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RAMS José

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • il y a 2 heures
  • 7 min de lecture

Né le 12 mars 1883 à El Grao (aujourd’hui Valencia) dans la communauté valencienne (Espagne), disparu en 1949 en Espagne ; journalier et manœuvre ; militant anarchiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), animateur du groupe libertaire local en 1938.


José Rams était l’aîné d’une fratrie de trois frères originaires d’El Grao, qui est aujourd’hui un quartier de Valencia. L’administration française réduisait par erreur le nom du lieu à « Grao ». On sait peu de choses sur les parents Rams. Du père – qui s’appelait déjà José Rams – on ne connaît que le nom. Sur la mère, Maria Marti, on sait qu’elle était native de Valbona, dans la province de Teruel et la communauté autonome d'Aragon. Elle avait été veuve assez tôt et avait refait sa vie avec Miguel Clemente, né dans la communauté valencienne, qui travaillera comme maçon en France. Le couple Clemente-Rams dut s’établir dans les Bouches-du-Rhône dans la première décennie du XXe siècle, comme le suggère la police qui date au 8 septembre 1908 l’arrivée de José Rams à Port-de-Bouc. Celui-ci avait deux frères plus jeunes : Juan Bautista (que les Français nommaient Batista, Battista ou Baptiste) né en 1886, et Arturo né en 1889. De la seconde union de Maria Marti naquirent trois filles et deux fils, dont Blas Clemente.


Les frères Rams et Blas Clemente furent liés à des niveaux divers avec la mouvance anarchiste. En septembre 1921, José Rams participa à une souscription organisée par Le Libertaire en faveur du peuple russe. Il donna 5 F pour la collecte organisée par le « Groupe intersyndical et d’études sociales » auprès des ouvriers des Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc. Parmi les noms des participants publiés dans le journal anarchiste se trouvaient Véran Guigue, secrétaire du syndicat CGT des CAP et figure anarchiste de Port de Bouc, Lazare Toche, Juan Bautista et Arturo Rams. Bien qu’il n’apparût plus nommément par la suite, il se pourrait que José fît partie du « Groupe international d’études sociales » de Port-de-Bouc, qui publia plusieurs articles dans Le Libertaire durant l’année 1927, dans le contexte de la campagne de soutien aux anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, menacés de la chaise électrique aux USA.


On pourra citer par exemple la journée du 1er mai à Port-de-Bouc, initiée par le groupe sur une base de rassemblement des organisations ouvrières locales, et ponctuée de prises de paroles militantes. Véran Guigue (voir sa biographie) en fit un compte rendu dans Le Libertaire. En juin, un autre article du groupe signalait la venue du conférencier Jean Marestan pour tenir un meeting sur Sacco et Vanzetti. Le débat qui suivit fut perturbé par un jeune communiste. En juillet, un nouveau papier évoquait la venue dans la commune d’orateurs socialistes pour une « réunion politique, publique et contradictoire » qui fut « sabotée » par les dockers communistes. Guigue, venu apporter une contradiction anarchiste, y fut particulièrement malmené. Deux communistes, César Matton, le secrétaire de l’Union régionale CGTU, et Noël Ciavaldini, le secrétaire général du syndicat CGTU des dockers de Marseille, était visés par le courroux du groupe d’études sociales port-de-boucain.


Pendant la dizaine d’années qui suivit, le nom de José Rams n’apparait plus dans Le Libertaire. Mais le journal signala la souscription que l’Espagnol avait réalisée pour lui le 14 octobre 1937, rassemblant 64 F. Le 15 février 1938, le commissaire divisionnaire Sallet, chef des services de police spéciale de Marseille, adressait au préfet des Bouches-du-Rhône un rapport sur Rams dans le cadre de la surveillance des anarchistes étrangers. Il rédigea une notice individuelle à son propos. On y apprend que l’intéressé était domicilié chez son frère Bautista au Bar de la Plage, rue Charles Roux, qu’il était journalier, célibataire et que ses parents étaient décédés. Sallet le considérait comme meneur du groupe anarchiste de Port-de-Bouc qui, de « presque inexistant en 1936 », était passé à une dizaine de membres deux ans plus tard. Le fonctionnaire ajoutait que le militant recueillait des souscriptions pour Le Libertaire et, du fait de la progression des effectifs de son groupe, proposait son expulsion au préfet pour dissuader ses compagnons étrangers de poursuivre leur engagement politique. Un autre document révèle qu’il exerçait son emploi de journalier dans les usines de produits chimiques de Port-de-bouc.


Le Bar de la Plage tel qu'il sera, géré par la famille de Blas Clemente, vers 1955-1956. On voit sur la photo Magdeleine (la femme de Blas) assise avec une mallette posée sur ses genoux, entourée par trois de ses enfants : Josiane assise à gauche, André debout au centre, Jeanine assise à droite.
Le Bar de la Plage tel qu'il sera, géré par la famille de Blas Clemente, vers 1955-1956. On voit sur la photo Magdeleine (la femme de Blas) assise avec une mallette posée sur ses genoux, entourée par trois de ses enfants : Josiane assise à gauche, André debout au centre, Jeanine assise à droite.

Le 29 avril 1938, le préfet des Bouches-du-Rhône répondait à la dépêche que le ministre de l’Intérieur lui avait envoyée une semaine avant au sujet de l’activité des milieux anarchistes dans le département. Il lui transmettait 40 propositions d’expulsion de militants étrangers repérés par la Police spéciale. Un projet d’arrêté du ministère en date du 31 mai 1938 reprenait 38 de ces noms, dont plusieurs étaient par ailleurs identifiés comme membres du groupe anarchiste de Port-de-Bouc : José Rams, Juan Cano, José Cano, Juan Vasquez et Domenico Giovanetti. Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, signa l’expulsion de Rams le 31 mai. Le 16 juin, Jean Bianconi, commissaire de police de Port-de-Bouc informa l’intéressé à qui on laissait huit jours pour quitter le territoire. On releva ses empreintes digitales et lui retira sa carte d’identité. Au vu du décret-loi du 30 octobre 1935, désobéir à l’arrêté était puni de 6 mois à 2 ans de prison.


