BONASSI Colette [née BOUYSSOUNOUSE Colette, Marie, Élise]
- Renaud Poulain-Argiolas
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 12 heures
Née le 3 février 1952 à Carmaux (Tarn), morte le 30 juin 2018 à Marseille (9e arr.) ; employée municipale ; militante communiste, secrétaire de la section PCF d’Istres, membre du comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône (1987-1994) ; conseillère municipale d’Istres (1989-2008), adjointe à l’État civil et à la Petite enfance ; syndicaliste CGT de Miramas ; militante de la Ligue des droits de l'Homme.

Militante communiste, Colette Bouyssounouse avait épousé Louis Bonassi, originaire du Tarn comme elle. Technicien industriel, il eut des responsabilités fédérales au PCF, fut engagé à la CGT et à la Ligue des droits de l'Homme. Ils eurent plusieurs filles ensemble.
En 1987, Colette Bonassi siégeait au comité fédéral du PCF des Bouches-du-Rhône. Réélue en 1990, elle n’en était plus membre en 1994. En 1989-1990, après un redécoupage des sections communistes, elle était secrétaire de la nouvelle grande section d’Istres, qui associait l’ancienne section de la commune à celles de Miramas, Fos-sur-Mer et Saint-Chamas.
De 1989 à 2008, elle était conseillère municipale à Istres, dans les équipes menées successivement par les maires socialistes Jacques Siffre, Bernardin Laugier et François Bernardini. Elle fut adjointe l’État civil et à la Petite enfance.
En février 1991, Colette Bonassi était employée municipale dans la commune voisine de Miramas et syndiquée à la CGT. Le journal La Marseillaise vint l’interroger suite à la victoire de son syndicat (53%) à l’élection du conseil d’administration du Conseil des œuvres sociales (COS) de la mairie. Elle avait été élue avec 4 autres cégétistes sur 10 sièges. Mais le maire Pierre Carlin (droite) participa aux votes – d’après elle pour la première fois – avec les syndicats concurrents pour empêcher les vainqueurs d’être représentés au bureau du conseil d’administration. Dans les colonnes du journal, elle s’exprimait avec Serge Argiolas, secrétaire du syndicat CGT des Territoriaux, lui aussi élu au CA du COS. Les deux syndicalistes appelaient le personnel communal à se mobiliser pour faire respecter le résultat du scrutin.
Candidate lors des élections cantonales du 27 mars 1994 dans le canton d’Istres-sud, elle fut gratifiée de 1426 voix (7,36%), ce qui la plaçait en 4e position derrière François Bernardini, PS (38,73 %) ; Olivier Darrason, UDF (31,40 %) ; et Jean Boulanger, FN (8,55 %).
De 2005 à 2006, Colette et Louis Bonassi furent au cœur d’une affaire de violence policière. Dans la soirée du 19 janvier 2005, ils entendirent appeler à l’aide dans le hall de leur immeuble à Istres. Un jeune Péruvien était brutalement pris à partie par un homme d’une corpulence imposante. Louis Bonassi, croyant être face à une simple bagarre, s’interposa. En réalité, il s’agissait d’une interpellation effectuée par un policier de la BAC en civil. Une altercation s’ensuivit, pendant laquelle deux autres policiers les rejoignirent. Louis Bonassi et le jeune homme, Renny M. furent mis en garde-à-vue pendant 24 heures. Point cocasse dans cette affaire : en voyant la violence devant sa porte, la conseillère municipale, convaincue d’assister à une agression, avait contacté la police, ignorant qu’il s’agissait d’un contrôle policier. Elle prit l’initiative de rapporter au commissariat le poste de radio que les agents avaient oublié après le « contrôle d’identité ». En retour, elle fut placée en garde à vue pendant 24 heures, contrainte à rester dans une pièce sale et malodorante, une policière la força à se déshabiller pour une fouille au corps et la menaça de couper son alliance parce qu’elle ne parvenait pas à la retirer rapidement.
