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AMORETTI Clément

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 12 août
  • 5 min de lecture

Né le 14 mai 1901 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ou à une date inconnue à Pero-Casevecchie (Haute-Corse), mort le 20 juillet 1962 à Marseille ; chauffeur mécanicien des tramways de Marseille ; militant communiste ; syndicaliste CGT ; résistant de l’Armée secrète et des Corps francs de la Libération à Marseille.


De mémoire familiale, Clément Amoretti serait né de père inconnu à Pero-Casevecchie (Haute-Corse) ou dans le village voisin de Talasani, dont sa mère Catherine Filippi était native ; celle-ci aurait gagné Marseille avec le nouveau-né. L’état civil, lui, donne une tout autre version : Clément Amoretti aurait vu le jour au 15 rue des Enfants abandonnés à Marseille, au domicile de sa mère, qui travaillait comme domestique. Il apparaît une nouvelle fois dix jours plus tard dans le registre des reconnaissances marseillais, au moment où sa mère le reconnut officiellement. Attendu qu’il était né de père inconnu, il s’appela d’abord Filippi. À l’âge de huit ans, il fut reconnu par Victor Amoretti, cordonnier, né à Marseille, dont il prit le nom. Du fait des unions successives de sa mère, il eut un demi-frère, Élie Pelloux-Ferjouli, et une demi-sœur, Mireille Lauze.


Mécanicien, Clément Amoretti fut appelé au service militaire en avril 1921 et incorporé au 276e régiment d’artillerie de campagne hippomobile. Il devint 1er canonnier en avril 1923 et participa à l’occupation des Pays rhénans, avant d’être renvoyé dans ses foyers le mois suivant. On lui attribua un certificat de bonne conduite. Avant son mariage, il vivait avec sa mère, sa compagne Magdeleine Bedini, piqueuse de bottines, née à Città di Castello (Italie), et les parents de celle-ci au 3 rue du Rosier à Aubagne. Le 17 mars 1923, il avait épousé Magdeleine.


En 1931, le couple Amoretti habitait au 2 boulevard Boyer à Marseille. Ils avaient deux enfants : Élise, surnommée Mireille, née en 1924, et Jean, né en 1928. En novembre 1934, il avaient déménagé à la rue Mongrand, maison Massicourt. En 1935, ils eurent une seconde fille, Augusta. Peut-être que Clément Amoretti était déjà engagé au Parti communiste avant la guerre, comme l’étaient sa mère Catherine Lauze, son beau-père Louis Lauze, Valentine Lauze, la fille aînée de celui-ci, et sa demi-sœur Mireille Lauze.


Sa fiche de matricule militaire le décrit ainsi : des cheveux et des yeux châtains foncés, un nez moyen, une taille d’1,59 m, sachant lire, écrire et compter. Elle fait aussi état d’une adresse à la Capelette, Groupe Pierre Renard, en janvier 1939. Il fut mobilisé le 2 septembre, jour de l’ultimatum que la France lança à l’Allemagne nazie. On l’affecta au dépôt de train n°15 puis, en décembre, à la 1ere compagnie du 151e GAT (Groupe automobile de transport). En février 1940, on le dirigea sur la 154e compagnie de renfort de la PMT (Préparation militaire terre) de Toulouse. Le 24 juin 1940, il fut rattaché au dépôt d’artillerie n°15 à Nîmes.


Entre la défaite de juin 1940 et la Libération, Clément Amoretti était chauffeur à la Compagnie générale française de tramways (CFGT), sise aux 6 et 8 rue Sénac à Marseille. Il était domicilié au 151 Groupe Pierre Renard. Il écrira plus tard avoir fait de la résistance individuelle à partir de janvier 1944. Il distribua des tracts et de la presse clandestine au sein du dépôt de Saint-Pierre et du Groupe Renard.


