VIGHETTI Éliane [née MARTIN Éliane, Simone]
- Renaud Poulain-Argiolas
- 24 mars 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Née le 22 juillet 1939 à Valleraugue (Gard), morte le 21 juin 2002 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) ; institutrice ; militante communiste de Miramas (Bouches-du-Rhône), trésorière de cellule, quitta le PCF en 1990 ; conseillère municipale de Miramas ; membre de l’Union des Femmes françaises (UFF) ; militante associative.

Institutrice, active au sein de la section PCF de Miramas (Bouches-du-Rhône), Éliane Vighetti fut présentée par son parti sur la liste d’Union de la Gauche menée par Georges Thorrand lors des élections municipales de mars 1977. Élue au conseil municipal, en janvier 1982 elle était en charge de l’information. Au scrutin de 1983, elle était à nouveau candidate sur la liste de Georges Thorrand. Le 25 mars 1961, elle avait épousé Jean-Claude Vighetti, qui fut militant communiste à Miramas et syndicaliste CGT. En 1962, le couple eut un fils, Richard, qui disparut tragiquement à dix-huit ans dans un accident de la circulation.
Éliane Vighetti fut une des animatrices du comité de femmes de cheminots qui se forma à l’occasion de la grande grève de la SNCF de l’hiver 1986-87. L’idée était née pendant la manifestation du 13 décembre 1986 à Marseille. Tous les jours, cinquante femmes du comité étaient présentes dans la petite salle du comité d’établissement, rue Voltaire, à Miramas. Elles étaient un soutien précieux pour leurs compagnons. Elles achetèrent des cafetières pour leur permettre de se soulager du froid, mirent en place un système de garderie tournante pour les enfants et organisèrent un départ en car pour la manifestation du 6 janvier 1987 à Marseille. Tandis que le Premier ministre Jacques Chirac mettait en place des mesures d’austérité, elles interpellèrent Bernadette Chirac, la femme de ce dernier : "Est-ce que Mme Chirac pourrait boucler son budget avec la paye d’un cheminot ? Nous, on ne demanderait qu’une seule paye de M. Chirac."
Trésorière de la cellule communiste Arthur Favaro, Éliane Vighetti annonça sa démission en septembre 1989 à la secrétaire de la section Colette Bonassi. Elle continua toutefois à assurer sa responsabilité jusqu’à la fin de l’année, selon ses propres mots, « pour la bonne marche du parti ». À la fin de l’année 1990, elle exprimera la cause de son malaise dans un courrier adressé à Robert Bret, secrétaire fédéral du PCF : « à Miramas le parti est devenu un parti de "clans" et de "courants" (le mot n’est pas de moi mais de ma secrétaire de cellule G. D.) courants pour ou contre nos élus municipaux en place. De nombreux camarades refusent de distribuer le bulletin des élus. Pour ma part, j’ai toujours affirmé que je laissais les tendances au PS et que je refusais cet état de choses dans mon Parti. » Si elle avait d’abord eu l’intention d’en informer le responsable fédéral sur le « bateau de la Paix » (vraisemblablement une action d’opposition à la guerre du Golfe), elle s’était ravisée pour éviter de gâcher un moment de détente du dirigeant. C’est avec pudeur et respect qu’elle lui écrira quelque temps plus tard.
Au début de l’année 1990, les Vighetti se mirent « hors parti » en cessant de payer leurs timbres. Ils entendaient protester contre le manque de « fraternité » qui régnait dans leur section. Éliane confiera à Robert Bret qu’elle était prête à reprendre le versement de ses cotisations « à la moindre amélioration ». Les époux exposèrent leur position dans leur cellule. G. D. leur aurait répondu que "timbres ou pas timbres viennent aux réunions tous ceux qui ont envie de travailler." D’après l’institutrice, le 21 novembre, pendant une réunion de la cellule Arthur Favaro, une majorité des membres se prononcèrent « pour envoyer au moins un délégué pour demander une structure nouvelle de la section ». Il fut proposé de voter, mais la secrétaire aurait objecté qu’« entre camarades un vote n’est pas nécessaire ». Toujours aux dires de Vighetti, la candidate proposée par son mari et elle fut acceptée aux côtés de deux autres candidats pour porter la parole de leur cellule à la conférence de section. Cependant, dans une nouvelle réunion le 28 novembre sur le même sujet, la secrétaire de cellule aurait objecté que « conformément aux statuts », l’élection des délégués devait se faire à bulletin secret et aurait alors « rameuté ses fidèles fait éliminer notre déléguée ». Vighetti ajoutait : "un camarade vétéran a refusé de voter pour ne pas participer à cette mascarade." Dénonçant un déni de démocratie, elle confiait à Robert Bret sa crainte que de telles pratiques ne se prolongent à la conférence de section.
Dans sa lettre du 29 novembre 1990 au secrétaire fédéral, elle critiquait spécifiquement le nouveau découpage des sections décidé par la fédération des Bouches-du-Rhône. Devant la réduction des effectifs de certaines sections, la fédération avait regroupé certaines d’entre elles. Miramas s’était retrouvé associé à Fos-sur-Mer, Saint-Chamas et Istres – qui donnait son nom à la nouvelle section. Cette « grande section » était à ses yeux « un lourd fardeau » dans lequel « les secrétaires de section ne font que passer » (Michel Vaxès, Raymond Zimmerman, Colette Bonassi). Pour illustrer le déclin de la camaraderie militante, elle donnait l’exemple d’un vétéran, le cheminot retraité Gérard Fabrier, qui n’avait pas voulu reprendre sa carte pour l’année 1990. Bien qu’il lût quotidiennement La Marseillaise et l’Humanité, personne ne serait allé lui parler. Elle souffrait durement de voir un gouffre séparer les discours officiels du parti – qui parlaient « de rassemblement et de fraternité » – et la réalité – dans laquelle on ignorait « les camarades qu’on laisse au bord de la route ». Dans son courrier, Vighetti renvoyait sa carte du PCF avec ce commentaire : "nous espérons que notre tentative ne sera pas vaine et que bientôt nous retrouverons notre place dans un Parti serein et fraternel." Évoquant le titre du dernier livre de Georges Marchais, Démocratie, elle appelait de ses vœux à plus de tolérance dans l’organisation. En conclusion elle citait un camarade qui lui non plus n’avait pas repris sa carte : "je ne veux pas gaspiller mon énergie à me battre contre les Camarades, je préfère me battre contre la Droite."
Robert Bret lui répondit le 13 décembre 1990. Il avait dû remettre sa réponse à plus tard à cause de la conférence fédérale et précisait que les questions que Vighetti soulevait recoupaient les thématiques qui devaient être abordées durant le XXVIIe congrès à venir. La direction fédérale s’était positionnée pour que « tous les communistes s’expriment, confrontent leurs opinions », en refusant comme son interlocutrice les tendances, « négation du véritable débat. » Du fait de la préparation du congrès national, il n’était pas disponible pour la rencontrer. Ce congrès allait se dérouler sur fond d’équilibre international particulièrement bouleversé : guerre du Golfe, effondrement des régimes socialistes du bloc de l’Est, Glasnost de Gorbatchev, dont le PCF allait prendre le contre-pied. Bret s’engagea à charger un membre du bureau fédéral qui suivait la section de s’entretenir avec Éliane Vighetti. Il espérait qu’ elle et son mari reprennent leurs cartes l’année d’après. Ils ne le firent pas.

