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SENATORE Jean, Albert. Pseudonyme dans la clandestinité : BORDE ; COMMANDANT BORDE

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • il y a 4 heures
  • 14 min de lecture

Né le 30 septembre 1910 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 23 janvier 1982 à Marseille ; mécanicien sur bois, manutentionnaire, machiniste sur bois et poseur de lino ; syndicaliste CGT, secrétaire du syndicat de la Maison Pasquet (1938-1939), membre du conseil syndical des Établissements Orville (1958) ; militant communiste, secrétaire de cellule (1938-1939), responsable politique de la section clandestine d’Endoume sous l’Occupation, membre du comité de section après la Libération ; conseiller général du 2e canton de Marseille (1945-1949), conseiller municipal de Marseille (1953) ; secrétaire et président départemental de l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants), membre du bureau national ; membre actif de l’UFAC (Union Française des Anciens Combattants) ; résistant du Front national de lutte pour la libération (FN) et des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF), responsable régional FTP des Basses-Alpes, chef de groupe de la 1ere compagnie FTPF de Provence, chef du détachement Vincent Faïta dans le Var, commandant du 2e sous-secteur des Basses-Alpes (Saint-André-les-Alpes), commandant du 7e bataillon FTPF, chef de bataillon dans le 2e régiment bas-alpin, puis du 2e bataillon du 1er régiment bas-alpin ; engagé dans l’armée de libération : adjoint au commandant du 1er bataillon de la 1/2 brigade bas-alpine, puis adjoint au commandant du bataillon de sécurité 15/15 à Avignon (Vaucluse) ; interné ; évadé.


Jean Senatore en 1944
Jean Senatore en 1944

Dans certains documents Jean Sénatore mentionne être né le 29 septembre 1910, bien ce soit que le 30 septembre qui apparaisse sur son acte de naissance. Peut-être que sa naissance fut déclarée avec un jour de retard, mais que lui n’en tenait pas compte… Nous nous baserons sur la date donnée par l’état civil. Jean avait une sœur jumelle prénommée Marthe. Tous deux virent le jour au n°11 de la rue Solférino à Marseille, domicile de leurs parents : un couple d’immigrés venus de Campanie, dans le sud de l’Italie. Le père, Vincenzo Senatore, né à Cava De’ Tirreni, travailla en France comme ébéniste pour son beau-père, avant de se mettre à son compte comme menuisier. La mère, Emilia Landri, native de Torre Annunziata, fut à un moment journalière. Cela dit, elle est le plus souvent citée comme femme au foyer dans les documents officiels. Elle donna naissance à au moins dix enfants. En mars 1912, Jean fut naturalisé français avec six de ses frères et sœurs devant le juge de Paix du 7e canton de Marseille. Il avait six ans lorsqu’il perdit son père.


Après avoir obtenu le certificat d’études, il fut mécanicien sur bois. En 1931, il vivait au n°8 de la rue Bossuet à Marseille avec sa mère, ses frères aînés Raymond et Denis et sa sœur jumelle. Appartenant à la classe 1930, il effectua son service militaire l’année suivante dans le 20e bataillon de chasseurs alpins à Antibes. Il se maria le 27 avril 1935 avec Joséphine Sabbato, tailleuse et native de Marseille. En 1936, il adhéra au syndicat CGT du bois et de l’ameublement. En juin 1937, il rejoignit le PCF. Il était sympathisant des Jeunesses communistes depuis 1924. De 1937 à 1939, il fut secrétaire de la cellule 106 de la section d’Endoume. En 1938 il suivit une école de section. Il avait en outre des responsabilités syndicales puisqu’il était de 1938 à 1939 secrétaire de la section CGT de la Maison Pasquet (fabriquant de meubles). Il travailla par la suite pour d’autres fabriques dans la même branche d’activité : l’entreprise Nicolas, l’entreprise Pollastrucci, avant d’être embauché comme manutentionnaire pour l’entreprise Gyres (?) [son écriture est difficile à déchiffrer]. Mobilisé le 3 septembre 1939 au 60e bataillon de chasseurs alpins, il fut démobilisé le 26 juillet 1940. Il était domicilié au 157 rue d’Endoume à Marseille.


