FRANÇOIS Raymond, Laurent, Gustave, dit RAYMOND
- Renaud Poulain-Argiolas
- 7 juin
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Dernière mise à jour : 9 juin
[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Michel Brot et Claude Pennetier. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 14 août 1909 à Antibes (Alpes-Maritimes), mort le 28 janvier 1983 à Antibes ; militant communiste de Marseille (Bouches-du-Rhône) puis des Alpes-Maritimes ; secrétaire régional des Jeunesses communistes (JC) des Alpes-Maritimes (1935-1936) ; volontaire en Espagne républicaine ; secrétaire du Comité régional d’aide à l’Espagne républicaine.

Raymond François, fils de Paul François, officier supérieur de réserve natif de Bourges, eut tout d’abord les opinions politiques de son milieu : à la fin de ses études secondaires, il faisait partie des Jeunesses patriotes d’Antibes, dont il vendait la presse sur la voie publique. Sa famille garde un souvenir différent : Raymond François naquit dans une fratrie militante communiste d’Antibes (Alpes-Maritimes). Sa mère, Magdelaine Valentin, native d’Antibes, sans profession, accoucha de deux autres fils : Jean en 1903 et Yves en 1914.
Cependant Raymond François passa très vite à l’extrême gauche ; comme disait Virgile Barel prenant sa défense « très jeune, il a compris » (Le Cri des Travailleurs des Alpes-Maritimes, 25 avril 1936). Il milita activement dans le Parti communiste à Marseille au début des années 1930, où il s’occupait des comités de chômeurs. Il suivit des cours de droit à Aix-en-Provence mais ne passa aucun examen.
Il se maria le 17 août 1933 à Marseille avec Ruth Karlsson.
Revenu dans les Alpes-Maritimes en 1934, François, qui se faisait appeler Raymond, tout en occupant divers petits emplois – représentant, employé de librairie, instituteur stagiaire – se fit le propagandiste du PC dans le département, se consacrant entre autres à la formation des militants.
Candidat au conseil général dans le canton de Grasse, en octobre 1934, il recueillit 286 voix (8,2 % des suffrages exprimés). Dans Le Cri des travailleurs des Alpes-Maritimes (abréviation : Le Cri) du 17 février 1935, il dénonçait le soutien des capitalistes français à la conquête italienne de l’Abyssinie, les « banquets fascistes à Cannes, Menton, Nice, Antibes », et appelait les antifascistes français et immigrés à s’unir pour la paix et l’indépendance abyssinienne.
Le 20 février, il tenait une réunion publique et contradictoire au Bar Julien, 1 rue Sainte-Claire, à Nice à destination des travailleurs, chômeurs, petits commerçants et artisans. Durant les mois qui suivirent, il mena des conférences sur « La constitution de l’URSS et la démocratie bourgeoise ».
Le 4 juillet 1935, il animait un meeting à Cannes, au nom du comité antifasciste de Nice, aux côtés d’Albert Robini, qui représentait la CGTU. D’après Le Cri, les deux hommes développèrent devant une assemblée nombreuse le mot d’ordre du Front populaire : « La lutte pour le Pain, la Paix et la Liberté. » Le 14 juillet, il représentait le Parti communiste à la manifestation qui rassemblait à Grasse radicaux, socialistes, communistes, Ligue des droits de l’Homme et CGPT (Confédération générale des paysans-travailleurs). De la fin de 1935 à mai 1936, il fut secrétaire régional des Jeunesses communistes (JC) des Alpes-Maritimes. Il mena des interventions publiques dans le département sur les problèmes de la jeunesse et produisit un nombre important d’articles pour Le Cri.