Les Bonassi et Renny M. furent visés par une plainte pour violences volontaire et rébellion. De leur côté, le couple porta plainte pour violences volontaires et atteinte arbitraire à la liberté individuelle. Une pétition de soutien fut lancée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le MRAP, la liste des Élus majoritaires d’Istres, les sections du PS et du PCF d’Istres et de Fos-sur-Mer, la Gauche Alternative de Fos, la CGT, la CFDT, la FSU, le CRI, Ensemble Citoyen et le Conseil Syndical des copropriétaires "Fougères" les Baume. L’affaire fut suivie par l’Observatoire départemental des violences policières illégitimes (OVPI), constitué de la LDH, du MRAP, de la CIMADE, de SOS Racisme et soutenu par le Syndicat des Avocats de France et le Syndicat de la Magistrature. Le 21 juin 2005, les accusés furent jugés par le tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence, présidé par Pierre Lajoix. Louis Bonassi fut condamné à six mois de prison avec sursis pour violences volontaires contre des agents dépositaires de l’autorité publique et trois fois 1000 euros de dommages et intérêts à verser aux policiers ; Colette Bonassi à trois mois avec sursis et 1000 euros de dommages et intérêts ; Renny M. à huit mois avec sursis dont un mois ferme. Les représentants des forces de l’ordre furent eux relaxés.
D’après Évelyne Sire-Marin, membre du comité central de la LDH, la procédure judiciaire releva que le jeune étranger n’était « aucunement en infraction aux règles sur le séjour des étrangers, et n’avait commis aucun délit avant son interpellation », que Louis Bonassi n’avait pas de casier judiciaire et que Colette Bonassi, alors adjointe au maire d’Istres chargée de la Petite enfance, se vit accuser « d’avoir même porté deux coups de poing au visage d’un policier. » Les Unions départementales CGT et CFDT publièrent des communiqués en solidarité avec les militants. L’affaire passa le 18 septembre 2006 devant la cour d’Appel d’Aix-en-Provence. La LDH et le Comité de vigilance contre les violences policières d’Istres avaient appelé à une manifestation devant la 13e chambre correctionnelle pour soutenir les militants. Le jugement rendu en première instance fut en grande partie confirmé : six mois avec sursis pour Louis Bonassi, trois mois avec sursis pour Colette Bonassi, six mois avec sursis pour Renny M. Les dommages et intérêts prévus pour les policiers passaient de 4000 euros à 2500 euros et le mois de prison ferme pour la victime péruvienne était supprimé.
Évelyne Sire-Marin rappela que le Comité Européen de prévention contre la torture, dépendant de l’ONU, « fustige annuellement la France pour le comportement de sa police et pour l’absence de contrôle réel des magistrats sur l’activité policière ». Elle informait que la LDH avait publié « un guide à l’usage de ses militants, afin d’utiliser les armes du droit pour défendre ceux qui s’estiment victimes d’abus ou de violences policières. » Peu de temps avant l'affaire Bonassi, le rapport annuel d’Amnesty International avait dénoncé « la tendance des tribunaux français à assurer une quasi impunité à des policiers coupables de violences. »
Colette Bonassi était active dans l’antenne istréenne de la LDH.
Décédée en 2018 à l’âge de 66 ans, elle repose au cimetière des Maurettes à Istres aux côtés de son mari. L’année suivante, la ville d’Istres inaugura la crèche multi-accueil Colette Bonassi à Trigance, chemin de Capeau. En mars 2024, le maire François Bernardini rendit hommage aux époux Bonassi devant le conseil municipal.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 315 J 636 Fédération départementale du PCF (correspondance de VIGHETTI Éliane 1 AU 2538). — « La démocratie bafouée », La Marseillaise, février 1991 [photographie]. — « Deux élections cantonales partielles », Le Monde, 6 octobre 1998. — Collectif, Communistes dans les Bouches-du-Rhône : 1920-2020, Un siècle au service des luttes et du bien commun, Fédération PCF des Bouches-du-Rhône / Association Former Transformer Partager, 2020. — Site de Mille bâbords : « Pétition de soutien à Louis et Colette Bonassi et à toutes les victimes de violences policières », 7 mars 2005 ; « Affaire Bonassi : Les communiqués de presse », 28 juin 2005 ; « Colette et Louis Bonassi, des citoyens ordinaires » par Évelyne Sire-Marin, 15 septembre 2006 ; « Cour d’Appel d’Aix sur l’affaire Bonassi : Une fois de plus des violences policières impunies », 14 novembre 2006. — Site de la ville d’Istres, séance du conseil municipal du 20 mars 2024. — Page Facebook de la ville d’Istres. — Site Match ID, Acte n°654, Source INSEE : fichier 2018, ligne n°330411. — Site Généanet, cimetière Istres.
1ere version : 10 avril 2025.
2e version : 11 avril 2026.
3e version : 12 avril 2026.


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