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LUARD Claude, Léon, Lucien

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 3 déc. 2023
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Né le 19 mai 1935 à Caen (Calvados), mort le 15 octobre 2020 à Marignane (Bouches-du-Rhône) ; ouvrier puis employé de mairie ; militant communiste d'Île-de-France puis de Martigues (Bouches-du-Rhône), membre du comité de section de Martigues ; syndicaliste CGT, trésorier du syndicat des employés territoriaux et membre de la commission exécutive de l’Union locale CGT de Martigues ; militant du Mouvement de la paix, de la Confédération nationale du logement (CNL), de France Amérique latine, des Amis de la Commune de Paris 1871 et de plusieurs autres associations.


Claude Luard en 1955 [Archives familiales]
Claude Luard en 1955 [Archives familiales]

Claude Luard était le fils d’un couple de Caennais. Son père, Maurice Luard, fut tour à tour manœuvre, ajusteur et docker. Sa mère, née Yvonne Hérouard, était couturière. Mariés en octobre 1933, ils auront trois enfants. Jeanine, l’aînée, était née en 1933, et Max, le benjamin, en 1938. De source familiale, Maurice Luard fut prisonnier de guerre et travailla alors dans une ferme. Lui et sa femme divorcèrent en 1944. Celle-ci se remaria peu après à Cormelles-le-Royal (Calvados) avec un chaudronnier, Charles Piquenard, avec qui elle eut deux autres enfants. Elle mourut à l’âge de trente-neuf ans. Domicilié à Levallois-Perret, Maurice Luard fut emporté deux mois après, à quarante ans, par la tuberculose osseuse. Les enfants Luard furent élevés par une de leurs tantes avant d’être envoyés par la Croix-Rouge en Suisse. Le plus jeune resta en France dans une pouponnière. Au bout d’un an, tous les trois furent placés dans un orphelinat.

Claude Luard travailla en région parisienne. Révolté par les injustices qu’il voyait dans le monde du travail, il s’engagea en 1958 à la CGT et bientôt au PCF. Il fut mobilisé pour la guerre d’Algérie. À son retour à Paris, il distribua des tracts en faveur de l’indépendance et vendit clandestinement l’Humanité, tombée sous le coup de la censure. Il était présent à la manifestation du 8 février 1962, initiée notamment par le PCF, pour exiger la fin des opérations militaires en Algérie et s’opposer aux attentats de l’OAS. La répression policière et les neuf morts du métro Charonne le marquèrent profondément en renforçant ses convictions pacifistes.

Claude Luard et Mado Moulin, sans doute peu de temps après leur rencontre [Archives familiales]
Claude Luard et Mado Moulin, sans doute peu de temps après leur rencontre [Archives familiales]

Au début des années 1960, il rencontra Madeleine Moulin, dite Mado, lors de la préparation d’une fête de la CGT. D’après celle-ci, il était alors ouvrier chez "Geiger" [il pourrait s’agir de Jaeger, usine mécanique, peut-être l’usine de Levallois-Perret]. Ils vécurent ensemble en Île-de-France et se marièrent le 7 août 1965 à Martigues (Bouches-du-Rhône) dans la ville de naissance de Mado. Ils eurent deux filles : Mireille en 1966 et Christine en 1968, nées à la maternité des Bluets à Paris (XIe arr.). Grand amateur de sport, Luard pratiqua l’athlétisme et la gymnastique dans sa jeunesse. En février 1971, il participa à une épreuve de 50 mètres lors de l’inauguration de la piscine de Levallois-Perret.

La famille se serait installée la même année à Martigues dans le quartier de L’Île. Embauché comme ouvrier, Claude Luard participa à la construction du site de la SOLMER à Fos-sur-Mer. En 1972, il fut victime d’un grave accident de travail, faisant une chute de sept mètres alors qu’il manipulait une tôle encombrante. La mairie de Martigues l’embaucha comme ouvrier professionnel de 1ere catégorie (factotum) aux collèges Marcel Pagnol et Honoré Daumier en septembre 1973.

