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MARRO Victor, Antonin

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 13 août
  • 14 min de lecture

[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Claude Pennetier. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]


le 15 mars 1899 au Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes), mort le 23 novembre 1961 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; militant communiste de Cannes ; peintre en bâtiment, puis chauffeur ; syndicaliste CGTU puis CGT, secrétaire général de la Bourse du Travail et de l’Union locale CGT de Cannes ; membre du comité local de libération de Cannes ; maire-adjoint de Cannes (1945-1947) ; un des acteurs de la création du Festival international du film de Cannes ; résistant de la CGT clandestine et du Front national de lutte pour la libération (FN) ; interné ; évadé à plusieurs reprises.


Victor Marro en avril 1937
Victor Marro en avril 1937

Les parents de Victor Marro étaient Marius Marro, né à Toulon, maréchal ferrant, et Augustine Cauvin, née au Bar, cultivatrice. Victor était le deuxième né de leurs sept enfants. Avant la Première guerre mondiale, il habitait avec sa famille à Grasse, rue de la Fontette. D’après sa fiche de matricule militaire, il mesurait 1,64 m, avait des cheveux et des yeux bruns, un front moyen, un nez rectiligne et un visage ovale. Il savait lire et écrire. À la fin du mois d’avril 1918, il fut incorporé au 173e régiment d’infanterie, qui devait tenir ses positions sur les bords de la Seille, près de Nancy (Meurthe-et-Moselle) face à l’armée allemande. Son régiment traversa la commune début juin pour stopper l’avancée ennemie vers Compiègne, avant de participer à une grande offensive dans la Somme, qui se heurta à une solide défense allemande. Du côté français, les mitrailleuses protégées par des blockhaus causèrent de lourdes pertes. Fin août, après la prise du village de Fresnoy-lès-Roye, les hommes eurent droit à une dizaine de jours de repos dans le secteur de Flers-sur-Noye et Essertaux. Début décembre, ils se mirent en route pour l’Alsace. Marro participa à partir d’avril 1920 à l’occupation de la Rhénanie. Il fut nommé caporal en juin 1920 et renvoyé dans ses foyers en mars 1921. On lui attribua un certificat de bonne conduite.


Domicilié à Grasse, il se maria le 24 janvier 1925 à Vallauris avec Jeanne Tontini, modiste, native de cette commune. Ils eurent un fils, Roger, né en 1925. Marro était peintre en bâtiment à Cannes. Il y était, en 1932, secrétaire du syndicat CGTU du Bâtiment, qui comptait dix-huit adhérents. Membre du Parti communiste, il était en outre secrétaire général de la Bourse du Travail de Cannes depuis 1934, puis, à partir de 1936, secrétaire général de l’Union locale (UL) CGT. En mai 1935, il fut candidat aux élections municipales sur la liste menée par Paul Vidal, instituteur communiste à la retraite. Nombre de militants expérimentés figuraient sur sa liste, comme Joseph Boutin, Claude Briday, François Fascio, Eugène Franceschi, Louis Giuge, Ferdinand Pittavino et Louis Ruffino. Ce fut néanmoins la liste menée par Pierre Nouveau, proche de l’Action française, qui gagna la mairie.


Le 9 juin 1936, Victor Marro et Jacques Marion, un des secrétaires de l’Union départementale (UD) CGT, rendirent visite aux travailleurs des Aciéries du Nord dans le quartier de La Bocca. La direction avait refusé le cahier de revendications – dont la demande de faire passer les salaires moyens de 4 F à 5 F de l’heure – apporté par une délégation ouvrière. En réponse, la totalité du personnel ouvrier, soit 400 personnes dont 320 syndiqués, avait lancé une grève « sur le tas », qui en était à son premier jour. D’après le compte-rendu de Marro publié dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes (abréviation : Le Cri), le discours qu’il fit avec Marion dans l’usine suscita « un enthousiasme indescriptible ». En voici un extrait : « Pendant toute la journée de mercredi, les ouvriers ont continué la grève, après avoir passé la nuit dans les ateliers. L’attitude calme et digne adoptée dès la première minute de grève par les travailleurs des A.D.N. [Aciéries du Nord], leur discipline admirable, leur ont acquis la sympathie de la population. Le Front populaire de Cannes a envoyé une adresse de solidarité aux grévistes. L’U.F. [Union des Femmes contre la misère et la guerre] et le Front populaire du quartier de La Bocca ont organisé le ravitaillement collectif et ont commencé à transporter quelques objets de literie, pour rendre moins pénible le séjour des ouvriers en lutte. L’U.L. a mis en circulation des listes de souscription et lance un appel aux organisations du Front populaire. Le drapeau rouge et le drapeau tricolore flottent au sommet des toits de chaque bâtiment de l’usine. Le Comité de grève espérait, jeudi, une solution du conflit. Or, la venue du sous-préfet n’apporta aucun changement à la situation. Les grévistes occupent leurs journées en jouant aux boules et aux cartes, en chantant des chansons en vogue, en faisant du sport ; leur extraordinaire fantaisie est le plus sûr garant d’un moral sain. Ces distractions sont, de plus, complétées par un nettoyage et un entretien minutieux de l’usine et de son matériel. La Direction elle-même a dû rendre hommage au calme et à la correction des grévistes. – Le secrétaire de l’U.L. V. Marro. »


