. Un arbitrage fut demandé aux autorités marseillaises, ce qui entraîna plusieurs changement au sein du comité. Malgré les élections municipales du 29 avril 1945, l’existence du CLL se prolongea un temps. Mais Pinoncély ne faisait déjà plus partie du CLL présidé par Antoine Simard au 17 août 1945.


En septembre 1944, Antoine Pinoncély reçut une attestation du colonel Simon, ex-commandant régional FFI R2, et du lieutenant Gaston Beau, alias « Callas », ex-commandant militaire départemental des FTP des Bouches-du-Rhône. Tous deux confirmaient son engagement dans les FTPF. En avril 1947, son dossier de demande de de certification FFI mentionne qu’il était caporal de réserve et domicilié 1 rue Noblemaire à Miramas. Il reçut un certificat d’appartenance aux FFI signé par le Général de corps d’armée Magnan pour la IXe région militaire, le 26 juillet 1949, pour ses services dans les FTPF du secteur de Miramas du 15 juin 1943 au 31 août 1944.


On ignore quels furent ses engagements ultérieurs.


Sources : Arch. Dép. Alpes-de-Haute-Provence, État civil de Larche, Naissances 1898, Acte n°3, 1MI5/1546 ; Recensement de la population, Larche 1906 ; Registre matricules militaires, Classe 1918, Matricule 603, 1 R 396. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement de la population, Miramas 1931 (1ere série), 6 M 510 ; 9 W 53 ; 76 W 157. — Petite annonce publiée dans Le Petit Provençal, 14 novembre 1917. — SHD Vincennes, GR 16 P 479249. — Site Match ID, Acte n°502, Source INSEE : fichier 1982, ligne n°14560. — Site d’histoire militaire sur le 22e régiment d’infanterie (chtimiste.com).

À propos de PINONCELY Étienne : Arch. Nat. 19940469/274 (fichier central de la Sûreté nationale – 1893-1922). — Laurent Dornel, « L’anti-italianisme est-il un racisme ? (France, Années 1880-1900) », in Jean-Philippe Luis, Fabien Conord (dir.), Violence et politique de la Révolution Française au début du XXe siècle. Hommage à Jean-Claude Caron, PUBP, Clermont-Ferrand, 2019, pp. 75-88.


1ere version pour Le Maitron : 26 novembre 2021.

2e version : 16 mars 2025. 

3e version : 18 mars 2025.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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