VALLAURI Louis, François. Pseudonymes dans la clandestinité : CANOT, JAURÈS
Dernière mise à jour : il y a 6 jours
[J'ai écrit la première version de cette biographie qui a été complétée par Jean-Marie Guillon. J'ai mis mes propres apports en gras pour pouvoir les distinguer.]
Né le 30 octobre 1913 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 2 septembre 1989 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; charpentier, docker ; militant communiste de Port-de-Bouc ; responsable du mouvement résistant Front national de Port-de-Bouc, responsable de la section Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) de Port-de-Bouc, membre du groupe FTP de Marseille ville, commissaire technique régional FTP des Bouches-du-Rhône, un des fondateurs du journal communiste La Marseillaise dans la clandestinité ; interné.
![Louis Vallauri [cimetière de Port-de-Bouc]](https://static.wixstatic.com/media/080998_7fcdcf39832c46909fbc4162f4ef2723~mv2.jpg/v1/fill/w_414,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_7fcdcf39832c46909fbc4162f4ef2723~mv2.jpg)
Louis Vallauri vit le jour rue Suffren, dans le quartier de La Lèque, au domicile de ses parents. Ceux-ci étaient Jean Vallauri, riveur italien originaire de Vernante (Piémont) et Hélène Monteux, sans profession, native de Marseille. Il avait une sœur aînée prénommée Magdeleine. En 1931, lui et son père travaillaient aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP), le chantier naval de Port-de-Bouc. Louis était charpentier et Jean façonneur. Dans leur voisinage vivait Élie Eymard, qui s’engagera plus tard parmi les résistants FTPF.
Dans le dossier de demande d’homologation de ses services rendus à la Résistance qu’il constituera en 1948, il écrira avoir été contacté en juin 1940 par Charles Scarpelli, après quoi il résista "individuellement", diffusant des tracts et des journaux clandestins. "Canot" fut son premier pseudonyme dans la clandestinité. Le 15 novembre 1940, les Établissements maritimes de Caronte, situés dans la commune voisine de Martigues, l’embauchèrent comme docker. Accidenté du 7 juin 1941 au 15 juin 1942, il exercera à nouveau le métier de charpentier du 20 juin de la même année au 22 décembre 1943 pour l’entreprise de maçonnerie Aparicio au fort Vauban (Port-de-Bouc).
Pour l’historien Jean Domenichino, Louis Vallauri participa mi-janvier 1941 à une réunion secrète tenue au quartier Saint-Jean chez Jean Nunez. Il y retrouva Charles Scarpelli, Sauveur Pastourel, François Caparros et John Vella. Les hommes voulaient reconstituer clandestinement la section communiste de Port-de-Bouc dans un climat de traque des militants par le gouvernement de Vichy. Il aurait été, d’après Marcel-Pierre Bernard, le responsable du PC local en 1941 et, pour la police, il aurait tenté de reformer un syndicat « national » (c’est-à-dire autorisé) en mars 1941 avec des militants ou des sympathisants. Il était surveillé et la police proposa son internement administratif le 7 juin 1941, proposition restée sans suite. Il semblerait qu’il soit alors parti de Port-de-Bouc.
Vallauri mentionnera avoir été arrêté le 22 décembre 1941 et relâché le 29. Quoique les archives policières ne fassent état ni de tractage ni d’affichage du PCF à Port-de-Bouc durant l’année 1942, les organisations liées au parti avaient été intégralement remises sur pied dès avril 1941 et des responsables nommés à leur tête (J. Domenichino). En plus de Charles Scarpelli à qui échouait la responsabilité de la section, Louis Vallauri dirigeait le Front national (nom complet : Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France), Armand Peynichou la CGT, François Caparros avait été chargé des Jeunesses communistes et René Rieubon de créer le syndical autorisé par le pouvoir pétainiste pour en faire un moyen officieux de lutte.
