ZANAROLI Bruno, Joseph
- Renaud Poulain-Argiolas
- 5 avr.
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Né le 6 mars 1902 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 16 octobre 1957 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; tubiste en travaux à air comprimé, employé, puis manœuvre journalier ; militant communiste de Martigues ; syndicaliste CGT ; résistant du Parti communiste clandestin et du Front national de lutte pour la libération ; interné.
![Bruno Zanaroli jeune [photo transmise par Jean-Marc Zanaroli]](https://static.wixstatic.com/media/080998_e5488771ab1643c3add7cdc95b2c9c7e~mv2.jpg/v1/fill/w_870,h_1507,al_c,q_85,enc_avif,quality_auto/080998_e5488771ab1643c3add7cdc95b2c9c7e~mv2.jpg)
Enfant jumeau d’un couple d’Italiens, Bruno Zanaroli vit le jour dans la propriété Martin, située dans le quartier Saint-Isidore à Nice. Sa sœur jumelle, Anne, mourut huit jours plus tard. Il eut au moins deux frères. Leurs parents, Marc Zanaroli, né à Polinago, et Rosine Tagliazucchi, née à Modène, étaient originaires d’Émilie-Romagne et travaillaient en France comme journaliers, vraisemblablement dans l’agriculture. Le patronyme Zanaroli, qui était à l’origine Gianaroli, serait le résultat d’une erreur de transcription commise par l’état civil français. Il y avait d’ailleurs à Nice au début du XXe siècle plusieurs Gianaroli natifs de Polinago.
En 1925, Bruno Zanaroli était tubiste en travaux à air comprimé et domicilié sur l’esplanade des Belges à Martigues (Bouches-du-Rhône). Appelé au service militaire, il fut incorporé en mai 1925 au 39e régiment d’infanterie, affecté à l’occupation des pays rhénans. Sa fiche de matricule mentionne qu’il savait lire et écrire, mesurait 1,79 m, avait des cheveux noirs, un nez large et des yeux noirs. Le mois suivant, il fut classé 1ere armée par la commission de réforme, nommé brigadier en février 1926 par ordre du régiment n°12 et renvoyé dans ses foyers en octobre. Il obtint un certificat de bonne conduite. De mémoire familiale, Zanaroli se destinait initialement à la prêtrise. Il fut séminariste avant de se résoudre à changer de voie. L’anecdote est suffisamment savoureuse pour être évoquée : il aurait rencontré une diseuse de bonne aventure, qui lui avait annoncé qu’il se marierait avec « une femme qui fait des chapeaux ». Peu de temps après, le 22 avril 1926, il épousait à Martigues Pauline Mistral, apprentie modiste. Ils auront trois enfants : Claire en 1927, Marc en 1929, Ivan en 1931.
![Martigues, 1938. Les ouvriers de la raffinerie de Lavéra offrent une statue à Paul-Baptistin Lombard (debout derrière le bouquet de fleurs). Zanaroli est assis à droite de la statue. [photo extraite d'Une ville du Midi sous l'Occupation]](https://static.wixstatic.com/media/080998_3af466d0b24349fdaea74f26bd84f83a~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_767,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_3af466d0b24349fdaea74f26bd84f83a~mv2.jpg)
Ouvrier pour la SGHP (Société générale des huiles et pétroles) de Lavéra, il était actif à la CGT au moment du Front populaire. Une photo de 1938 le montre avec ses camarades de l’entreprise autour de Paul-Baptistin Lombard, le secrétaire général du puissant syndicat des produits chimiques. Ce dernier regroupait les travailleurs des raffineries de la CFR (Compagnie française de raffinage) de La Mède, de la SGPH de Lavéra et de l’usine Verminck de Caronte, fort – d’après les rapports de police – d’un millier d’adhérents. En novembre 1938, en réponse aux décrets-lois de Paul Reynaud, qui remettaient en cause la semaine de 40 heures et augmentaient les impôts, la CGT appela à une grève générale nationale. Le mot d’ordre fut appliqué avec succès dans les trois entreprises où était présent le syndicat martégal des produits chimiques. Les ouvriers apprirent le lendemain qu’ils étaient « lock-outés ». Reynaud, qui avait annoncé vouloir « … en finir avec la CGT désormais dominée par les communistes », se servit de la loi de mobilisation de la nation en temps de guerre pour activer un dispositif militaire et policier considérable. Les patrons misèrent sur la division des travailleurs en procédant à des réembauches sélectives. Le syndicat, lui, poursuivit la grève. D’après l’historien Jacky Rabatel, quatorze ouvriers de la SGHP (dont Lombard et Maurice Tessé) ne furent pas réembauchés. Un courrier que le préfet des Bouches-du-Rhône écrira en 1953 à propos de l'arrestation de Zanaroli pendant la guerre suggère que le syndicaliste fit partie de la purge de décembre 1938 : « Communiste notoire, il était membre de la cellule de Martigues. Il avait été licencié de la Société générale des Huiles et Pétroles pour faits de grève. »