Sur le plan politique, il fut membre du comité de section du Parti communiste martégal, puis de l’exécutif de section de 1974 à 2016. De l’avis de ceux qui le connurent, il était taiseux, discret, modeste et attentif aux autres. En réunion il ne prenait la parole que lorsqu’il était question d’actions et de considérations d’ordre pratique. Tout comme un grand nombre d’enseignants et de lycéens, il s’opposa en 1975 à la réforme Haby. En annonçant le remplacement des CES (collèges d’enseignement secondaire) et des CEG (collèges d’enseignement général – ex-cours complémentaires) par un « collège unique », le ministre de l’Éducation nationale fit descendre dans la rue les principaux syndicats de l’enseignement, les confédérations CGT, CFDT et FO, la FCPE et le PCF. Les adversaires de la réforme dénonçaient entre autres la baisse des budgets de l’école publique, la réduction de la scolarité obligatoire à 14 ans et un appauvrissement des contenus et des méthodes.


C’est vers 1975 que les Luard emménagèrent dans le quartier des Capucins, place Paul Vaillant-Couturier, du nom d’un militant auquel Claude faisait souvent référence. Ils avaient Maurice Garenq pour voisin de pallier direct. Membre de la cellule communiste des Capucins, Luard fit partie des créateurs de l’Amicale des locataires CNL dans le quartier. Il y retrouvait ses beaux-parents, Marie-Louise et Edmond Péraudeau, qui en fut un pilier.

En septembre 1978, il se réorienta professionnellement en intégrant le service municipal des espaces verts. Il y effectuera le reste de sa carrière. Toujours sportif, il concourut pour les 24h de natation de Martigues, organisés par l’Office municipal des sports dans le cadre du Mois de la jeunesse, en 1982 et 1983. En mai de la première année, il parcourut 1500 mètres, puis 3500 mètres en mai de l’année suivante.


À partir de 1991, il devint agent technique principal à la mairie de Martigues. Il passa agent technique chef en 1994. Dans son travail il avait la réputation d’être fiable et rigoureux. Il vendit longtemps La Marseillaise, journal communiste régional, et l’Humanité Dimanche les jeudis matins devant l’entrée de l’hôtel de ville. Il était délégué syndical à la CGT, à laquelle il resta adhérent toute sa vie. Il fut trésorier du syndicat des territoriaux, membre de la commission exécutive de l’Union locale CGT de Martigues et plus tard membre actif de l’USR (Union syndicale des retraités) CGT 13.

Pacifiste fervent, il participa à de très nombreuses manifestations du Mouvement de la paix, dont il fut un des membres fondateurs à Martigues. Un premier comité pour la paix avait été créé localement vers 1979-1980, comprenant notamment Sylvia de Luca, le père Louis Droz et Maguy Cheinet, la première exerçant la fonction de présidente. Après le décès de celle-ci, le comité avait un peu mis ses activités en veille. C’est l’ « Appel des Cent » qui le fit renaître en 1982-1983 et s’affilier officiellement au Mouvement de la paix. Claude et Mado Luard en furent des membres actifs. Avec eux une centaine de Martégales et de Martégaux se rendirent à la marche de la Paix à Paris en juin 1983. En 1986, une Fête de la Paix fut organisée à Martigues, rassemblant plus d’un millier de personnes pendant deux jours. Les commerçants locaux avaient été sollicités pour financer l’événement, marqué par une grande exposition, un concours de dessins d’enfants, la venue d’une montgolfière et de la chanteuse Isabelle Aubret.


Le couple quelques décennies plus tard, lors d'une manifestation à Marseille [sans date]
Le couple quelques décennies plus tard, lors d'une manifestation à Marseille [sans date]

S’il est difficile de faire une liste exhaustive des campagnes auxquelles Claude Luard prit part, on peut citer celles du plateau d’Albion (entre le Vaucluse, la Drôme et les Alpes-de-Haute-Provence), au Mégajoule du Barp (Gironde) contre les essais nucléaires, à Bruxelles en solidarité avec la Palestine. Il s’opposa aux guerres d’Algérie, du Vietnam, du Liban, du Golfe, des Balkans et d’Irak, affirma son soutien à des militants emprisonnés pour leurs idées (comme Angela Davis, Nelson Mandela et Georges Ibrahim Abdallah) ainsi qu’aux luttes des peuples chilien, nicaraguayen et palestinien. La présidente du Mouvement de la paix de Martigues, Élisabeth Grand, rappelait en 2020 une mission en Croatie dont Claude Luard fut un des protagonistes peu de temps après la fin de la guerre civile d’ex-Yougoslavie : l’organisation avait apporté à des pacifistes de Rijeka et Zagreb une photocopieuse, dissimulée sous des boîtes de conserves dans un camion.