À partir de juillet 1942, tandis que Louis Vallauri faisait – d’après ses propres mots – de la "résistance individuelle", il formait des groupes Front national (FN) à Marseille et dans la région, diffusait des tracts ronéotypés dans les usines et les localités du département. Étrangement, dans son dossier de 1948 conservé au Service historique de la Defense de Vincennes, il date à décembre 1942 le moment de son entrée au Front national grâce à Pierre Brandon dit "Balzac". Faut-il en déduire qu’à cette date il aurait accédé à un niveau supérieur de responsabilités ?
Il revint à Port-de-Bouc en juillet 1943. D’après un rapport de police du 6 décembre 1943, de nombreuses distributions de tracts coïncidèrent avec son retour. Le rédacteur du rapport, un inspecteur de la police spéciale, signalait qu’il fréquentait ses « subversifs », qu’il ne travaillait pas et se rendait souvent à Marseille. Le préfet régional prit un arrêté d’internement administratif à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) à son encontre, le 15 décembre 1943, mais les gendarmes mirent quatorze jours pour l’exécuter ce qui permit à Vallauri de s’éclipser. Le préfet exigea une enquête à laquelle le chef de brigade répondit, le 31 janvier 1944, en arguant notamment du manque d’effectifs. Réalité ou prétexte ? On ne sait et on ignore aussi si l’affaire eut des suites pour les gendarmes.
Toujours en juillet 1943, Louis Vallauri aurait quitté la direction du FN port-de-boucain, remplacé par René Rieubon, pour rejoindre l’état-major départemental. Mis en place par Daniel Georges, interrégional FN, il militait avec le Docteur Paret et Maria Albini. Cependant, le 23 novembre 1943, il était nommé responsable de la section des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) de Port-de-Bouc avec le grade de sergent. Il avait pour supérieur hiérarchique Gaston Beau alias "Callas". Également actif dans le groupe de Marseille ville, il devint le 23 décembre – avec le grade d’adjudant-chef – commissaire technique pour la région FTPF de Provence (Bouches-du-Rhône). Il le restera jusqu’à son arrestation. Il prépara et effectua des transport d’armes et de fausses cartes d’identité.
Toujours en juillet 1943, Louis Vallauri aurait quitté la direction du FN port-de-boucain, remplacé par René Rieubon, pour rejoindre l’état-major départemental. Mis en place par Daniel Georges, interrégional FN, il militait avec le Docteur Paret et Maria Albini. Cependant, le 23 novembre 1943, il était nommé responsable de la section des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) de Port-de-Bouc avec le grade de sergent. Il avait pour supérieur hiérarchique Gaston Beau alias "Callas". Également actif dans le groupe de Marseille ville, il devint le 23 décembre – avec le grade d’adjudant-chef – commissaire technique pour la région FTPF de Provence (Bouches-du-Rhône). Il le restera jusqu’à son arrestation. Il prépara et effectua des transport d’armes et de fausses cartes d’identité.
C’est aussi en décembre 1943 qu’il rejoignait l'équipe qui se rassembla autour de Pierre Brandon pour créer le journal du FN La Marseillaise, tiré dans la clandestinité dans l'imprimerie familiale d'Eugène Tournel à Aix-en-Provence. Le premier tirage fut de 15 000 exemplaires. Il était son adjoint technique et lui procura sa première ronéo. Arrêté le 11 mars 1944 à Marseille, Vallauri fut interné politique à la prison Chave (Marseille) jusqu’au 11 juillet 1944, puis à la maison d’arrêt Saint-Paul (Lyon) jusqu’au 24 août 1944. À cette date, il fut libéré par les FFI lors de l’insurrection lyonnaise et participa à la libération de la commune. Il précisera avoir été rémunéré pour son activité de permanent de décembre 1943 à mars 1944. Il resta investi dans les FTPF jusqu’au 31 août. En plus de Brandon, il fréquenta dans la clandestinité Gaston Dutour dit "Rameau", Meirier dit "Baryton" et Rouquier alias "Jardin".

