CORBANI Virgile. Pseudonyme dans la clandestinité : BLANCHARD Jean
- Renaud Poulain-Argiolas
- 18 mai
- 5 min de lecture
[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Claude Pennetier. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 4 décembre 1906 à Bastia (Corse), tué en août 1944 ; ouvrier pâtissier ; militant communiste de Nice, membre du bureau régional du PCF des Alpes-Maritimes ; secrétaire adjoint (1937) puis secrétaire général de l’Union départementale CGT des Alpes-Maritimes (1937-1939) ; résistant de la CGT clandestine et des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) ; interné ; fusillé par les nazis.

Virgile Corbani était le fils de Joseph Corbani, menuisier, et de Cornélie Severoni, qui habitaient au n°4 de la rue de la gare à Bastia. Ouvrier pâtissier militant, il fut blessé le 29 janvier 1934 à Nice lors d’une importante manifestation des fonctionnaires. Celle-ci vira à l’émeute et à la manifestation de lutte contre le fascisme face aux forces de l’ordre qui avaient des directives préfectorales. Corbani était, en 1937, secrétaire adjoint de l’Union départementale CGT des Alpes-Maritimes. Le 13 juin, il en devint secrétaire général en remplacement d’Ange Felce, fut réélu au congrès du 29 mai 1938, puis à celui du 21 mai 1939 auquel prit part Benoît Frachon. Il publia un nombre important d’articles dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes. Il y évoquait les conquêtes législatives du Front populaire et leur remise en question par le patronat.
Le 30 juin 1937, il dénonçait dans Le Peuple, organe de la CGT, l’hostilité des organisations patronales de l’hôtellerie à la mise en place des conventions collectives dans leur branche. Tout en saluant l’action d’André Mercier, député de Paris, qui avait présenté le projet de loi sur la suppression des bureaux de placement, il rappelait qu’il avait fallu de grands efforts aux syndicats pour obtenir l’application du repos hebdomadaire. Les patrons de l’industrie hôtelière voulaient exclure leurs personnels de la semaine de 40 heures et menaçaient de lock-out à l’approche de la saison touristique. Les petits commerçants protestaient avec les employés d’hôtels. Corbani plaçait son espoir dans le 2e gouvernement de Front populaire pour « briser cette action concertée contre les lois républicaines » et dans les travailleurs hôteliers de son département, bien organisés et combattifs dans un secteur vital pour l’économie locale.
Le 8 avril 1939, Virgile Corbani épousa à Nice Louisette Garavagno, qui sera comme lui active dans la Résistance.
Il militait également au Parti communiste. En avril 1938, il siégeait au bureau régional des Alpes-Maritimes. Dans Le Cri des travailleurs du 9 avril, il pointait du doigt les trusts industriels et commerciaux qui augmentaient considérablement leurs profits – en rehaussant les prix des marchandises pour compenser le réajustement des salaires obtenu par les ouvriers en 1936. Étaient particulièrement visés : la société Lafarge, qui avait une usine à Contes, et la maison Prisunic, présente à Nice, qui rendaient les syndicats responsables des conflits et de l’augmentation du coût de la vie. Le dirigeant appelait à la "solidarité matérielle et morale" avec les 11 000 ouvriers du bâtiment en grève et à l’action du gouvernement pour protéger les droits des travailleurs.
Dans Le Cri des travailleurs encore, il démystifiait fin avril 1939 la propagande gouvernementale autour des décrets-lois. Ces derniers n’avaient selon lui aucun rapport avec la défense du pays, contrairement à ce qui avait été annoncé pour les justifier, et n’allaient générer de hausse ni de la production nationale ni de la capacité défensive française. Corbani mettait en avant l’indulgence du gouvernement avec les riches et son combat contre les pauvres, les militants ouvriers. Il prenait pour exemple les 419 travailleurs des Alpes-Maritimes restés sans emploi après la vague de licenciements qui avait suivi la grève du 30 novembre 1938, la casse par le gouvernement des sentences arbitrales qui ordonnaient la réintégration des travailleurs licenciés et le projet de licenciements massifs dans les services publics.
En octobre 1939, le responsable communiste Paul Maertens confia à Henriette Dubois la mission de demander à Corbani de quitter son domicile rue Lépante où il vivait avec sa femme et leur bébé âgé d’un mois, en vain. Il fut arrêté ainsi que vingt-deux autres militants niçois à la suite d’un arrêté d’internement administratif signé par le préfet le 16 mars 1940. Il fut envoyé comme d’autres militants du département dans le camp de Saint-Maximin (Var). Il fit partie avec eux des internés transférés dans le camp de Chibron, commune de Signes (Var), à son ouverture, le 20 juin 1940. Il était classé parmi les militants « dangereux ». À la dissolution de ce camp, il fut déplacé au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le 14 février 1941.
De retour dans les Alpes-Maritimes, il fut responsable, avec le grade de lieutenant et le pseudonyme de "Jean Blanchard", d’un camp de triage FTP dans l’arrière-pays niçois, résidant clandestinement au château de Ginestière, où il anima une imprimerie clandestine. Le 27 juillet 1944, il fut arrêté par la Gestapo et la Milice française en rendant visite à sa femme et incarcéré aux « Nouvelles prisons » de Nice. Transféré aux Baumettes le 6 août, on perd sa trace par la suite.
Un jugement du tribunal civil de 1ere instance de Nice, rendu le 25 avril 1949, mentionnait qu’il était « Mort pour la France » en déportation le 12 août 1944 en Allemagne… mais aussi qu’il avait été fusillé en août 1944 à Marseille.
Virgile Corbani fit partie des détenus politiques liquidés par le cadre SS Dunker-Delage, vraisemblablement le 12 août dans la région marseillaise, son corps n’ayant pas été retrouvé ou identifié.