Le 10 mars 1944, il rejoignit l’Armée secrète – Corps francs de la Libération (CFL) en donnant son adhésion à Albert Chaix alias « Jeannet Roulant », résistant communiste et capitaine FFI responsable militaire de la Section AB 4 des CFL des Tramways de Marseille. Les CFL étaient les groupes de combat du Mouvement de libération nationale (MLN). Il y restera actif jusqu’au 31 août. Le secteur R2 des CFL, qui correspondait aux Bouches-du-Rhône, était dirigé par le commandant Antoine Nanni, alias « commandant Xavier », chef régional adjoint, et Léon Chartier, alias « Braux Regnault », ex-commandant de la 2e Armée secrète – secteur de Marseille. Amoretti assura la distribution de tracts au sein du dépôt de Saint-Pierre et participa à des sabotages sur le matériel roulant du dépôt qui servait le transport du personnel de l’Organisation Todt. Il racontera avoir pris une part active à la grève des 26 et 27 mai contre les occupants allemands et le gouvernement de Vichy. Il combattit lors de la libération de Marseille – du 19 au 24 août 1944 – au sein de la section AB 4, dans les faubourgs de Saint-Pierre-Boulevard Baille, la Conception, pendant diverses opérations qui firent des morts, des blessés et des prisonniers ennemis et permirent de récupérer du matériel de guerre. Un autre document mentionne des actions réalisées dans les faubourgs des Chartreux, de Saint-Just et de la Tête Noire.


Sa mère, son beau-père et sa demi-sœur Mireille Lauze avaient résisté dans les rangs des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF). Ses enfants Jean et Élise Amoretti distribuèrent des tracts et réalisèrent des affichages ensemble pour le compte des FTP. Mireille mourut en déportation au camp de Ravensbrück (Allemagne) le 8 mars 1945. Sa nièce Élise lui rendra hommage en appelant Mireille la fille qu'elle aura plus tard.


En décembre 1948, Clément Amoretti fit une demande de certificat d’appartenance aux FFI. Albert Chaix alias « Jeannet Roulant » attesta des services qu’il avait rendus sous ses ordres au nom de la Section Traminots des Chartreux – Corps francs de la Libération – Armée secrète. Le colonel Henry Simon, militant communiste, était le président de la commission régionale qui statua sur la demande. En février 1949, Amoretti reçut un certificat d’appartenance aux FFI, signé par le général de brigade Raguet, adjoint au général commandant la IXe région militaire, pour ses services rendus dans les CFL.


Son dossier de demande de reconnaissance contient un mémoire de proposition pour une citation par la IXe région militaire – Ordre général n°9 du 28 avril 1947 : « Combattant valeureux, véritable résistant. Responsable adjoint du groupe des traminôts (sic) de Saint-Pierre – toujours volontaire pour les missions, même les plus dangereuses, au cours des combats de Libération de Marseille. A toujours fait preuve d’une combativité magnifique, dans les durs combats de rue (secteur de Saint-Pierre – Boulevard Baille) où l’ennemi subit des pertes sensibles, faisant dans ces diverses opérations des prisonniers et pris un nombreux matériel de guerre. »


Après la guerre, Clément Amoretti militait au PCF et à la CGT. Il travaillait toujours pour les tramways marseillais. En 1950, la Compagnie générale française de tramways fut transformée en RATVM (Régie autonome des transports de la ville de Marseille). Les tramways furent progressivement remplacés par des trolleybus et des autobus.


Son demi-frère Élie Pelloux-Ferjouli, traminot lui aussi, était adhérent à la CGT.

Son fils, Jean Amoretti, traminot, investi à la CGT et au PCF, fut responsable de la cellule d’entreprise du dépôt de la Capelette.

Sa petite-fille Maddy Amoretti, milita à la CGT de la Santé publique à Marseille (CHU Timone). Elle fut membre du bureau syndical de la commission exécutive, élue aux commissions paritaires locale et départementale et active au PCF dans la cellule du 10e arrondissement.


Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Marseille, Naissances 1901-mai, Registre 6, Acte n°496, 201 E 6003 ; Registre des reconnaissances, Acte n°458, 201 E 6017 ; Recensement militaire, Classe 1921, matricule 1718, 1 R 1512 ; Recensement de la population de Marseille (5e canton – 30 boulevard Boyer), 1931, 6 M 481. — SHD, Vincennes GR 16 P 11568. — Propos recueillis auprès de Maddy Amoretti (septembre 2025 et août 2026).


Version au 12 août 2026.

 

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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