ROSSI Espaltero
- Renaud Poulain-Argiolas
- il y a 1 jour
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Dernière mise à jour : il y a 1 heure
[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Claude Pennetier. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né en 1912, mort par balle le 18 avril 1937 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; peintre en bâtiment ; militant communiste de Nice (Alpes-Maritimes) ; militant du sport ouvrier.

Espaltero Rossi était actif dans la cellule Mantéga de la section de Saint-Étienne de Nice (Alpes-Maritimes). Il fut assassiné d’une balle de revolver dans le ventre le 18 avril 1937 à Cannes, lors du 2e tour de l’élection municipale organisée suite à la révocation de la municipalité de Pierre Nouveau (droite) par le Conseil d’État. Il était âgé de 25 ans, marié et père d’un enfant de vingt mois. Sa veuve, Marthe Rossi, était enceinte d’un deuxième enfant au moment des faits. La presse communiste déclara qu’il avait été tué par un fasciste.
Dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes (abréviation : Le Cri) du 24 avril 1937, Virgile Barel, député communiste de Nice, partageait une analyse critique de la défaite électorale de son parti aux élections municipales à Cannes. Il y déplorait que les radicaux n’aient pas mené campagne et que les socialistes aient été dissuadés par leur direction départementale de faire une liste unitaire avec les communistes au 2nd tour. De plus, il accusait la bourgeoisie locale d’avoir engagé des tueurs : « Les mains des conseillers municipaux légaux de Cannes sont tâchées de sang. En faisant venir de Marseille des centaines de nervis, en les logeant dans les hôtels de Cannes, en leur donnant mission de protéger le racolage des bulletins d’électeurs inconscients, M. Nouveau et ses associés ont déshonoré la ville de Cannes. » Les obsèques d’Espaltero Rossi donnèrent lieu, à l’appel du PCF, à deux grands rassemblements républicains les 21 et 22 avril.
Mercredi 21 avril, Cannes et Nice
Le Cri, qui consacra une grande partie de son édition du 24 avril au déroulé des obsèques, annonçait l’arrêt total du travail dans le secteur du bâtiment en solidarité avec le collègue assassiné. D’autres corporations s’étaient jointes au mouvement, dont les taxis qui prêtèrent leur concours pour transporter les couronnes. Le matin, une foule nombreuse se recueillait devant l’hôpital civil de Cannes. L’après-midi, le cercueil de Rossi, « couvert d’un drapeau rouge liseré d’un ruban tricolore », était exposé dans la chapelle située sur la place du Pont-Romain. Environ 15.000 personnes étaient présentes. En plus des sections communistes, on pouvait apercevoir les drapeaux de la SFIO (parti socialiste) de Cannes, de l’Unione Popolare Italiana et de l’Union des femmes contre la misère et la guerre. Le Parti communiste était représenté par Florimond Bonte, député de la Seine et délégué par le comité central, Jean Bartolini, député du Var, Jean Cristofol, député des Bouches-du-Rhône, Virgile Barel et Henri Pourtalet, députés des Alpes-Maritimes. L’Union socialiste républicaine était représentée par M. Jouan et la SFIO par Émile Garino. Le maire communiste de Vallauris, Pierre Chalmette, vint lui aussi saluer la dépouille de Rossi.
À 14h, les membres de la cellule de Rossi placèrent son cercueil sur le char funèbre, suivis par la famille, par le bureau régional du PCF et par la population. Au niveau des allées, le cortège fit halte tandis que des personnalités se succédaient au kiosque à musique pour prendre la parole : Jouan, le docteur Picaud (pour la liste du Front populaire), puis Garino. Henri Pourtalet rappela le serment du 14 juillet 1935 : « Rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour défendre et développer les libertés démocratiques. » Florimond Bonte clôtura les prises de parole. Le cortège chemina par la rue d’Antibes, le pont des Gabres et la route de Nice, s’arrêta à Golfe-Juan, Juan-les-Pins, Antibes et Cagnes pour recevoir de nouvelles couronnes apportées par la foule. Trois heures plus tard, le cercueil reposait sur l’esplanade du Paillon à Nice, sur laquelle étaient rassemblées autour de 50.000 personnes. La place Saint-François avait été à moitié dégagée par le service d’ordre auquel prenaient part Ange Felce et Virgile Corbani, secrétaires de l’Union départementale CGT ; Bruno Fontanesi, secrétaire général de l’Union locale ; et Laurent Spinelli, secrétaire du Front populaire de Nice.
Le Cri décrivait ainsi la suite : « Lorsque la veuve de notre cher disparu descend, les fronts se découvrent, les poings se dressent, sans un mot, sans un cri. La minute est vraiment émouvante tandis que le cercueil est porté jusqu’à la chapelle ardente, installée dans le poste de police de la Bourse du Travail. Et, dès lors, tandis que la première garde d’honneur, qui comprend Felce et Corbani, de l’UD, et Martin et Floris, du Bureau Régional de notre Parti, veille le corps, la foule commence à défiler pieusement, en un long et puissant cortège qui durera toute la nuit. »
Jeudi 22 avril, Nice et Caucade
Dans la matinée, le journal évaluait à trois cents le nombre de couronnes qui avaient été déposées. À partir de 14h, la foule s’amassait sur l’esplanade du Paillon. Bien que ce ne fût pas un jour férié, les ouvriers étaient venus nombreux. Des cars affluaient de tout le département. Des délégations avaient été envoyées par les entreprises qui n’avaient pas cessé le travail. Le cercueil fut hissé par Virgile Barel, Henri Pourtalet, Joseph Patetta et les membres du bureau régional sur le char qui devait l’emporter.
« Précédant le corbillard viennent d’abord les taxis au toit chargé de fleurs, la photographie du disparu portée par deux enfants, les drapeaux de toutes les organisations, puis le groupe des pionniers et des sportifs de la FSGT. Derrière suivent le catafalque et le char funéraire entièrement recouverts de fleurs. Immédiatement après, marchent la veuve de notre regretté camarade, Marthe Rossi, ainsi que tous les membres de la famille. »
Dans le mouvement marchaient les cinq députés communistes déjà présents la veille à Cannes et avec eux Patetta, secrétaire régional du PCF, ainsi que les membres du bureau régional, une délégation du conseil municipal de Vallauris et le docteur Monod de Cannes. Le parti socialiste avait envoyé Marcel Jeanjacquot et le parti radical le docteur Ricolfi. Dans les groupes de tête, on reconnaissait Spinelli, Baptistin Meiffret et Jean-Marie Mecker, représentant tous deux Le Cri, Jean Laurenti de l’Union paysanne des Alpes-Maritimes, Madeleine Faraut de l’Union des femmes, Ferro de la Fédération nationale des Services publics et de Santé, Felce de l’UD CGT et Fontanesi de l’UL CGT. La procession descendit le boulevard des Italiens. Le Cri poursuivait : « De chaque côté se pressent sur sept ou huit rangs d’innombrables travailleurs, de femmes et d’enfants. Jamais on ne vit pareille manifestation à Nice. Après avoir traversé la Place Masséna, ce véritable fleuve humain s’engage dans la rue Honoré-Sauvan et gagne la rue de France. À la vérité, ce n’est plus un cortège, c’est une marée humaine qui déferle lentement. »