Le 23 mars 1937, il était à la tribune lors du meeting donné par Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, au Palais des fêtes de Nice devant 15 000 travailleurs. Se succédèrent au micro Bruno Fontanesi, secrétaire de l’UL de Nice ; Jacques Marion et Virgile Corbani, secrétaires adjoints de l’UD. Le second dénonça la violence des attaques patronales contre le Front populaire. Ange Felce, secrétaire général de l’UD, opposa l’ordre régnant dans le meeting aux affrontements sanglants provoqués par « une poignée de factieux à Clichy » (où six militants antifascistes avaient été tués). Felce fut généreusement applaudi lorsqu’il dit que l’« unité syndicale internationale » des ouvriers était le meilleur rempart contre la guerre. Jouhaux, acclamé debout au chant de L’Internationale, appuya le propos de Corbani : les attaques réactionnaires contre la CGT, forte de 5 millions d’adhérents, devaient être combattues pour défendre le Front populaire et la paix mondiale. À ses yeux, les massacres commis par Franco en Espagne donnaient un aperçu de ce qui adviendrait si le fascisme était victorieux. Jean Laurenti, responsable de l’Union paysanne des Alpes-Maritimes, remit un bouquet de fleurs rouges à Jouhaux au nom de son organisation et salua les « syndiqués des villes » au nom des « travailleurs de la terre ».


La liste de Front populaire aux municipales de 1937 à Cannes
La liste de Front populaire aux municipales de 1937 à Cannes

Le 3 avril 1937, Victor Marro introduisit et présida au marché Forville, à Cannes, un autre meeting de Léon Jouhaux, donné devant 6 000 personnes. Après lui parlèrent Jacques Marion, Virgile Corbani et Ange Felce. Jouhaux fut accueilli par une ovation et L’Internationale. Le rassemblement avait lieu malgré l’interdiction du maire. Le même jour, Marro évoquait dans Le Cri l’annulation des élections municipales cannoises par le Conseil d’État. Selon lui, cette situation offrait une opportunité de mettre un terme à la corruption qui avait régné jusque là. Il appela de ses vœux la constitution d’une municipalité ouvrière qui mènerait une politique soucieuse de l’intérêt de tous : grands travaux (Maison du Peuple, établissement de bains-douches…), mise en place de commissions extra-municipales pour mobiliser les compétences, coordination des travaux par les syndicats. Il voulait mettre les plages de sable fin à la disposition des masses populaires afin qu’elles en profitent grâce aux congés payés. La condition de la victoire était de réaliser l’union entre la classe ouvrière et les petits commerçants. Candidat sur la liste de Front populaire conduite par l’horticulteur communiste Henri Pourtalet, Marro eut une altercation le 11 avril, jour du premier tour, avec le maire sortant Nouveau, qu’il traita de corrompu. Sur la liste de Marro étaient présents le Dr Raymond Picaud (surnommé « le médecin des pauvres »), Émile Garino, le Dr Gérard Monod, Maurice Jouvray, Louis Giuge, Jean-Paul Chiari (peut-être Chiari ?) et Paul Vidal. La campagne se déroula dans un climat de violences provoqué par les partisans de Jacques Doriot. Un militant communiste, Espaltero Rossi, fut assassiné par balle. Dans Le Cri, le député Virgile Barel accusa la bourgeoisie locale d’avoir fait appel à « des centaines de nervis » logés dans les hôtels de Cannes pour s’en prendre aux communistes. Pierre Nouveau fut cependant réélu.


Le Cri rapporte que Victor Marro était membre de l’Association touristique populaire. Le 29 mai 1937, l’association avait élu son nouveau bureau : Maurice Jouvray, président ; le Dr Monod (orthographié Monot) et Mme Giraudo, vice-présidents ; Vignon (peut-être Vignon ?), secrétaire général ; Rose Cauvin, secrétaire adjoint ; Carabalona, trésorier ; René Porte, trésorier adjoint. En plus de Marro, d’autres noms de membres étaient cités dans l’article : Ledunais, Dahon, Camoratti et Guérard. La permanence de l’association se tenait au n°11 de la rue du maréchal Pétain à Cannes, près de la gare PLM.