Une plaque rappelle son sacrifice sur la façade de l’ancienne Bourse du Travail CGT de Nice, place Saint-François, depuis la fin des années 1940. Son nom figure également sur la plaque commémorative située 5 rue de l’Hôtel de ville à la mémoire des « martyrs de la Résistance du Ier canton ».
Il fut homologué Déportés et internés de la Résistance (DIR) et Forces françaises de l’intérieur (FFI). On lui décerna la médaille de la Résistance à titre posthume le 17 décembre 1968 (publication au JO le 17 janvier 1969).
Sources : État civil de Bastia, Naissances 1904, Acte n°501. — Arch. Dép. Var, 4 M 291. — SHD, Vincennes GR 16 P 141875 (nc) ; Caen AC 21 P 250 732 (nc), AC 21 P 438 338 (nc). — Le Cri des Travailleurs, 1937, 9 avril 1938, 29 avril 1939 (BNF-Gallica). — Le Peuple, organe officiel de la CGT, 30 juin 1937 (BNF-Gallica). — « Mémoire à Virgile Corbani (1906-1944) », extrait des Cahiers de l’Institut d’Histoire Sociale des Alpes-Maritimes, N°1, octobre 2019, repris sur le site de l’Union départementale CGT des Alpes-Maritimes. — Michel Brot, Le Front populaire dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, 1988. — Max Burlando, Le Parti communiste et ses militants dans la Résistance des Alpes-Maritimes, La Trinité, Parti communiste français, Fédération des Alpes-Maritimes, 1974, p. 49. — Notes de Jacques Girault, de Jean-Marie Guillon et de Jean-Louis Panicacci. — Henriette Dubois, « Nelly ». En résumé… nous devons témoigner. Une vie militante… toujours en prise avec les événements, dactylographié, 78 p. + annexes, déposé à la bibliothèque du Musée de la Résistance des Alpes-Maritimes. — Site Généanet, Dépouillements niçois ; Cimetières et monuments. — Ordre de la Libération.
Œuvre : Nombreux articles publiés dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes.
Iconographie : Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes, 6 octobre 1937, 7 mai 1938 (BNF-Gallica). — Site de l’Union départementale CGT des Alpes-Maritimes.
1ere version dans Le Maitron par Claude Pennetier : 25 octobre 2008.
2e version complétée par moi : 18 mai 2026.
3e version : 23 mai 2026.





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