Sur l’esplanade de Magnan, une tribune avait été installée, face à la « multitude émue et silencieuse qui écoute dans le recueillement et la colère contenue les discours d’adieu. » Joseph Pomarola, de l’Union socialiste, salua la mémoire du disparu ; Marcel Jeanjacquot, secrétaire de la fédération socialiste, appela le gouvernement à « faire saisir les armes et emprisonner les factieux » ; Bruno Fontanesi, de l’UL des syndicats ouvriers de Nice, invita « le gouvernement à s’appuyer davantage sur les masses pour mettre les factieux dans l’impossibilité de nuire ». Lorsque Virgile Barel prit la parole, le journal mentionnait : « des dizaines de milliers de poings se dressent au-dessus de la foule dans un silence angoissé. » Le député conspua « la fraude et la corruption », qui gangrenaient les élections dans le département, et les méthodes fascistes de la « bourgeoisie réactionnaire » qui armait des « hommes de main ». Florimond Bonte, député de Paris et membre du comité central, s’attaqua au « fascisme international » qui continuait à « allonger la liste de ses provocations et à multiplier les actes sanglants en honneur à Berlin, à Rome et à Burgos. » Il concluait en appelant à « l’union contre les parasites sociaux qui exploitent, oppriment, divisent et tuent les honnêtes gens. » Des poings levés accompagnèrent la minute de silence observée par la foule.