En août 1937, le socialiste Jean-Paul Chiari accusa Victor Marro d’avoir touché de l’argent des adversaires du PCF. Maurice Jouvray prit la défense de son camarade dans les colonnes du Cri le 21 août. Il témoigna du dévouement exemplaire de Marro à la cause des travailleurs, rappelant que durant les grèves de juin 1936 le secrétaire de l’UL passait « des nuits entières sur les bancs de la Bourse du Travail » et ne faisait qu’« un seul repas frugal par jour » !

Dans l’édition du journal du 4 décembre, le syndicat des ouvriers peintres publiera une « Mise au point » pour soutenir Marro face à la campagne de « calomnies propagées par voie d’affiches et de presse ». Une commission d’enquête syndicale lavera le dirigeant des accusations qui avaient pesé sur lui. Marro saisira la justice tandis que son syndicat se portera partie civile « pour préjudice moral causé à l’organisation ». Dans le même article, le syndicat des Employés du spectacle et le syndicat général des Employés et travailleurs municipaux dénonçaient à leur tour les calomnies visant Marro et Giuge (vraisemblablement Louis Giuge).


Le 17 septembre 1937, Marro mena au nom de l’Union locale CGT une réunion des membres des conseils syndicaux et des délégués ouvriers à la Bourse du Travail, aux côtés de Virgile Corbani, devenu entre-temps secrétaire général de l’UD. Ils discutèrent de la situation locale et générale de leur organisation, des revendications de chaque corporation et des mesures à prendre en prévision du prochain renouvellement des conventions collectives. Il fut question de renforcer les syndicats et de protester contre le non lieu accordé à Jean-Louis Boyer, le meurtrier d’Espaltero Rossi. Le 8 octobre, deux jours avant le premier tour des élections cantonales, Marro seconda le député Henri Pourtalet, candidat, lors d’une grande réunion publique contradictoire donnée à la Maison du Peuple de La Bocca. Le cahier de revendications mis en place à cette occasion était déjà bien rempli.


Victor Marro fut condamné le 17 janvier 1939 par jugement contradictoire du tribunal correctionnel de Grasse à huit jours de prison avec sursis pour coups et blessures.

Il fut rappelé à l’armée par le décret de mobilisation générale le 2 septembre 1939 et affecté à la 2e compagnie du 15e train du groupe de transport 151/15. Il se remaria à Cannes le 7 octobre 1939 avec Barbe Marro, native de Limone Piemonte (Italie), qui n’avait pas de lien de parenté connu avec lui. Cette dernière avait une fille, Odile, née en 1922 de père inconnu. Après l’armistice avec l’Allemagne, Marro fut démobilisé le 7 juillet 1940.


Le 9 septembre 1940, il fut contacté par Virgile Corbani pour rejoindre la CGT clandestine (Corbani sera fusillé par les Allemands en 1944). Le même jour, la police française vint appréhender Marro à son domicile, 1 rue des Serbes à Cannes. Dans le dossier de demande d’homologation qu’il remplira en 1948, il écrira avoir été arrêté « pour activité syndicale et résistante, et pour fréquentation d’éléments résistants (arrêtés eux-mêmes par la suite) ». Il soupçonnera l’ancien maire de Cannes, Pierre Nouveau, de l’avoir dénoncé. On l’interna tour à tour dans les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) – à Sisteron, à Oraison – puis à Saint-Sulpice-la-Pointe, dans le Tarn. Le 3 mars 1941, il était déporté en Afrique du Nord, à Djelfa puis Bossuet – « pour mon activité résistante, à l’organisation clandestine du camp », déclarera-t-il en 1948. Il réussit à donner de ses nouvelles au résistant Max Herzfeld dit « Porthos ». Le 20 mai 1942, il était libéré de Bossuet. Le procès-verbal signé par Seynaeve, commandant du centre de séjour surveillé, se référait à un arrêté pris par le préfet d’Oran le 13 mai, qui lui-même prenait acte d’une dépêche signée le 28 avril par Pierre Laval, chef du gouvernement, qui demandait la libération définitive du prisonnier.


