top of page
  • Twitter
  • Facebook
  • Instagram

PRADELLES Paul [PRADELLES Henri, Paul, Louis]

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 19 juil.
  • 7 min de lecture

Né le 18 juillet 1892 à Lavaur (Tarn), mort le 28 juillet 1965 à Nice (Alpes-Maritimes) ; camelot, puis jardinier ; militant anarchiste illégaliste d’Arles (Bouches-du-Rhône).


Henri Paul – dit Paul – Pradelles vit le jour rue du Jeu du Mail, dans le quartier du Pont à Lavaur, où vivaient ses parents. Ceux-ci étaient Bernard Pradelles, plâtrier, né à Lavaur, et Henriette Malric, sans profession, native de Grazac. En 1896, ils étaient domiciliés à cet endroit avec le grand-père paternel d’Henri, Pierre Pradelles, perruquier, et Anna, deuxième enfant du foyer, née deux ans plus tôt. La mère était rentière selon le recensement de la population.


Au moment de sa conscription en 1912, Paul Pradelles était jardinier. Sa fiche de matricule le prénomme par erreur Honoré Paul Louis Pradelles et le décrit ainsi : cheveux et yeux châtains, front moyen, nez rectiligne, visage long, une taille de 1,66 m avec une cicatrice sur le front. Il possédait une instruction primaire supérieure à la moyenne.


Devenu camelot, il comparut le 5 mars 1912 devant le tribunal correctionnel de Tarascon avec un groupe d’anarchistes suite à de nombreux vols commis dans des wagons plombés des gares d’Arles et des environs. Ses coaccusés étaient Marius Trévant, avec qui il habitait, Antoine Trévant, frère du précédent et boulanger-épicier au Sambuc, Véran Guigue, cultivateur, Vincent Gautier, qui était en fuite, Breysse, marchand de moules, Mestre, ex-mécanicien à la compagnie PLM, et la dame Chautard, maîtresse de Breysse. Tous étaient domiciliés à Arles.

Le Petit Marseillais, qui publia un compte rendu de l’affaire, détaillait : « Sur deux tables et sur le parquet est entassée une partie des objets retrouvés chez les inculpés. Cela a l’aspect d’une vente de bric-à-brac. » Le montant des vols, perpétrés entre septembre au et novembre 1911, était estimé à 50 000 F. Chapuis, qui était commissaire central d’Arles au moment des faits, expliqua comment ses agents avaient été mis sur la piste des receleurs. Une caisse de chaussures, de forme particulière, ayant été volée à Trinquetaille, ses hommes avaient remarqué que plusieurs des inculpés portaient le même genre de chaussures. Des perquisitions avaient mis à jour une quantité énorme de marchandises :

- chez Marius Trévant : de l’huile, du savon, des draps, du café, des étoffes, des chaussures, une pince-monseigneur et « une trousse d’outils pour commettre des vols »,

- chez Pradelles : des vêtements confectionnés et en pièces,

- chez Breysse : des chaussures, des pots de pommade, de l’huile, du savon, des vêtements, du fil chinois, des comportes à vendange, des épingles à cheveux, 77 lots d’objets divers et 560 francs en or,

- chez Antoine Trévant : derrière une pile de balles de farine, des balles de café d’une valeur de 2000 F, du savon, de l’huile…

Les accusés ne purent établir la provenance de ces produits, qu’ils prétendirent avoir achetés à des inconnus ou reçus en dépôt de personnes dont ils ignoraient l’identité. Toute la matinée fut consacrée à l’audition des témoins et à l’interrogatoire des accusés. À 14h, l’audience reprit pour le réquisitoire. Le procureur de la République, M. Pascal, demanda une peine très sévère contre les receleurs. Pradelles, les frères Trévant et Breysse étaient défendus par Me Richard dont la plaidoirie dura trois heures. Guigue avait pour défenseur Me Barthélémy. Mestre et la dame Chautard furent relaxés faute de preuves. Pradelles et Marius Trévant écopèrent de 3 ans de prison et 5 ans d’interdiction de séjour, Antoine Trévant et Véran Guigue de 2 ans de prison, Vincent Gautier d’un an de prison par défaut et Breysse de 8 mois. La femme d’Antoine Trévant, présente à l’audience, fut « prise d’une violente crise » à l’annonce du verdict. On la transporta à l’extérieur de la salle.