Par la suite, elle s’investit dans la vie de l’association de retraités "Vivre Notre Temps", dont le bureau fut longtemps constitué de Denise Clément, Simone Gachon, Paulette Argiolas et Serge Sabatier. Elle fut membre du conseil d’administration avant 1999 et prit part aux ateliers d’écriture organisés par l’association. Certains de ses textes furent publiés dans des recueils regroupant des productions de l’ensemble des participants.
Au début des années 1990, elle habitait chemin du Coup perdu à Miramas.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 315 J 636 Fédération départementale du PCF (correspondance 1 AU 2538). — Dossier VIGHETTI Jean-Claude, Service Archives et Documentation SNCF (SARDO). — Archives Argiolas. — Professions de foi des élections municipales de 1977 et 1983. — Miramas-Infos, janvier 1982 — Le Journal de Miramas n°3, 2 mars 1983. — Miramoi, mensuel d’information de la ville de Miramas, n°5, février 1987. — Site Match ID, Acte n°325, Source INSEE : fichier 2002, ligne n°272216.
Œuvre : Collectif, Miramas, maille après maille, Vivre Notre Temps, septembre 1998. — Collectif, Plumes d’Elles, Vivre Notre Temps, juin 1999.
Iconographie : Archives Argiolas.
1ere version dans Le Maitron : 29 août 2022.
2e version : 10 avril 2026.

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