Dans la nuit du 9 au 10 avril 43, Marro fut à nouveau arrêté, cette fois par les troupes d’occupation italiennes. Il apprendra plus tard – en découvrant, lors de son évasion de Modane (Savoie), dans un texte présent dans son dossier – qu’il avait été dénoncé par des membres de l’OVRA (Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell'Antifascismo), la police politique italienne, pour « activité pouvant nuire aux armées d’occupation » et susceptible d’« aider les troupes de débarquement par sa fonction antérieure ». Il fut détenu à Sospel (Alpes-Maritimes) et à Modane, deux camps tenus par les soldats italiens. Dans son témoignage, le résistant Arthur Havenith, membre du mouvement dé résistance Combat, affirme que Marro serait arrivé le 28 avril au camp de concentration des internés civils de guerre de Sospel et qu’il aurait été transferé à Modane le 15 mai 1943. « Porthos » (Max Herzfeld) le rejoignit en juillet à Modane au fort de l’Esseillon. Lorsque l’armée italienne se dispersa le 23 septembre 1943, Marro et Porthos s’évadèrent. Repris par les Allemands à Chambéry trois jours plus tard, ils s’échappèrent une nouvelle fois.


Victor Marro était de retour à Cannes le 16 mars 1944. Lors de la libération de la commune le 24 août, il était toujours actif dans l’organisation syndicale clandestine. Il fut nommé par le préfet des Alpes-Maritimes pour faire partie du comité local de libération, présidé par Raymond Picaud. De 1945 à 1947, il fut adjoint au maire dans l’équipe menée par Picaud. Aux côtés du « médecin des pauvres », d’Henri Pourtalet et de Virgile Barel, Marro s’investit activement dans la création du festival de Cannes. À l’origine, l’événement aurait dû avoir lieu en septembre 1939 pour contrebalancer la Mostra de Venise, grande vitrine de la propagande des fascismes italien et allemand. Mais la déclaration de guerre avait contraint d’annuler la première édition. Finalement le premier Festival international du film de Cannes se déroula en 1946, grâce à l’implication indispensable des travailleurs, des militant-es de la CGT et du Parti communiste. L’historien Tangui Perron, dans le livre qu’il consacra à la naissance du festival, Tapis rouge et lutte des classes, rapproche l’appel à l’élan civique lancé par le maire Raymond Picaud et le mouvement de masse qui s’ensuivit avec la mobilisation des « équipes de choc » qui participèrent bénévolement à la reconstruction de Marseille de 1945 à 1947.


Tangui Perron restitue la genèse du premier festival : « En 1946, le travail des nombreux bénévoles se porte surtout sur les jardins du bord de mer et l’environnement immédiat du casino municipal, édifice où eut lieu, du 20 septembre au 15 octobre 1946, la première édition du Festival du film (tandis que les copies des films arrivaient directement à la mairie). Ces travaux-là se font en deux mois. Un même élan permet de réaménager l’aéroport, édifice indispensable pour faire décoller un festival à vocation internationale.

     Les travailleurs et les travailleuses bénévoles ne manient pas que la truelle et la pioche, la pelle, la binette et la brouette : les aiguilles et dés à coudre furent aussi les instruments d’un effort et d’une abnégation populaires. Le Festival ne repose pas en effet que sur des édifices, aussi importants soient-ils. Il fallait réussir le pari assez acrobatique de construire une manifestation qui soit à la fois un événement national et international – au caractère mondain – ainsi qu’une fête populaire qui déborde dans les rues de la cité. »


Quant à l’année suivante, T. Perron souligne que « la construction en un temps record, en 1947, du Palais des festivals – dit, plus tard, « Palais Croisette » – relève d’un effort plus grand encore. Les délais étaient quasiment intenables, les matériaux fort rares et les capitaux insuffisants. L’érection d’un palais dédié au cinéma était pourtant une des conditions ministérielles pour l’établissement du Festival dans la ville et pour sa pérennité. Elle se fit en lieu et place du club nautique (ou yacht-club) réservé avant-guerre à quelques privilégiés et où les collaborateurs avaient leurs habitudes pendant la guerre. » Dans un pays exhangue, ruîné par la guerre, alors que le ministère de l’Intérieur s’était engagé à fournir une partie des matériaux ferreux nécessaires… avant d’annoncer qu’il ne pourrait pas garantir la date de leur livraison. T. Perron rappelle le rôle joué – une fois de plus – par les travailleurs, mais aussi par les conseillers municipaux, dont Victor Marro : « On imagine dès lors les inquiétudes qui devaient s’emparer des élus locaux pour trouver les matériaux et fournir un bâtiment, au moins dans sa première tranche, en septembre, alors que les tickets de rationnement avaient encore cours et que la diminution des ratios pénalisait les populations laborieuses. Les liens entre la municipalité ouvrière et le monde du travail s’avérèrent précieux. Ainsi le peintre en bâtiment Victor Marro (né en 1899), ancien militant de la CGTU et secrétaire de la Bourse du travail et de l’UL CGT de Cannes sous le Front populaire, utilise-t-il tout son capital militant pour mener à bien l’édification du Palais des festivals, alors qu’il était de surcroit maire adjoint (communiste). »


