GODARD Marius, Jean
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Antoine Olivesi. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 20 mars 1904 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 3 juin 1979 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; docker ; militant communiste de Port-de-Bouc, secrétaire de la cellule communiste port-de-boucaine ; syndicaliste CGT, trésorier du syndicat des dockers de 1936 à 1939 ; secrétaire de la section du Secours rouge international ; membre du comité local de Libération de Port-de-Bouc, puis conseiller municipal (1945-1959) ; résistant du Front National de lutte pour la libération ; interné.

Marius Godard était le fils de Léon Godard, né à Chambray (Eure), qui fut journalier et forgeron aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc, et d'Antoinette Ricard, née à Toulon (Var), ménagère. En 1911, la famille vivait au 6 rue Marceau, dans le quartier de La Lèque. Ils avaient vraisemblablement quitté le Var pour Port-de-Bouc à l'embauche du père au chantier naval. Marius avait plusieurs frères et sœurs : Aimé, né en 1894 à Hyères (Var), qui était traceur au chantier naval ; Jeanne et Marie, nées en 1897 et 1899 à La Seyne (Var) ; et Paul, né en 1908 à Port-de-Bouc. L’aîné, mobilisé pendant la Première guerre mondiale dans le 111e régiment d’infanterie, fut tué à Verdun en 1916 et déclaré Mort pour la France.
En 1923, Marius Godard commença à travailler comme docker aux Établissements maritimes de Caronte (EMC), situés à Martigues, commune frontalière avec Port-de-Bouc. Il fit son service militaire dans le 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon. Apprenti marin en mai 1924, il passa fin juin mécanicien forgeron. Sa fiche de matricule le décrit ainsi : une taille de 1,77 m, des cheveux blonds, des yeux "châtains", un gros nez rectiligne et un visage long. L’année suivante, il se retira dans ses foyers et obtint un certificat de bonne conduite. D'après La Dépêche de Brest, un Marius Godard, basé à Toulon, était trésorier général du Conseil de la Fédération nationale des immatriculés de la marine en novembre 1928. Il pourrait s’agir du même homme.
En 1931, il habitait toujours à La Lèque avec ses parents et son frère Paul.
Le 6 juin 1932, une grève aux EMC provoqua des affrontements avec les forces de l’ordre. Un article du Petit Provençal évoque des "incidents sanglants". Le 1er juillet, vingt-quatre manifestants passèrent devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence au nombre desquels figuraient Marius Godard, Antoine Alcantara, Fernand Ducortioux, Clément Mille, Dominique Nicotra et Nathalie Plaxine. Godard n'aurait pas été condamné.
Il se maria le 18 avril 1934 à Port-de-Bouc avec Yolande Micheli.
Pour la police, Godard avait adhéré au parti communiste en 1936, alors qu’il affirmera une fois interné n’y être rentré qu’en 1937. Il ne dit pas qu’il avait été secrétaire de la cellule communiste locale en 1932, son adjoint étant Clément Mille, et également secrétaire de la section du Secours rouge international. Trésorier du syndicat CGT des dockers entre 1936 et 1939, il fut désigné comme délégué ouvrier. Il était signalé comme ayant été condamné – sans précisions – pour outrages, rébellion et entrave à la liberté du travail. Il fit la grève du 30 novembre 1938, lancée à l’appel de la CGT notamment pour défendre la semaine de 40 heures.
D’après la sous-préfecture d’Aix, son frère Paul Godard avait été membre du Parti communiste avant son interdiction de l’automne 1939.
Mobilisé en septembre 1939, il fut rendu à la vie civile le 13 juillet 1940. Fin 1940, la gendarmerie estimait qu’il semblait avoir rompu avec le Parti communiste, mais qu’il n’en fallait pas moins resserrer la surveillance. Dans le dossier qu’il adressera au ministère de la Défense après la guerre au sujet de son internement, Marius Godard écrira avoir été contacté en septembre 1940 par Michel Borio. Après cela, il affirmait avoir fait de la résistance « individuelle », distribué des tracts et organisé un groupe de sabotage sur les quais. Selon les souvenirs du résistant Joseph Brando, Marius Godard fit partie des contacts syndicalistes de Paul-Baptistin Lombard, qui coordonnait la résistance communiste sur la zone de Martigues-Port-de-Bouc.
