BELLEGUIC Joseph, Louis
- Renaud Poulain-Argiolas
- 8 déc. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 mars
Né le 28 juin 1912 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 15 novembre 1973 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; charpentier-riveur ; syndicaliste CGTU puis CGT ; militant communiste de Port-de-Bouc ; résistant du Front national de lutte pour la libération et des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) ; interné.

Joseph Belleguic porta d’abord le nom de sa mère, Cléro, son père biologique ne l’ayant pas reconnu. Sa mère, Valentine Cléro, née à Nantes, était ouvrière de fabrique. Peu de temps avant les deux ans du garçon, celle-ci épousa Joseph Marie Belleguic, manœuvre, qui donna son nom à l’enfant. Le père nourricier était originaire de Plouguernével (Côtes-d’Armor). Il fut manœuvre, riveur et docker. Le petit Joseph avait une sœur, Marie Marcelle, qui était son aînée de trois ans et fut comme leur mère ouvrière de fabrique.
Manœuvre à Lorient, Joseph Belleguic était domicilié au 52 rue Duguesclin. Il se maria le 13 juin 1932 à Moëlan-sur-mer (Finistère) avec Emma Le Garrec, cultivatrice. Du point de vue de ses obligations militaires, il fut réformé définitif n°2, ce qui correspond à des maladies, blessures ou infirmités antérieures à la période d’incorporation ou vécues hors du service.
Après avoir travaillé sur les chantiers de Saint-Nazaire, il fut embauché au milieu de l’année 1932 aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc et s’installa dans les Bouches-du-Rhône avec sa femme. Le travail de l’historien Jean Domenichino sur le chantier naval évoque le parcours de l’ouvrier nantais. Membre de la CGTU, celui-ci joua un rôle central dans le développement de la puissance syndicale dans son entreprise dans la période qui précéda le Front populaire. Entre mi-mai et fin juin 1933, il entraîna les riveurs dans une suite de grèves courtes. Ces conflits furent victorieux du fait de la place importante de leur corps de métier dans le processus de production. Ils permirent d’arracher des augmentations de salaire et de créer un syndicat CGTU des riveurs. À la fin de l’année 1933, Belleguic s’engageait au Parti communiste.
En juin 1935, le jeune syndicat qu’il avait contribué à créer se transforma en « Syndicat Unitaire des Métaux de Port-de-Bouc », regroupant en fait les seuls ouvriers des CAP. À la mi-mai 1936 la structure comptait environ 300 adhérents (employés inclus), soit presque 30 % des effectifs du personnel. Suite à la réunification de la CGT et de la CGTU et aux occupations d’usines, les effectifs syndicaux passèrent à 600 personnes et ceux du Parti communiste de 10 membres à plus de 70 en quelques mois.C’est grâce au syndicat des Métaux que se reconstitua celui de la Chimie à l’usine Saint-Gobain. Grâce à lui encore que les ouvriers du chantier naval se taillèrent une nouvelle image de relais des luttes au niveau local, suscitant la crainte des patrons et la confiance des autorités municipales.
Un courrier que le préfet des Bouches-du-Rhône enverra en octobre 1953 au délégué du ministre des Anciens combattant donne une idée de comment les autorités percevaient Joseph Belleguic à cette époque : « Militant communiste très actif durant les périodes de 1936 à 1939, employé aux Chantiers et Ateliers de Provence, (il) avait été renvoyé en raison de son attitude violente au cours des grèves. » Sa Emma Belleguic était engagée à la CGT au moment du Front populaire. Elle fut licenciée suite à la grève du 30 novembre 1938 pour défendre la semaine de 40 heures, fraîchement arrachée au patronat. Sympathisante communiste, elle adhérera au parti après la guerre ainsi qu’à l’UFF pour devenir une figure militante bien connue à Port-de-Bouc.
Joseph Belleguic écrira plus tard avoir été contacté en janvier 1941 par Charles Scarpelli – personnage central de la reconstitution locale du Parti communiste clandestin – avant de passer à la résistance individuelle. Il distribua des tracts et forma des groupes. Le 17 juin, le préfet émettait un arrêté contre lui. Le 27, le militant diffusait des tracts du Front national (nom complet : Front national de lutte pour la libération et pour l’indépendance de la France) et faisait, selon ses propres termes, de la « propagande antigouvernementale » quand, dénoncé, il fut prit en filature à l’initiative sur commissaire spécial Trouette. La gendarmerie l’appréhenda à son domicile. César Guigue fut capturé le même jour.
Du 29 juin 1941 à octobre 1943, Joseph Belleguic était interné (tout comme César Guigue) au camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne). Du 23 octobre 1943 au 15 mai 1944, il était détenu au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Il fut actif dans la résistance intérieure de ces deux lieux. Dans le courant de l’année 1942, Sauveur Pastourel le recruta pour le Front national. Belleguic fut libéré le 15 mai 1944 par arrêté ministériel, mais astreint à résider sur le territoire de la commune de Nantes. Sa femme le rejoignit en juin 1944, mais il ne rentra à Port-de-Bouc qu’en avril 1945, où il reprit son travail aux CAP.
En janvier 1948, il demanda un certificat d’appartenance à la Résistance intérieur française. Toujours riveur, il précisait être marié et sans enfant, domicilié aux HBM (Habitations à bon marché) n°115 à Port-de-Bouc. Son appartenance aux FTPF était alors en cours d’homologation. Au mois d’août, le secrétariat aux Forces armées lui attribuait ledit certificat, signé par le général de division Preaud, pour ses services accomplis de janvier 1941 au 15 mai 1944 au sein du Front national. Belleguic mentionnait avoir fréquenté dans la Résistance Charles Scarpelli, Sauveur Pastourel, Armand Guigue et Médard Deleuil.
Le ministère des Anciens combattants refusa de lui attribuer en juin 1954 le titre d’interné résistant. La raison invoquée était que c’était son activité syndicale et communiste qui avait motivé son arrestation sur le procès verbal d’enquête, une situation fréquemment vécue par les militants communistes. En revanche on lui reconnut le statut d’interné politique (carte n°131305021) pour la période allant de son arrestation à sa libération de Saint-Sulpice.
Par la suite, les informations deviennent plus rares sur les engagements de Joseph Belleguic. De source familiale, il mourut à son domicile du 118 rue Robespierre à Port-de-Bouc.
Il est enterré au cimetière communal aux cotés de sa femme et de leur neveu Alain Curtet (1946-2013), qui fut également militant du PCF.
Sources : SHD, Vincennes GR 16 P 44901 ; Caen AC 21 P 705 859. — La Dépêche de Brest, 17 juin 1932 (BNF-Gallica) ; Echo de Bretagne, 24 juin 1932 (BNF-Gallica). — Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989. — Propos recueillis auprès de son neveu Francis Louis Le Garrec et de sa belle-sœur Marie Curtet (née Le Garrec) en 2020. — Site Généanet, Arbre généalogique de Francis Louis Le Garrec. — Site Match ID, Acte n°110, Source INSEE : fichier 1973, ligne n°146661. — Cimetière de Port-de-Bouc.
1ere version pour Le Maitron : 4 décembre 2020.
2e version : 12 mars 2026.
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