Ludovic Pradier, membre du groupe anarchiste d’Arles, témoignera plus tard au sujet des pillages de trains que le groupe avait décidés pour financer ses activités : « La technique était simple : des compagnons se glissaient dans les trains de marchandises en gare de Tarascon et choisissaient leur butin ; lequel était ensuite jeté sur le talus à un endroit choisi à l’avance – dans une courbe où le train devait nécessairement ralentir –. Les colis étaient récupérés par d’autres compagnons qui attendaient avec une charrette à l’endroit convenu. Les marchandises étaient ensuite revendues, la quasi-totalité de l’argent ainsi récupéré servait à la propagande, les compagnons ne gardant pour eux que l’équivalent de leurs journées de travail perdues. »


Le Petit Provençal du 26 juillet 1912 rapporte une tentative d’évasion manquée de Pradelles et Marius Trévant. Impliqués dans d’autres vols, ils étaient détenus à la maison d’arrêt de Tarascon : « Dans la nuit de lundi à mardi dernier, à l’aide d’un morceau de fer, ils ont fracturé la porte de leur cellule dont ils ont pu sortir. Ils ont pénétré dans l’escalier de la tour, pensant, de là, pouvoir se rendre du château d’où, avec le secours d’une longue corde de vingt-cinq mètres environ, qu’ils avaient tressée en coupant draps, couvertures et paillasses, ils auraient pu descendre du rempart et gagner le large. Mais, arrivés en haut de l’escalier, ils se trouvèrent en face d’une porte murée impossible à franchir. Ils durent redescendre dans leur cellule quelque peu désappointés. Le mardi matin le gardien, en faisant sa ronde, remarqua la porte fracturée. On fit des recherches et on trouva dissimulé et l’outil en fer et la fameuse corde inutilisée. Le gardien en avisa aussitôt le gardien chef qui se livra à une enquête minutieuse qui aboutira à une surveillance plus étroite des deux dangereux malfaiteurs. » Le 13 août, le tribunal correctionnel de Tarascon condamna Pradelles à 6 mois de détention pour tentative d’évasion par bris.


Le 27 mai 1913, Paul Pradelles repassa devant le tribunal correctionnel de Tarascon avec neuf coaccusés. La plupart ayant déjà été condamnés pour des vols du même type en mars de l’année précédente, seuls trois d’entre eux comparaissaient libres : Louis Fieu, Léopold Gauzy et Paul Gilles. Les autres étaient Marius Trévant, Antoine Trévant, Jean Roosens, Charles Poirey, Véran Guigue et Bonneton. On leur reprochait de nombreux vols commis en bande organisée dans les trains des gares d’Arles et des environs. Là encore le délit était évalué à plus de 50 000 F, sous forme de « raisins, café, sucre, vêtements, étoffes, chaussures, bicyclettes, etc ». Le Petit Marseillais restitue la dimension sulfureuse de l’affaire. Bien avant le début de l’audience, un public venu d’Arles et de Nîmes avait rempli la salle. Un incident se produisit après l’audition des témoins à charge. Comme l’avocat de la défense, Me Espitalier du barreau de Nîmes, avait négligé de demander aux neuf témoins cités par la défense d’attendre dans une autre salle, le président refusa de les entendre. Ils avaient assisté aux débats dans la salle. Pradelles et Marius Trévant étaient inculpés de vol de raisins, Rosens de vol, Antoine Trévant, Guigue, Poirey et Gauzy de complicité de vol par recel, Fieu de complicité par aide et assistance. Pradelles, Marius Trévant et Roosens avaient été vus habillés de costumes bleu marine taillés dans de l’étoffe volée à Arles. Chacun des prévenus avait son propre avocat, exceptés les trois à se présenter libres qui avaient le même. Pradelles était défendu par Me Paradis. Il y avait un absent : Monier, dit Simentoff – proche de Jules Bonnot – qui avait été guillotiné trois mois plus tôt. Guigue, qui avait fait des déclarations mettant en cause de nouveaux protagonistes et de nouveaux délits, maintint ce qu’il avait dit. Roosens souleva une exception d’incompétence et demanda le renvoi de l’affaire devant la cour d’assises. Six d’entre eux allaient donc passer ultérieurement aux assises. Le jugement condamna Pradelles à 8 mois de prison (avec confusion des peines précédentes), Marius Trévant à 4 mois (avec confusion des peines), Jean Roosens à 3 ans, Véran Guigue et Antoine Trévant à 4 mois (avec confusion des peines), Paul Gilles à 10 mois. Charles Poirey, Bonneton, Louis Fieu et Léopold Gauzy furent eux acquittés. Le 17 juillet 1913, Pradelles se présenta devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence avec Guigue, les frères Trévant, Gilles, Bonneton et Poircy. Elle confirma la sentence du jugement correctionnel concernant Pradelles.