Le 12 décembre 1941, Godard fit l'objet d'un signalement au commissariat de police de Port-de-Bouc. Une notice individuelle stipule qu’il était considéré comme « indésirable », ex-membre du parti communiste et « hostile au gouvernement actuel ». Domicilié rue du Môle, il était père d’un enfants. Sa description physique tranche un peu avec celle réalisée par l’armée des années plus tôt : taille de 1,80 m, cheveux châtains, front légèrement proéminent, yeux marron, petite bouche, visage osseux, teint coloré et forte corpulence. Le même jour, il fut arrêté par la gendarmerie et le commissaire de police de Port-de-Bouc sur son lieu de travail. On le transporta sur le Providence en rade de Marseille et l’interna au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) par un arrêté du 20 décembre suivant. Son frère, Paul Godard, l’avisait le 10 avril 1942 qu’il avait subi une perquisition et qu’il avait été interrogé par la police. Le 11 juillet 1942, interrogé au camp, Marius Godard affirma condamner le parti communiste, la IIIe Internationale et le pacte germano-soviétique et se dit disposé l’acte de loyalisme au gouvernement du maréchal Pétain. Le préfet du Tarn donna un avis favorable à sa libération le 12 octobre 1942, mais il ne fut libéré – d’après Antoine Olivesi – que le 26 avril 1944.
En 1944, un résistant qu’il nomme Blanc (il s’agit probablement d’Étienne Blanc) le fit rejoindre le Front national (nom complet : « Front national de lutte pour la libération et pour l’indépendance de la France »). Au camp de Saint-Sulpice, il participa à la formation de groupes du FN. Le 18 août 1944, il fut libéré par la Résistance à l’hôpital d’Albi.
Membre du Comité local de Libération de Port-de-Bouc - dirigé par René Rieubon - en août 1944, il écrit avoir regagné Port-de-Bouc en autostop le 1er septembre. Les élections municipales d’avril 1945 le firent entrer officiellement au conseil municipal mené par Rieubon. Il fut réélu en octobre 1947.
En janvier 1948, il effectua une demande de reconnaissance d’appartenance à la Résistance intérieure française (RIF) en tant qu’interné. Il mentionnait avoir fréquenté dans la clandestinité Michel Borio, Charles Scarpelli, Lucien Giorgetti, Armand Guigue, Médard Deleuil, Louis Vigne (décédé) et Blanc (sans doute Étienne Blanc). Il habitait toujours rue du Môle, au n°14.
Il fut homologué Résistance intérieure française (RIF) en mars 1949 au titre du mouvement Front National pour ses services accomplis de septembre 1940 à septembre 1944.
Réélu aux municipales d’avril 1953, il siégea dans la municipalité Rieubon jusqu’en 1959.
On perd la trace de ses engagements militants par la suite.
Sources : Arch. mun. Port-de-Bouc (municipalités de Port-de-Bouc). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement de la population, Port-de-Bouc, 1906, 6M 414 ; 1911, 6M 453 ; 1931, 6 M 511 ; M 6/11379, notice individuelle et rapport du commissaire spécial du 26 août 1932, 5 W 188 (dossier d’internement), 76 W 111 et 188. — Copie de la notice individuelle de décembre 1941 (archives de René Giorgetti). — SHD, Vincennes GR 16 P 260536. — Notice Soleils rouges de GODARD Paul par Renaud Poulain-Argiolas. — La Dépêche de Brest, 26 novembre 1928. — Le Petit Provençal, 2 juillet 1932. — Site Match ID, Acte n°R9/68 N, Source INSEE : fichier 1979, ligne n°42855. — Site Généanet, Arbre généalogique réalisé par Renaud Poulain-Argiolas.
1ere version dans Le Maitron par Antoine Olivesi : 2 novembre 2010.
3e version : 4 octobre 2026.
4e version : 9 octobre 2026.



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