Finalement le corbillard se dirigea vers Caucade, où Espaltero Rossi devait être enterré, suivi d’environ 70 taxis qui transportaient des militants communistes. Le secrétaire de la section de Saint-Étienne de Nice, le député Jean Bartolini et Joseph Patetta, secrétaire de la région PCF du sud-est, dirent adieu à leur camarade. « Nous jurons, dit le dernier, de continuer l’oeuvre pour laquelle tu as lutté. Nous continuerons l’âpre lutte, en suivant avec une énergie farouche les enseignements de nos maîtres Marx, Engels, Lénine et Staline. »
Sur la même page que le récit des funérailles, Le Cri annonçait que Joseph Zenenski-Thaon, directeur de cinéma proche du PCF, avait fait filmer les obsèques. Le film devait être projeté dans l’une de ses salles, Le Capitole, peu de temps après.
Comme Rossi était membre de la section bouliste de l’Etoile sportive du passage à niveau (ESPAN), affilié à la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail), le comité régional de la FSGT lui rendait également hommage.
Après les funérailles

Dans l’édition du Cri du 30 avril, Jean-Marie Mecker accusait Jacques Doriot, président du Parti populaire français, d’être le commanditaire du meurtre. Le 18 septembre, le journal informait que l’assassin de Rossi, Jean-Louis Boyer, avait obtenu un non-lieu devant la chambre de mise en accusation de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. Les députés Virgile Barel et Henri Pourtalet adressèrent un télégramme au ministre de la Justice pour demander que le Procureur de la République fasse appel. Le Parti communiste niçois, qui s’était réuni au Savoy trois jours avant, dénonçait « la relation qu’il y a entre cette mesure et les provocations incessantes favorisées par l’impunité dont jouissent dans notre région les éléments factieux : importation d’armes d’Italie, détention de mitrailleuses à Nice, dépôt d’armes, port d’armes à Menton, fusillade de la place Arson à Nice, tous délits ou crimes restés impunis ou jouissant d’une indulgence complice. » À ce moment-là, un autre militant communiste, Marius Fournier, secrétaire d’une cellule du Vieux Nice, venait d’être attaqué au revolver par un doriotiste.
Afin de venir en aide à Marthe Rossi et d’assurer l’avenir du fils qu’elle avait eu avec son époux, le comité central de Front populaire ouvrit une souscription. Le comité Rossi était présidé par Comiti (probablement Jean-Paul Comiti), chargé de centraliser les fonds au n°16 de la rue Alberti ou à la permanence située au 21 rue de l’Escarène à Nice. En avril 1938, les organisations ouvrières avaient récolté 67.631 F 60. Cette somme devait permettre de verser une rente annuelle à Mme Rossi, de prévoir un capital que l’enfant toucherait à sa majorité et de régler les frais de procédure.
Plusieurs groupes communistes, dont la cellule du défunt, prirent le nom d’Espaltero Rossi pour honorer sa mémoire.
Sources : Le Cri des Travailleurs des Alpes-Maritimes, 20 avril 1937, 24 avril 1937, 18 septembre 1937, 23 avril 1938. — Henriette Dubois, « Nelly ». En résumé… nous devons témoigner. Une vie militante… toujours en prise avec les événements, dactylographié, 78 p. + annexes, déposé à la bibliothèque du Musée de la Résistance des Alpes-Maritimes, p. 21.
Iconographie : Le Cri des Travailleurs, 24 avril 1937.
1ere version dans Le Maitron par Claude Pennetier : 24 novembre 2010.
2e version complétée par moi : 26 mai 2026.




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