Dans le témoignage donné à Notre Musée en 1985, Pierre Brandon écrivit que la vie de ce colosse était « un roman admirable » qu’il se proposait de raconter. Il ajouta dans le livre de souvenirs qu’il publia en 1994 qu’il avait été torturé et s’était évadé du train le menant en Allemagne, sans que les sources consultées ne permettent de savoir à quoi il faisait allusion. Toujours d’après Brandon, Vallauri aurait refusé de militer ailleurs qu’à Marseille. L'équipe initiale de La Marseillaise comprenait notamment le typographe Jean de Bernardy, abattu l'année suivante, et la femme de Vallauri, qui aurait permis à la rédaction du journal d'échapper à un piège tendu par les Allemands dans son lieu d'impression aixois. D’après Marcel Guizard, interrégional du FN, Vallauri était présent lorsque Brandon lui remit, rue Clovis Hugues, douze « tuniques SS » (comprendre : douze tuniques de l’armée allemande) qui devaient servir à une évasion de prisonniers. Au témoignage de tous ceux qui ont milité avec lui, Vallauri portait le pseudonyme de "Jaurès".
Le 7 septembre 1946, il se maria à Marseille avec Yvonne Lacuisse, originaire du Puy-de-Dôme et fille d’un ouvrier de Michelin.
Par décret du 3 août 1946, Louis Vallauri fut décoré de la médaille de la Résistance (publication au JO le 13 octobre 1946). On lui décerna la médaille commémorative 1939-1945. En août 1948, il fut gratifié de la médaille militaire. En décembre 1947, on lui attribua un certificat d’appartenance aux FFI, signé par le colonel Henry Simon, ex-chef régional FFI, pour le général Astier de Villatte, commandant de la IXe région militaire. En mars 1948, cette dernière l’homologua adjudant-chef FFI. Toujours charpentier bois, il était domicilié au 41 rue Grignan à Marseille.
Louis Vallauri reçut en septembre 1948 un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française au titre du FN pour la période allant de juin 1940 à sa libération fin août 1944. À la liquidation de ses droits, il était commandant de détachement de réserve. On lui donna le grade fictif d’adjudant. En avril 1955, le ministère des Anciens combattants lui reconnut le titre d’interné résistant pour la période correspondant à sa détention (carte n°1.213.08690). Il habitait au 2 boulevard Guigou dans le quartier de la Belle-de-Mai. Bien que certains documents lui donnent "James" comme nom de guerre, il semble s’agir d’une mauvaise retranscription de « Jaurès ».
![Stèle pour Louis Vallauri [photo Renaud P-A, septembre 2024]](https://static.wixstatic.com/media/080998_d55850a105c04578bc0afbf58e5f834e~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_735,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_d55850a105c04578bc0afbf58e5f834e~mv2.jpg)
Vallauri fut enterré au cimetière communal de Port-de-Bouc aux côtés de sa femme Yvonne. La municipalité baptisa un square à son nom dans le quartier Tassy. Une stèle rappelant son souvenir est visible devant le bloc 1 du Groupe Paul Langevin.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 5 W 218 (dossier d’internement). — SHD, Vincennes GR 16 P 583 313 ; Caen, AC 21 P 560258 (nc). — Rouge-Midi, 21 septembre 1937. — Article sur le blog du PCF du Lot : « La Marseillaise clandestine. En attendant les jours heureux », 12 février 2014. — Léo Purguette, « La « grande émotion » de Marie-Rose Brandon », 21 novembre 2014, La Marseillaise. — Zibeline, « Entrer en résistance », novembre-décembre 2014. — Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (pp. 174, 176, 178, 184). — Site Généanet, Arbre généalogique réalisé par Renaud Poulain-Argiolas. — Site Filae. — Cimetière de Port-de-Bouc.
1ere version par moi dans Le Maitron : 3 février 2021.
2e version complétée par Jean-Marie Guillon : 26 octobre 2021.
3e version complétée par moi : 6 septembre 2024.
4e version : 30 octobre 2026.



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