Deux cents personnes travaillaient jour et nuit sur le chantier. Et Perron de poursuivre : « C’est tout un peuple bigarré qui participe à cet élan collectif et généreux. Aux ouvriers du bâtiment, aux jeunes apprentis du centre de formation professionnelle de La Bocca et aux métallurgistes des ADN s’agrègent aussi des cheminots et des employés des studios de cinéma la Victorine (près de Nice), mobilisés par le Syndicat général des travailleurs de l’industrie du film (SGTIF). À ce peuple constructeur se mêlent également des édiles locaux. Alors que la distinction entre travailleurs manuels et travailleurs intellectuels était très forte (elle n’a d’ailleurs pas disparu aujourd’hui), la présence sur le chantier de l’avocat et premier adjoint Albert Lieutier (entre autres responsables des festivités et réceptions) marqua durablement les esprits – et ce d’autant plus que celui-ci, un intellectuel aux « mains blanches », poussait ardemment des brouettes. (L’effort du peintre et élu Victor Marro dut paraître moins exotique.) Ajoutons enfin que c’est dans les locaux de la permanence communiste que que furent cousus les immenses rideaux de la salle de projection. (…) Et le « miracle », selon l’expression du docteur Picaud – ou le triomphe de l’émulation et de la volonté populaire – eut lieu : le palais est quasiment prêt pour l’ouverture du Festival (même si la toiture n’est pas achevée), le 12 septembre 1947. La salle de projection de plus de 900 places est en tout cas terminée à cette date et la quasi-totalité des projections se déroulent à l’intérieur du Palais. » Le « Palais Croisette » accueillera le festival pendant 33 ans.


En mars 1948, Victor Marro effectua une demande d’homologation pour ses services rendus à la Résistance. Il déclarait travailler comme chauffeur, être marié et père de deux enfants. Sur le plan militaire, il était brigadier. En octobre 1948, on lui adressa un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française, signé par délégation par le général de division Préaud pour le Secrétaire d’État aux Forces armées. On reconnaissait ses services du 9 septembre 1940 au 16 mars 1944 en tant que résistant isolé et on lui attribuait le grade fictif de caporal. En 1953, il était toujours domicilié à son adresse de la rue des Serbes. Il reçut la carte d’interné politique n°1.313.02.08.


Son fils Roger Marro (1925-1985), qui s’était engagé jeune dans la Résistance, fut un militant communiste et mutualiste.

Son beau-frère Dominique Gavotto participa à la résistance communiste et fut adjoint au maire de Golfe-Juan (commune de Vallauris). La femme de celui-ci, née Emilienne Tontini (sœur de l’épouse de Marro) prit elle aussi part à la Résistance.


Sources : Arch. Dép. Alpes-Maritimes, État civil du Bar-sur-Loup, Naissances-mariages-décès 1896-1903, Acte n°3 (1899), 2 Miec 10/3 ; Recensement militaire, Classe 1919, matricule 1131, 1 R 663. — Arch. Nat. F7/13030. — SHD, Vincennes GR 16 P 396141 ; Caen, AC 21 P 591960 (nc). — RGASPI 495 270 3807, dossier du Komintern à son nom (nc). Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes (organe de la région communiste du sud-est), 5 mai 1935, 27 mars 1937, 3 avril 1937, 24 avril 1937, 5 juin 1937, 21 août 1937, 25 septembre 1937, 2 octobre 1937, 4 décembre 1937 (BNF-Gallica). — Michel Brot, Le Front populaire dans les Alpes-Maritimes, Éd. Serre, 1988. — Tangui Perron, Tapis rouge et lutte des classes : Une autre histoire du festival de Cannes, Éditions de l’Atelier, 2024. — Propos recueillis auprès d’Aline Marro (mai 2026). — Site « chtimiste.com », Historique 1914-1918 du 173e régiment d’infanterie. — Site Généanet, Arbre généalogique réalisé par Renaud Poulain-Argiolas.


ŒUVRE : Articles dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes, dont « La Bataille pour le Pain dans les Alpes-Maritimes », 13 juin 1936 ; « Les Classes Laborieuses et les Elections Municipales », 3 avril 1937.


2e version par moi : 13 août 2026.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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