BARRAT Michel, Paul, Pierre
- Renaud Poulain-Argiolas
- 3 janv. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 mars
Né le 3 décembre 1920 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 26 mai 1985 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; forgeron, traceur, docker ; militant communiste de Port-de-Bouc ; membre du premier triangle clandestin des Jeunesses communistes de Port-de-Bouc sous l’Occupation ; résistant du Front national de lutte pour la libération ; interné.
Michel Barrat était le fils d’Auguste Louis Barrat, journalier, né à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), et de Marie Joséphine Angéline – dite Angèle – Laurent –, sans profession et originaire d’Arles (Bouches-du-Rhône). En 1931, la famille était domiciliée à Sète (Hérault) au n°2 de l’ancienne caserne des douanes. Michel avait trois frères plus jeunes que lui : Antoine (1922), Émile (1923) et Rolland (1929).
Suite à l’interdiction des organisations communistes en septembre 1939, un groupe de militants décida de reformer le PCF à Port-de-Bouc. D’après l’historien Jean Domenichino, fin janvier 1941, un premier triangle clandestin de militants fut constitué avec de jeunes gens issus des Jeunesses communistes, à priori moins connus que leurs aînés par les services de police d’avant-guerre : François Caparros, Louis Barsotti et Michel Barrat. Caparros et Joseph Brando, résistant socialiste de Port-de-Bouc, dateront en revanche cette reconstitution des JC à novembre 1940. Jean Domenichino la situe lui après une réunion importante de leaders clandestins ayant eu lieu en janvier 1941 chez Jean Nunez. Brando mentionne quant à lui un autre acteur de ces JC clandestines renaissantes : André Saborit. De toute évidence, les communistes port-de-boucains ne savaient pas que Michel Barrat figurait déjà (comme Barsotti) fin 1939 sur une liste de 27 pages de communistes à surveiller dressée par la sous-préfecture d’Aix. On le disait alors forgeron aux Chantiers et Ateliers de Provence.
Barrat et Barsotti furent tous les deux arrêtés. On les relâcha faute de preuves. Leur participation à la nouvelle organisation fut de courte durée, car le 12 février, Sauveur Pastourel, militant connu et surveillé par les autorités, se faisait prendre, et Barsotti avec lui. Barrat fut également arrêté et incarcéré à la prison Saint-Pierre à Marseille. Jugés le 10 juillet 1941 par le Tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence pour "participation à la reconstitution d’une association communiste dissoute et propagande communiste", Michel Barrat et Louis Barsotti furent défendus par Me Garcin. L’enquête avait révélé qu’un paquet de tracts communistes était tombé de la poche d’un consommateur dans un café port-de-boucain. La police spéciale était rapidement remontée jusqu’à Barrat et Barsotti. Interrogés, ils avouèrent avoir été chargés de diffuser des tracts et des journaux communistes dans leur commune par René Moreu, qui était en fuite et faisait l’objet d’un mandat d’arrêt. Sur l’intervention d’un autre individu venu de Marseille – vraisemblablement Louis Vallauri ou Nicolas Terrana, que les autorités n’avaient pas pu identifier – ils avaient accepté de jouer les intermédiaires entre Marseille et Port-de-Bouc pour diffuser « les mots d’ordre de la IIIe Internationale » (selon la formule utilisée par le tribunal).
Les autorités avaient établi que les deux accusés présents appartenaient depuis longtemps aux
organisations communistes, que Barsotti avait suivi les cours d’une école de propagande à Marseille, que des tracts et des brochures communistes avaient été trouvés en quantité importante à leurs domiciles et qu’ils avaient envoyé sous enveloppes tracts et journaux à de nombreuses personnes de Port-de-Bouc. Le jugement stipule que Moreu avait été identifié par les deux hommes comme « le principal instigateur de la réorganisation des tentatives faites à Port-de-Bouc pour réorganiser le parti communiste. » Michel Barrat était célibataire et domicilié chez ses parents, 75 rue Albert Rey à Port-de-Bouc. Les actes produits par le tribunal le disent une fois traceur et une fois docker. Il est possible qu’il ait exercé tour à tour les deux activités. René Moreu fut condamné par contumace à trois ans de prison, ses deux camarades à dix-huit mois et tous les trois à payer conjointement les frais de l’instance s’élevant à 211,55 F. Barrat et Barsotti firent appel de la décision du tribunal.

Le Petit Marseillais, qui évoqua l’affaire dans ses colonnes, affirma à tort qu’ils travaillaient tous les trois dans la même "usine". Si Louis Barsotti travaillait aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc comme ajusteur, Barrat probablement en tant que traceur, Moreu en revanche n’était pas de la commune. D’après les souvenirs de Joseph Brando, Michel Barrat aurait été emprisonné au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), dont il se serait évadé le 24 mars 1943. À son retour dans le département, Georges Lazzarino lui aurait donné sa carte d’identité pour le couvrir. Il se serait caché à Marseille au 25 rue de Lodi, chez Thérèse Orangia, tante de Louis Vallauri, puis aurait rejoint l’Espagne. Une fois sorti du territoire, il se serait engagé dans les Forces Françaises Libres, revenant à Port-de-Bouc après la Libération dans la Marine nationale française.
Le site Mémoire des Hommes mentionne que Michel Barrat fut homologué Résistance intérieure française (RIF) au titre du mouvement Front national.
Sources : Arch. Dép. Hérault, Recensement de la population, Sète 1931, 6 M 759. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 1 W 1485 (n°930) ; 108 W 18 (n°930) ; 76 W 157.— SHD Vincennes, GR 16 P 34390 (nc). — Jean Domenichino, Une ville en chantier : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (pp. 174-175 et 185). — Joseph Brando, Notes d’histoire vécue à Port-de-Bouc durant l’occupation allemande de 1940 à 1945 (non publié, sans date). — Le Petit Marseillais, 12 juillet 1941. — La Croix, 15 juillet 1941. — Site Généanet.
1ere version pour Le Maitron :1er février 2021.
2e version : 4 mars 2025.
3e version : 7 mars 2025.
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