Du 22 au 25 janvier 1936, il était présent au VIIIe congrès du PCF à Villeurbanne. Il en fit un compte-rendu le 2 février à Grasse devant cent dix communistes et sympathisants. À cette réunion, André, secrétaire de la section socialiste, et Jules Damaye, secrétaire du rayon communiste, prirent également la parole. Quelques jours plus tard, le comité du rayon de Nice-Ouest des JC le proposa pour faire partie du comité central des JC. Le 29 février, il signait un article dans Le Cri pour annoncer la préparation de la conférence régionale des JC prévue le 8 mars. Il évoquait la réorganisation en cercles et clubs, mise en place par les jeunes communistes, qui avait fait passer leurs effectifs régionaux de 150 adhérents l’année précédente à plus de 500 au premier trimestre 1936. Il citait comme exemples le groupe des jeunes paysans et ouvriers de Vence, qui avait ouvert le premier « foyer » de la région, équipé d’une salle de lecture, d’un pick-up et d’un billard. Le groupe de Grasse, passé de 7 à plus de 40 individus, organisait les samedis une « soirée éducative et distractive (musique et danse) ». À Menton, les JC étaient plus de 20. La cellule du Port de Nice était passé de 5 membres à plus de 20. À Nice, le groupe de Nice-Ouest et le groupe Stakhanov de Saint-Roch travaillaient régulièrement ensemble et s’étaient lancé un défi pour faire grimper les ventes de l’Avant-Garde.
Le leader paysan Jean Laurenti ayant décliné l’offre, ce fut Raymond François que le parti désigna comme candidat aux élections législatives de 1936 dans une circonscription que la direction régionale considérait manifestement comme gagnable, la première circonscription de Grasse. Le journal de centre-droit L’Éclaireur l’attaqua sur son passé et sur son patronyme. Après une campagne activement menée, il obtint au 1er tour, le 26 avril 1936, 2 122 voix sur 14 964 inscrits et 12 044 votants (18 % des suffrages exprimés). Il se désista alors pour Jonas (USR) qui fut élu au 2e tour. Après ces élections, François continua son activité de propagandiste. Il s’occupait alors beaucoup de l’Espagne et ne ménageait pas le gouvernement de Léon Blum. Ainsi, le 25 septembre 1936, parla-t-il de « complicité d’assassinat » lors d’une réunion des JC.
Son frère Jean s’engagea dans les Brigades internationales en octobre et Raymond le 23 novembre 1936. Raymond écrivit à son frère Yves le 16 décembre 1936 : « Tu as peut-être appris par des lettres d’Antibes ma « disparition ». Je suis depuis un mois en Espagne ». Après février 1937 (non daté) il lui dit : « Tu m’écrivais que tu hésitais à quitter Paris pour nous imiter. Sous aucun prétexte tu ne dois abandonner tes études : tu es à Paris sur le point d’obtenir une situation, ne change pas encore d’idée. Pense que tes parents mettent en toi beaucoup d’espoir … peut-être vas-tu rester leur unique fils, efforce toi de leur donner satisfaction. ». En avril 1937, il écrit à nouveau à Yves : « Je t’écris d’un lit d’hôpital où je suis immobilisé pour quelques semaines sans doute. C’est un mince cône (30 mm sur 7,80 mm environ) de plomb recouvert vraisemblablement de maillechort [alliage de cuivre, zinc, nickel] qui a pénétré dans mon mollet droit, par devant pour ressortir en arrière et un peu plus bas. Le tibia ni le péroné ne sont touchés. Un simple trou dans la viande… À la suite de la lettre de papa concernant Jean, j’ai aussitôt écrit, puis fait télégraphier. Je n’ai pas reçu de réponse aussi suis-je un peu inquiet. Si j’ai quelques jours de convalescence, je tâcherai de faire des recherches auprès des États-majors et des bureaux = mes nombreux galons me donnent des facilités d’entrée. ». Le 30 mai 1937, il dit de Valence : « Tu me demandes encore des nouvelles de Jean. J’ai fait dans les bureaux les demandes nécessaires. J’ai même vu un sergent du même bataillon même compagnie que Jean. Alors je crois bien que nous ne le reverrons jamais… »
Il resta environ six mois en Espagne, où il fut, avec Benjamin Lemaître et Villette (Jack Villette), commissaire politique du bataillon Henri Vuillemin de la 14e Brigade.Jean François mourut en Espagne. Le journal des Brigades internationales Le Volontaire de la Liberté signala la mort de Raymond François le 18 mai 1937. En fait, il n’était que blessé, et reviendra à Antibes reprendre ses activités militantes. Le 14 août 1937, il était présent à Nice au grand meeting d’amitié franco-italienne au Palais des Fêtes qui rassemblait autour de 7000 personnes. L’avocat Henri Levin expliqua la mission du Centre de liaison des comités pour pour le statut des émigrés, dont il était secrétaire général. Le député communiste de Nice Virgile Barel, très applaudi, annonça que les interventions du PCF en faveur des immigrés italiens se feraient en lien avec l’Union populaire italienne (UPI). La Madrecita décrivit des scènes de la guerre civile espagnole qu’elle avait vues. Raymond évoqua les Brigades internationales aux côtés d’autres sept blessés qui avaient pris place à la tribune. Adami, secrétaire général de l’UPI ; Albert Rigal, député communiste de Paris ; Ernest Laroche, député socialiste du Puy-de-Dôme ; firent eux aussi des interventions. Un groupe d’enfants de réfugiés espagnols et d’enfants de combattants volontaires distribuèrent des bouquets de fleurs aux orateurs.
