DUCOURTIOUX Fernand (ou DECOURTIEUX, DUCOURTIEUX)
Dernière mise à jour : 20 avr. 2024
Né le 17 juin 1900 à Saint-Agnant-de-Versillat (Creuse), mort le 7 mars 1972 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; grilleur de minerais puis docker ; syndicaliste CGTU de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; blessé très grièvement le 6 juin 1932 à Martigues (Bouches-du-Rhône) et condamné suite à un affrontement avec les forces de l’ordre.
Fernand Ducourtioux était le fils de Maximilien Ducourtioux, propriétaire cultivateur, et de Zélie Bastier, sans profession. Il vit le jour au hameau de la Chadrolle, dépendant du village de Saint-Agnant-de-Versillat. Ses parents étaient originaires de la même commune. En 1911, la famille avait deux domestiques qui aidaient à tenir l’exploitation agricole. Fernand avait un frère, André, qui était son aîné de trois ans.
Fernand Ducourtioux fut exempté de mobilisation en 1918 à cause d’une cicatrice oculaire qui affectait considérablement sa vue. Il était alors grilleur de minerais.
En 1932, il participait activement au syndicat CGTU des dockers dirigé par Clément Mille. Le 4 juin, les 130 dockers de Port-de-Bouc et 450 de Port-Saint-Louis-du-Rhône se mirent en grève pour s’opposer à une réduction de 2 F par jour sur leur salaire qui avait déjà frappé les dockers de Marseille. Ducourtioux était un des meneurs du mouvement. Sur le quai de Caronte, à Martigues, commune limitrophe de Port-de-Bouc, les dockers grévistes vinrent le 6 juin appeler les grutiers à arrêter le travail. Arrêté dans la matinée, Ducourtioux avait été relâché deux heures plus tard. Les forces de l’ordre envoyées étaient tellement nombreuses qu’un ouvrier déclara à l’Humanité qu’"on aurait cru une mobilisation générale". Elles tentèrent d’empêcher les dockers d’atteindre leur objectif. Dans la bousculade qui s’ensuivit les gendarmes eurent des blessés et ripostèrent à balles réelles, abattant Ducourtioux en lui tirant dans le dos, puis cachant son corps ensanglanté dans une baraque en planches. Toujours selon l’Humanité, il aurait été délibérément visé par son agresseur qui voulait mettre hors d’état de nuire un leader syndical. L’affaire fit grand bruit. Une soixantaine d’ouvriers furent arrêtés, dont le secrétaire du syndicat unitaire, Clément Mille, sa femme Nathalie Plaxine, Dominique Nicotra, Pierre Gonzales, Marius Godard et Jean Vela (vraisemblablement John Vella). La presse transforma souvent son nom en Ducourtieux ou Decourtieux, lui donnant parfois vingt-deux ans au lieu de trente deux.
Hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Marseille, Ducourtioux resta plusieurs jours dans un état grave et survécut à ses blessures. Le 1er juillet 1932, il fut jugé avec vingt-trois autres manifestants par le Tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, dans une salle d’audience bien remplie et sous un important déploiement de policiers et de gendarmes. Le témoignage de M. Mortier, commissaire de police de Martigues, présentant les événements du 6 juin comme une émeute préméditée par les dockers, semble avoir pesé sur la sévérité des sentences. Ducourtioux fut condamné à un mois de prison.
En 1938, il habitait dans le quartier de la Gafette à Port-de-Bouc. On ignore s’il était encore militant. Il fut exempté une nouvelle fois de guerre en janvier 1940, toujours à cause de ses problèmes de vue, puis définitivement réformé en janvier 1941 pour séquelles de pleurésie. Il se retira à Port-de-Bouc, quai de la Liberté.
Sources : Arch. Dép. Creuse, Recensement de Saint-Agnant-de-Versillat, 1911, 6M 179/2. — État signalétique, classe 1920, matricule 775, 1R 631. — Notice Maitron de MILLE Clément. — l'Humanité, 8, 19 et 21 juin 1932. — Le Petit Provençal, 7 juin et 2 juillet 1932. — État civil de Saint-Agnant-de-Versillat, 1900, Naissances, Acte n°27 (Filae). — Site Match ID, Acte n°192, Source INSEE : fichier 1972, ligne n°64063.
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