Blas Clemente en 1937
Blas Clemente en 1937

William Rellet, époux de Fernande Rams, la fille de Juan Bautista Rams, tenta de faire annuler l’expulsion de José Rams. Patron d’une entreprise de réparation navale à Port-de-Bouc, sise rue Charles Roux, Rellet invita par courrier le président du Conseil à la clémence le 19 juin 1938. Il mit en avant la présence déjà ancienne (trente ans) de son parent sur le territoire français, l’inexistence de toute amende ou contravention à son nom. Il arguait qu’un des frères de José – Blas Clemente, qui n’était pas cité – avait onze enfants français et une de leurs sœurs trois et semblait se poser en garant de la moralité de son proche : par sa situation sociale respectable, son identité de français « de souche » et son passé militaire. Le chef d’entreprise évoquait en outre le cas d’un de ses amis, Juan Vasquez, père de trois enfants, qui résidait en France depuis 1925 et se trouvait menacé d’expulsion dans le même décret, alors qu’il n’avait jamais eu affaire à la police.


Un document non daté de la section française de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) a été versé au dossier de Rams dans les archives de la Sûreté (« fonds de Moscou »). Il émanait du comité de patronage pour l’aide immédiate à l’Espagne – 26 rue de Crussol, Paris (XIe arr.) – composé de figures du syndicalisme comme René Belin, Georges Dumoulin, Roger Hagnauer, Léon Jouhaux, Auguste Largentier, le Pr Paul Rivet, Marius Vivier-Merle, d’écrivains tels qu’André Chamson, Victor Margueritte, d’anarchistes de renom tels que Sébastien Faure, Han Ryner, le Docteur Pierrot, Paul Reclus, Georges Yvetot, de coopérateurs – Auguste Fauconnet, Gaston Prache – de pacifistes – Magdeleine Paz, Georges Pioch, Maurice Rostand – de partisans d’une économie sociale comme Jean Nocher, de socialistes – Maurice Delépine, Marceau Pivert – et d’une plume de La Révolution prolétarienne : Robert Louzon. Sur ce document laconique Rams porte le numéro 53. On le dit Espagnol, entré en France en 1908, ayant un frère naturalisé français et récemment expulsé de Marseille.


Le 26 juillet 1938, le préfet des Bouches-du-Rhône informait le ministre de l’Intérieur qu’il avait accordé à Rams une nouvelle autorisation de séjour de 3 mois à titre d’essai. Des sursis succesifs furent décidés au vu de ses attaches françaises et « sous réserve de conserver une neutralité politique absolue ». Cela impliquait une interdiction de fréquenter ses compagnons anarchistes et une obligation à vivre dans une précarité matérielle qui ne lui permettant pas se projeter au-delà de trois mois. Les derniers courriers de ce type signés par le préfet à l’attention du ministre présents dans le dossier individuel de Rams datent du 1er juin et du 25 août 1939. Un document tamponné par la Sûreté le 22 novembre le dit encore domicilié chez son frère au Bar de la Plage et reprend les mêmes éléments que précédemment.


À la fin de l’année 1939, José Rams était mentionné sur une liste de 27 pages dressée par la sous-préfecture d’Istres d’individus domiciliés dans les Bouches-du-Rhône ayant été membres du Parti communiste avant sa dissolution. Les trois dernières pages concernaient uniquement des étrangers.

Il s’agit de toute évidence d’une erreur, car la police de cette époque confondait souvent communistes et anarchistes. D’autres anarchistes de Port-de-Bouc apparaissent d’ailleurs sur la même liste : Blas Clemente, Juan Vasquez et José Cano.


Une lettre du ministère de l’Intérieur au Procureur de la République d’Aix évoqua Rams une dernière fois le 5 juin 1940. Il envoyait l’ampliation de son arrêté d’expulsion d’origine. L’anarchiste ayant obtenu un sursis, on demandait au Procureur de vérifier auprès du Préfet des Bouches-du-Rhône si l’arrêté était toujours en vigueur. Le 14 juin, la Wehrmacht prenait possession de Paris et les archives de la Sûreté française étaient envoyées à Berlin. De mémoire familiale, José Rams avait été arrêté à une date inconnue à la frontière espagnole alors qu’il essayait de la franchir pour aller combattre les franquistes. Il aurait été incarcéré à Aix-en-Provence. Libéré en 1949, il aurait alors été expulsé vers l’Espagne du général Franco. Sa famille n’eut plus jamais de ses nouvelles après ça.


Parmi les militants de sa famille, en plus de ses frères Juan Bautista Rams, Arturo Rams et Blas Clemente déjà cités, n’oublions pas Michel Clemente, fils de Blas, qui sera militant communiste et conseiller municipal à Port-de-Bouc.


Sources : Arch. Nat. 19940472/35 (fichier central de la Sûreté nationale, 1938-1940). — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 157 (communistes - dissolution du parti – clandestinité). — Le Libertaire, 16 septembre 1921 ; 14 octobre 1937 (Retronews). — Propos recueillis auprès de Jean-Philippe Clemente (mars 2025-mai 2026).


Iconographie : Archives de Jean-Philippe Clemente.


Version au 12 juillet 2026.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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