De passage à Grasse en août 1937, Raymond François fut interrogé par Le Cri. Il se montra optimiste sur l’issue de la guerre d’Espagne, croyant à une victoire prochaine du camp républicain grâce à la fusion des partis socialiste et communiste. Il disait ne pas être sûr de s’installer à Grasse et être disposé à aller là où le parti l’enverrait.
Le 12 septembre, il était à la « Fête de la jeunesse », organisée au Mont-Boron (Nice) par les JC et le PCF. D’après Le Cri, l’événement rassembla plusieurs dizaines de milliers de travailleurs. Plusieurs orateurs prirent la parole : Raoul Gastaud, secrétaire régional des JC ; Henri Pourtalet, député communiste de Cannes, Joseph Zenenski-Thaon de l’Union socialiste républicaine ; Jean Leca, secrétaire de section de la SFIO de Nice ; Victor Joannès, membre du comité central des JC ; Virgile Barel et Virgile Corbani, secrétaire général de l’Union départementale CGT. Raymond s’exprima après eux pour évoquer la situation en Espagne.
Il était, en 1937 et 1938, secrétaire du Comité régional d’aide à l’Espagne républicaine et mena une tournée de conférences sur la question. Son frère aîné, Jean François, mourut sur le front pendant la guerre civile.
Raymond François, après avoir combattu dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale, mena ensuite une carrière militaire. Selon sa nièce, il rompit « définitivement avec son passé politique ». Quant au cadet, Yves, il « ne s’est pas engagé en Espagne et l’a toujours regretté », dit sa petite-fille. Raymond François s’était retiré à Antibes à la fin de sa vie.
Sa petite-fille nous écrit : « ll était très désabusé probablement en relation avec ce dont il avait été témoin en Espagne et qui a sans doute motivé sa rupture avec le PCF. »
Sources : Arch. Dép. Alpes-Maritimes, État civil d'Antibes, Naissances-mariages-décès 1908-1909, Acte n°153 (1909), 2 E 181 ; Fonds du cabinet du préfet, rapports de police non encore classés, 1934-1937 ; 3 M. 5 C. 2513. — Le Cri des Travailleurs des Alpes-Maritimes, 17 février 1935, 23 mars 1935, 30 mars 1935, 7 avril 1935, 13 juillet 1935, 1er décembre 1935, 8 février 1936, 22 février 1936, 29 février 1936, 18 et 25 avril 1936, 21 août 1937, 18 septembre 1937 (BNF-Gallica). — Le Petit Niçois, 8 octobre 1934, 27 avril 1936. — L’Éclaireur de Nice, 19 avril 1936. — Rouge-Midi, 8 avril 1938 (BNF-Gallica). — Arch. AVER. — Courriel de sa petite-fille, février 2021. — RGASPI, Moscou, dossier du Komintern à son nom, 495 270 4924, pas encore consulté. — Correspondances entre les frères François communiquées par la petite-fille d’Yves, Muriel Menuet. — Site Match ID, Acte n°130, Source INSEE : fichier 1983, ligne n°16977.
Oeuvre : De nombreux articles dans Le Cri de 1935 à 1938.
1ere version dans Le Maitron par Michel Brot et Claude Pennetier : 24 novembre 2010.
2e version complétée par moi : 9 juin 2026.

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