Arles le 4 janvier 1990. À gauche : Cyprien Pilliol (ancien maire communiste d'Arles) et Charles Barontini (en tenue rayée de déporté). Claude Luard est au premier plan. Derrière, on distingue le Miramasséen Jo Raffini (le moustachu près du mât) et le Martégal Ficelle au fond à droite (avec une veste en cuir). [collection CRDA]
Arles le 4 janvier 1990. À gauche : Cyprien Pilliol (ancien maire communiste d'Arles) et Charles Barontini (en tenue rayée de déporté). Claude Luard est au premier plan. Derrière, on distingue le Miramasséen Jo Raffini (le moustachu près du mât) et le Martégal Ficelle au fond à droite (avec une veste en cuir). [collection CRDA]

Le Chant des marais fut écrit en 1933 par des prisonniers allemands antinazis au camp de Börgermoor. Leur travail épuisant consistait à assécher les marais. Les paroles furent composées par Johann Esser, mineur de la Ruhr et auteur de poèmes, et Wolfgang Langhoff, dramaturge. La musique fut écrite par Rudi Goguel, employé de commerce né à Strasbourg. Tous les trois étaient membres du KPD, le parti communiste allemand (source : Site de l'Amicale de Mauthausen).

Le 4 janvier 1990, il se rendit à l’appel de la Fédération communiste des Bouches-du-Rhône à un rassemblement devant le monument aux Morts de la Résistance et de la Déportation d'Arles. L’objectif était de contrer une tentative de détournement mémoriel prévue par le Front national de Jean-Marie Le Pen. Le parti d’extrême-droite projetait d’y déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des morts du communisme. À cette occasion, d’anciens résistants et déportés, comme Charles Barontini ou Cyprien Pilliol, lancèrent Le Chant des marais.


Rénovation du siège du PCF martégal. Claude Luard se tient au centre, portant une chemise à carreaux.
Rénovation du siège du PCF martégal. Claude Luard se tient au centre, portant une chemise à carreaux.

Vers 1991, Claude Luard participa avec d’autres communistes martégaux bénévoles à la rénovation du nouveau siège de la section communiste de Martigues. En juin 1995, il prenait sa retraite tout en poursuivant ses activités politiques et syndicales - au sein du collectif des retraités de la CGT de Martigues et de l’Amicale des vétérans communistes des Bouches-du-Rhône. Ses convictions humanistes s’exprimèrent dans ses engagements associatifs à France Amérique Latine et dans la Société des Amis de l’Humanité.


Il aurait été responsable pendant plus de 40 ans du Comité de Défense de l’Humanité à Martigues. Il était également investi dans l’Amicale des Donneurs de Sang, qu’il dirigeait encore en mai 2011 et dont il était un des plus anciens donneurs. À la fin des années 1990 la municipalité lui manifesta officiellement sa reconnaissance pour cette activité. En mars 2000, la FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie-Maroc-Tunisie) lui remit sa médaille d’honneur. Soucieux d’écologie et de recyclage, il participa durant les dernières années de sa vie à la collecte de bouchons de bouteilles en plastique pour une association qui fabriquait des fauteuils roulants.

En 2017 (à 82 ans), il déclarait assister encore fréquemment aux soirées-débats organisées par le Cinéma Jean Renoir, le cinéma local d’arts et essai de Martigues. Il était également investi dans la FNACA dont il était porte-drapeau. Le 14 juillet 2020, c’était lui qui portait le drapeau de la fédération lors des cérémonies officielles. Attaché à l’histoire sociale, il fut membre des Amis de la Commune de Paris 1871 à partir de 1994. Tout comme sa femme, il était inscrit au comité marseillais de l’association. Il était resté un grand amateur de sport. On le voyait souvent au stade Francis Turcan pour le football, au Parc des sports Julien Olive pour le volley ball ou au Gymnase Aldéric Chave pour le basket.