Durant l’année 1913, il était actif dans le groupe anarchiste d’Arles, qui était adhérent à la Fédération communiste anarchiste (FCA). Les frères Gautier, les frères Marius et Antoine Trévant, Paul Gilles et Cheylan étaient membres du groupe. La fiche de matricule militaire de Pradelles le dit à cette époque jardinier et domicilié à Arles sur la route de Nîmes. L’armée l’appela le 4 octobre 1913. Il manqua à l’appel, car il était détenu à la maison centrale de Nîmes. Libéré le 12 mai 1915, il fut incorporé au 3e bataillon de l’Infanterie légère d’Afrique, dans lequel on plaçait souvent les anciens prisonniers. En octobre 1916, il était chasseur de 1ere classe et passa dans la réserve de l’armée active en mai 1917. Il fut néanmoins maintenu sous les drapeaux par suite de l’état de guerre, dépendant des unités combattantes au Maroc jusqu’à fin août 1919. Mis en congé illimité, il se retira à Saint-Cirgue (Tarn) et reçut un certificat de bonne conduite. Il fut décoré de la Médaille de la Victoire et de la médaille commémorative de la guerre 1914-1918. 


En 1921, Paul Pradelles habitait Arles au n°10 de la rue du séminaire avec sa femme, Anne Marie Malric, fille de cultivateur, native de Lavaur comme lui. Ils eurent un fils, Claude, cette année-là. Son état signalétique précise qu’il passa en janvier 1924 au 141e régiment d’infanterie, puis au 15e groupe spécial – une compagnie disciplinaire dans laquelle on intégrait ceux qui avaient fait au moins deux ans de détention – avant de dépendre en janvier 1928 du centre de mobilisation d’infanterie n°154. En 1929, la commission spéciale de Marseille le maintenait au service armé en tant qu’invalide inférieur à 10 % pour allégation de paludisme. On remarqua qu’il ne présentait pas de syptômes graves de la maladie.


Pradelles déménagea à plusieurs reprises en quelques années, logeant parfois chez ses employeurs. En 1924, son domicile était situé à Tavernes (Var), en 1925 au Vieux-Cannet chez un certain Colbert, en 1926 à Nice (Alpes-Maritimes) au 88 avenue des Arènes. Par la suite il travailla comme papetier. Rappelé par l’armée le 1er septembre 1939 pour être affecté au 157e régiment régional, il fut soldat de 1ere classe à la 1ere compagnie. On le renvoya dans ses foyers fin octobre au moment de la libération de la classe 1910. Il se retira à Nice, à l’École normale de Cimiez. On perd sa trace à partir de cette date.


Sources : Arch. Dép. Tarn, État civil de Lavaur, Naissances 1892, Acte n°79, 4 E 140/64 ; Recensement de la population de Lavaur, 1896, 140 EDT 1 F 13. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement militaire, Classe 1912, matricule 3007, 1 R 1196. — Notice DIMA de GAUTIER Vincent. Notice Soleils rouges de GAUTIER Étienne par Renaud Poulain-Argiolas. — Articles du Petit Marseillais : « Les dévaliseurs de trains en correctionnelle », 7 mars 1912 ; « Les dévaliseurs de trains devant le tribunal de Tarascon », 28 mai 1913 ; 19 juillet 1913 ; « Cour d’Assises des Bouches-du-Rhône : les vols à la gare d’Arles », 10 décembre 1913 (Retronews). — « Une évasion manquée », Le Petit Provençal, 26 juillet 1912 (BNF-Gallica).  


Version au 19 juillet 2026.

Commentaires


L'animateur du site :
Renaud Poulain-Argiolas.jpg

Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

Archives des articles

Tags

Pour être informé.e de la parution des prochains articles :

Merci !

bottom of page