À l’approche de la guerre, l’armée le rappela le 24 août 1939 au 167e régiment d’artillerie à pied (appelé aussi « régiment d’artillerie de position »), 2e groupe, 5e batterie, dans le secteur de Saint-Laurent-du-Var. À la fin de l’année 1939, son nom apparait sur une liste de 27 pages dressée par la sous-préfecture d’Istres d’individus domiciliés dans les Bouches-du-Rhône ayant été membres du Parti communiste avant sa dissolution. Il y figure en tant qu’employé. Il fut maintenu au service actif en juin 1940 par la commission de réforme de Nice, jugé inapte aux armes à pied et démobilisé en juillet 1940. Il se retira à Martigues. Il racontera plus tard avoir rejoint le Parti communiste clandestin le même mois, contacté par Paul-Baptistin Lombard. Dénoncé par Faraill, le directeur de la SGHP de Lavéra, il fut visé par un arrêté d’internement du préfet qui le soupçonnait de menées communistes. La gendarmerie l’arrêta le 12 décembre 1941. Après avoir établi un procès verbal, on le conduisit dans la soirée à Marseille en autocar de la police. Il fut interné le 20 au centre de séjour surveillé de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), où il retrouva Maurice Tessé. À l’intérieur du camp, il fut approché par Hugonnier (sans doute Auguste Hugonnier) en 1942 et s’engagea au Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France (abréviation : FN). Il sera chef de groupe, fit de la propagande communiste, distribua des tracts et exécuta les ordres reçus par le FN. Un arrêté ministériel du 7 décembre demandait sa libération, qui fut effective le 11 décembre. En janvier 1943, il reprit son travail de propagande et de distributions à l'extérieur. Il participa à la libération armée de Martigues.

Après la guerre, Bruno Zanaroli était manœuvre journalier pour l’entreprise Verminck. Par la suite, il n’aurait plus occupé d’emploi fixe. En 1948, il fit une demande de reconnaissance de ses services pour obtenir le statut Résistance intérieure française (RIF). Il était alors journalier et habitait boulevard Mongin à Martigues. Il précisait avoir fréquenté François Miras, Marcel Olive et Paul-Baptistin Lombard (mort fusillé) dans la clandestinité. Parmi les camarades de son mouvement qui avaient pu être déportés ou internés, il nommait Jean Marfaing, Lucien Leclerc (ou Le Clair selon les sources), Nicodemo Davini, François Alary et Maurice Tessé (qui avait été tué par les Allemands). Le 30 août, le secrétariat d’État aux forces armées lui attribuait le certificat d’appartenance à RIF N°5.898 au titre du mouvement Front national des Bouches-du-Rhône. On lui décerna le grade fictif d’adjudant. Décédé à l’âge de 55 ans, il semble que sa dernière adresse connue à Martigues fût "route de Marseille".
Sources : Arch. Dép. Alpes-Maritimes, État civil de Nice, Naissances 1902, Actes n°621 et 622, 2 Miec 89/80 ; Décès 1902, Acte n°851, 2 Miec 89/91. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement militaire, Classe 1925, matricule 4737 ; 76 W 157 (communistes – dissolution du parti – clandestinité). — SHD, Vincennes GR 16 P 606287 ; Caen AC 21 P 694112 (nc). — Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation : Martigues, 1939-1945, Centre de développement artistique et culturel, Martigues, 1986, pp. 44-54. — Propos recueillis auprès de Jean-Marc et Luc Zanaroli (ses petits-fils). — Wikimaginot, 167° Régiment d'Artillerie de Position.
1ere version : 5 avril 2026.
2e version : 9 avril 2026.
3e version : 10 avril 2026.

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