top of page
  • Twitter
  • Facebook
  • Instagram

CLEMENTE Blas, Romualdo

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 6 mars 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 mai

Né le 7 février 1902 à Valencia (Espagne), mort le 30 avril 1983 ; mécanicien, ajusteur et patron de bar ; militant anarchiste ou sympathisant libertaire de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône).


Blas Clemente en 1937
Blas Clemente en 1937

Les parents de Blas Clemente étaient des Espagnols qui avaient vécu en Algérie de la naissance de leur fils jusqu’à leur installation à Port-de-Bouc en 1909. Le père, Miguel Clemente, maçon à son compte, était né à Titaguas, dans la communauté valencienne. La mère, Maria Marti, sans profession, était originaire de Valbona, dans la communauté autonome d’Aragon. Blas était l’avant-dernier d’une fratrie de cinq enfants, constituée de trois filles et deux garçons – dans l’ordre : Miguel, Carmen, Consuelo, Blas et Dolores. Il épousa Magdeleine Vassia, sans profession, native de La Ciotat le 29 septembre 1923. Sur l’acte de mariage, on le dit mécanicien. Le recensement de la population de 1931 le présente comme ajusteur aux Établissements Kuhlmann. En 1931, le couple vivait dans le quartier de la Baumasse. Ils avaient cinq fils, tous nés dans la commune : Pierre en 1924, Michel en 1925, Henri en 1927, Eugène en 1928 et Jean en 1930. Ils acquirent la nationalité française par décret le 29 mars 1935 (annonce au JO le 7 avril). En 1938, Le Petit Provençal annonça que la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône décernait à leur foyer une prime de 700 F pour leur 11e enfant. Une cérémonie était prévue le 13 novembre à Marseille pour réunir les familles nombreuses récompensées. Le couple Clemente aura au total quinze enfants.


Acquis aux idées anarchistes, Blas Clemente versa 87 F pour une souscription au profit de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) en 1938. Son nom fut publié à cette occasion dans le journal Le Libertaire. Il avait trois demi-frères que sa mère avait conçus d’une première union : José, Juan Bautista (dit Bautista) et Arturo Rams, anarchistes et domiciliés à Port-de-Bouc. Il fréquenta Manuel Mateu après le retour d’Espagne de ce dernier qui avait combattu dans la colonne Francisco Ascaso. Le jeune homme, qui était son cadet de seize ans, avait découvert l’anarchisme pendant la révolution espagnole. Clemente lui donna des conseils de lectures. Est-ce qu’il était membre du groupe anarchiste de Port-de-Bouc qui comptait – d’après un rapport sur les anarchistes étrangers du commissaire divisionnaire Sallet, chef des services de police spéciale – une dizaine de membres en février 1938 ? On pourrait le supposer, d’autant que son demi-frère José Rams, domicilié au Bar de la Plage chez leur frère Bautista, en était qualifié de « meneur ». Blas aurait pu être remarqué par la police et fiché pour sa proximité avec lui.


À la fin de l’année 1939, Blas Clemente figurait sur une liste d’individus de l’arrondissement d’Aix-en-Provence à surveiller, dressée par la sous-préfecture d’Aix, parce qu’ils avaient appartenu au Parti communiste. Il s’agit probablement d'une erreur, dans la mesure où les autorités de l’époque prenaient souvent les anarchistes pour des communistes. Ajusteur aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP), il n’avait pas été affecté à la guerre. Avait-il était licencié de chez Kuhlmann ? Il aurait pu l’être suite à la grève du 30 novembre 1938, lancée à l’appel de la CGT pour défendre la semaine de 40 heures gagnée en 1936. Au vu de ses sympathies et de ses fréquentations, il serait cohérent qu'il ait pris part à ce mouvement dont la répression avait fait des dégâts importants dans les rangs des militants de Port-de-Bouc. En 1941 et 1942, les Clemente perdirent deux de leurs filles.


Le 12 novembre 1942, après le franchissement de la ligne de démarcation par la Wehrmacht, les CAP passaient sous le contrôle de la Kriegsmarine allemande, qui voulait profiter du savoir-faire des ouvriers pour améliorer son armement. Port-de-Bouc, sa rade et son port étaient perçus par les nazis comme un site stratégique. La mémoire familiale a retenu que Blas Clemente, contremaître, fut conduit avec un groupe important de ses collègues au 425 rue Paradis, siège de la Gestapo de Marseille, pour être interrogé sur les nombreux incidents techniques et autres pannes qui se produisaient sur les bateaux devant être livrés à l’occupant. Les recherches de l’historien Jean Domenichino sur le chantier naval permettent de mieux dater les faits. Au début de l'année 1944, les organisations clandestines de résistance – PCF, CGT et Front national (d’obédience communiste) – rassemblaient environ 350 individus sur un millier de salariés de l’entreprise. C’était assez pour impulser des actions, comme la grève le 12 mars en protestation contre la mauvaise qualité de la soupe. 17 ouvriers des CAP furent transportés à Marseille en réaction. Les responsables allemands du chantier, qui auraient eu intérêt à minimiser la gravité des faits pour éviter d’être envoyés sur le front de l’Est, rejetèrent la faute sur le gouvernement français. Et le maire de Port-de-Bouc, Jules Crétinon, bien que partisan du maréchal Pétain et anticommuniste convaincu, couvrit les résistants par patriotisme. Aucun ouvrier n’eut donc à subir d’interrogatoire poussé de la Gestapo.