Au marché de Jonquières vendant La Marseillaise, juin 2020
Au marché de Jonquières vendant La Marseillaise, juin 2020

Plusieurs de ses camarades communistes l’évoquaient comme une figure omniprésente dans la vie du parti, toujours volontaire pour transporter et installer le matériel, participer aux assemblées et aux manifestations. Sa grande silhouette et sa voix très grave le faisaient remarquer. Il anima à de nombreuses reprises le stand de la Fédération des Bouches-du-Rhône à la Fête de l’Humanité et fut longtemps secrétaire de la cellule Maurice Thorez des Capucins. Pendant plus de vingt ans il tint également ce qu’il appelait son « poste » au marché du quartier de Jonquières à Martigues : tous les dimanches matins, il vendait La Marseillaise et faisait signer des pétitions. C’est d’abord en compagnie d’un autre militant, Denis Bon, qu’il effectua cette tâche, puis seul après le décès de ce dernier. Assis sur une chaise pliante derrière une table de camping lestée de pierres, il diffusait également l’Humanité Dimanche (et même Pif Gadget quand la revue fut remise en kiosques). Selon ses propres mots, il voulait « vendre la presse démocratique qui parle d’autre chose que ce que l’on voit tous les jours à la télé, celle qui fait entendre un autre son de cloche ». Il était devenu une figure familière du marché, aussi bien aux yeux des commerçants qu’à ceux des clients habitués, commentant de sa grosse voix à l’accent parisien les matchs de football qu’il avait vus, ou lançant un retentissant « Tu n’aurais pas un peu de monnaie ? C’est pour le journal. »

En mars 2020, le confinement décidé par le gouvernement français pour faire face à la pandémie de covid stoppa le mouvement social d’opposition à la réforme néolibérale des retraites. Pour montrer qu’il était toujours mobilisé, Claude Luard suspendit à son balcon le drapeau de la CGT ainsi que le gilet rouge de son syndicat qu’il portait dans les manifestations. Il mourut quelques mois plus tard à l’hôpital alors qu’il était traité pour un cancer.


Un hommage lui fut rendu un dimanche de marché. Forains et passants vinrent signer le livre d’or qui lui était consacré à la table où ils l’avaient vu pendant des années. Gaby Charroux, maire communiste de Martigues, et Gérard Frau, adjoint au maire et conseiller départemental PCF, étaient présents.


Claude Luard fut enterré à Martigues au cimetière de Réveilla. La municipalité fit poser une plaque à sa mémoire, allée Benoît Frachon, devant la Maison des syndicats.


Plaque commémorative devant la Maison des syndicats (Photo de Renaud P-A)
Plaque commémorative devant la Maison des syndicats (Photo de Renaud P-A)

Sources : Archives familiales. — Livre d’or de l’intéressé. — Le Moniteur du Calvados, 3 novembre 1930. — L’Ouest-Eclair, journal républicain du matin, 4 novembre 1933 (35e année, N°13 512). — « Collecte de sang à Martigues : Les donneurs fidèles au rendez-vous », Maritima Info, 9 mai 2011 (en ligne). — La Marseillaise en ligne : Jean-François Arnichand, « Claude Luard, fidèle d’entre les fidèles », 4 mai 2017 . — Léo Purguette, « Hommages multiples au regretté Claude Luard », 17 octobre 2020. — La Marseillaise, 19 octobre 2020. — L’Humanité en ligne, 20 octobre 2020. — Hommage de Gérard Frau, conseiller départemental, publié sur le site de l’Union Syndicale des Retraités CGT des Bouches du Rhône. — Site Match ID, Acte n°391, Source INSEE : fichier 2020, ligne n°494415. — Site Généanet, arbre généalogique de Gisèle Pichaud. — Témoignages de sa femme Mado et de sa fille Christine. — Propos recueillis auprès d’Élisabeth Grand (présidente du Mouvement de la Paix de Martigues), et de Jonathan Di Ruocco (secrétaire de la section PCF de Martigues). — Les Amis de la Commune de Paris 1871 (par Christine Michot).


Iconographie : Archives familiales. — Centre de la Résistance et de la Déportation du pays d'Arles (CRDA), fonds Charles Barontini.


2e version : 14 février 2026.

3e version : 18 février 2026.


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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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