En août 1943, Blas Clemente racheta à son demi-frère Bautista Rams Le Bar de la Plage, rue Charles-Roux, qui avait été construit vers 1920 par des Italiens dans le quartier des Combattants. Dans ce secteur vivait une grande partie de la communauté grecque de la commune. Vu que Blas travaillait déjà aux CAP, le fonds de commerce fut mis au nom de sa femme Magdeleine. En plus du bar, l’établissement comprenait un restaurant et quelques chambres d’hôtel aux deux étages supérieurs. Magdeleine Clemente se chargeait de la cuisine. Après la Libération, leur fils Jean y était le barman (il le restera plus de dix ans), tandis que leurs filles s’occupaient du service, de la vaisselle et des chambres. La rue Charles-Roux sera rebaptisée boulevard Dominique Nicotra après la guerre.


Le Bar de la Plage vers 1955-1956. Magdeleine Clemente est assise avec une mallette posée sur ses genoux, entourée par trois de ses enfants : Josiane assise à gauche, André debout au centre, Jeanine assise à droite.
Le Bar de la Plage vers 1955-1956. Magdeleine Clemente est assise avec une mallette posée sur ses genoux, entourée par trois de ses enfants : Josiane assise à gauche, André debout au centre, Jeanine assise à droite.
Au comptoir du Bar de la Plage vers 1955-1956. Le barman est Jean Clemente.
Au comptoir du Bar de la Plage vers 1955-1956. Le barman est Jean Clemente.

Le Bar de la Plage servit de siège au club de rugby à XIII de 1952 à 1970 et au Vélo club de Port-de-Bouc. Le premier avait été fondé par un groupe d’amis après la tournée de l’équipe de France en Océanie en 1951, dont celle-ci était revenue championne du monde. Le club de jeu à XIII port-de-boucain fut, lui, champion de Provence en 1956. Cinq des fils Clemente y jouèrent et trois des filles y rencontrèrent leurs futurs maris, qui, venant jouer, fréquentaient le bar. Les sœurs et le plus jeune de la fratrie suivaient les matches, même en déplacement. Néanmoins les proches du bistrotier se rappelaient qu’il fallait le tenir éloigné du bord du terrain. Car s’il était connu des locaux en tant que père de famille très nombreuse, il l’était aussi pour son fort caractère et sa réputation de ne pas avoir sa langue dans sa poche. Il arrivait régulièrement que les échanges s’enveniment avec les accompagnateurs de l’équipe adverse. Une anecdote parlera d’elle-même : un jour qu’il était en vacances dans les Pyrénées dans les années 1970, Blas Clemente aurait rembarré le présentateur vedette Leon Zitrone avant le début du direct d’Intervilles en lui lançant qu’il gagnait des « millions ».


Dans la salle de mariage et de lotos du Bar de la Plage, années 1970. À gauche, c'est Blas, au centre son fils Michel.
Dans la salle de mariage et de lotos du Bar de la Plage, années 1970. À gauche, c'est Blas, au centre son fils Michel.

Son fils Michel Clemente, militant communiste, fut conseiller municipal dans l'équipe de René Rieubon de 1965 à 1971. Du fait de leurs convictions divergentes, le père et le fils avaient des discussions particulièrement houleuses lorsqu’ils parlaient politique. Ils étaient notamment en désaccord sur le sens qu’ils donnaient au mot communisme. Du point de vue de Blas, Maurice Thorez, Jacques Duclos et Georges Marchais n'auraient pas défendu le « vrai communisme ».


Blas Clemente est enterré au cimetière communal de Port-de-Bouc avec ses parents. Michel Clemente repose à ses côtés.


Sources : Archives familiales. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Port-de-Bouc, Mariages 1923, Acte n°34, 202 E 1322 ; 76 W 157 ; Recensement de la population de Port-de-Bouc 1931 (2e série), 6 M 511. — Courrier du commissaire divisionnaire Sallet (commissariat spécial de Marseille) au préfet des Bouches-du-Rhône du 15 février 1938 (transmis par Jean-Philippe Clemente). — Journal officiel de la République française, 7 avril 1935 (67e année, N°83), pp. 3957 et 3963.— Le Libertaire, 5 mai 1938, p. 4 (Retronews). — Le Petit Provençal, 6 novembre 1938 (Retronews). — L’Avenir provençal, 7 août 1943 ; 28 août 1943 (BNF-Gallica). — Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc : 1900-1966, Édisud, 1989 (pp. 176-185). — Témoignage de Jean-Philippe Clemente (mars 2025 – mai 2026). — Propos recueillis auprès de Raymond Mateu (avril 2026).


Iconographie : Archives de Jean-Philippe Clemente.


1ere version : 6 mars 2025.

2e version : 2 mai 2026.

3e version : 3 mai 2026.

4e version : 5 mai 2026.

Commentaires


L'animateur du site :
Renaud Poulain-Argiolas.jpg

Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

Archives des articles

Tags

Pour être informé.e de la parution des prochains articles :

Merci !

bottom of page