Rolland Santi le recontacta début août 1940 pour le Parti communiste, après quoi Senatore passa – d’après ses propres mots – à la résistance individuelle. Suite à l’arrestation de Santi, il fut en contact avec Adolphe Pollastrini et distribua des tracts et des journaux clandestins dans plusieurs secteurs de Marseille sous le pseudonyme d’"Henri". Après la guerre, il détaillera : « La Section d’Endoume avait comme responsable polo [politique] le camarade Prozzo. Je (fus) responsable OP de section fin 1940 jusqu’en fin 1941 où, après avoir donné ma biographie, ainsi que le polo Prozzo et l’adjoint Remacle, le polo régional me désigna pour prendre la direction de la section. » Il ajoutait avoir précédemment coupé les ponts avec Pollastrini qui était considéré comme suspect. Il assura la direction politique, « avec Remacle comme OP et Giusti comme syndical ». En mars 1942, Deleuil le contacta pour rejoindre le Front national (nom complet : "Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France"). Dès lors il forma des groupes pour le mouvement. Dénoncé avec Revol et Pouzin par un autre camarade – Brignet – Senatore fit l’objet d’une perquisition et fut arrêté le 18 juin à son domicile rue d’Endoume. Il écrivit avoir tout nié, y compris lors de la confrontation avec Brignet. Celui-ci finit par se rétracter, ce qui permit à Senatore et Pouzin d’être mis en liberté surveillée fin juillet 1942. Le tribunal militaire les acquitta faute de preuves à la fin du mois d’août, tandis que Revol était condamné à 5 ans de prison pour avoir connu Pollastrini et Brignet à 2 ans.


Le 30 septembre 1942, le préfet des Bouches-du-Rhône demanda l’internement de Senatore au centre de séjour surveillé de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Il le disait machiniste sur bois. Le détenu y reprit contact avec le PCF par l’intermédiaire de Crespo (voir Jean-Baptiste Crespo) et de Bizot (voir Denis Bizot). Le 25 mars 1943, ils furent transférés au camp de travail de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) pour le STO (Service du travail obligatoire). Le préfet du Tarn, lui, fait état d’un transfert à Bayonne le 29 mars. Il notait, dans le passif militant de Senatore, qu’il avait démissionné de son syndicat et était présentement sans emploi. Compte tenu de la bonne conduite de l’interné et que rien de suspect n’eût été découvert dans sa correspondance par le contrôle postal du camp, le fonctionnaire adressa le 5 mai un procès verbal d’audition et une proposition de libération au ministre de l’Intérieur. Il annonçait que l’intéressé avait rédigé une résolution à l’égard du gouvernement de Vichy et de la Révolution nationale dans la perspective de sa libération. Toujours est-il que Senatore s’évada le 9 mai 1943 avec deux autres communistes, Sorantini et Bazin (s’agirait-il d’Eugène Bazin ?). Il regagna Marseille et prit contact avec un cadre nommé Jacques (serait-ce Paul Argiolas ?). Ce dernier ayant disparu, le fugitif fut approché par un recruteur FTPF (Francs-Tireurs et Partisans français) en juillet 1943, puis par l’inter Motte et envoyé à Nice comme responsable régional des Basses-Alpes le 17 août 1943, avec le matricule 62.000 et "Borde" pour nom de guerre. Il avait un contact permanent avec le polo régional "Pierre", qui fut changé et remplacé par "Didier" (le même homme aura plus tard pour pseudonyme "Marceau").


Le 1er novembre 1943, Borde fut envoyé à la direction de la 1ere compagnie FTPF de Provence. Du 8 novembre jusqu’en mars 1944, il sera chef du détachement Vincent Faïta dans le Var avec lequel il participa à plusieurs actions militaires, comme l’attaque de la prison de Draguignan le 8 novembre. En janvier 1944, il fut envoyé comme adjoint avec sa compagnie dans les Basses-Alpes. En avril, il prenait le commandement du 2e sous-secteur FTP (Saint-André-les-Alpes), qui couvrait le territoire entre les vallées du Var et du Verdon jusqu’à Digne (région B4). Son adjoint était Olivier Menicucci. Le 9 juin, au moment de la mobilisation maquisarde, le commandant Borde se rendit à Digne en moto avec Menicucci pour aller chercher l’infirmier Valmy Guillot, qui fut tué à 20h30 par une sentinelle allemande sur la commune du Chaffaut (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence). Il mena l’attaque de Saint-André-les-Alpes où plusieurs colonnes allemandes étaient signalées. À ce propos, il commentera plus tard : « écrasement d’une colonne de Boches (200 autos blindées) ». Les combats se poursuivirent au Col des Robines, à la Clue de Chabrières, à Norante et Allos. Le 15 août, Saint-André-des-Alpes était libéré. Le 17 août, c’était au tour de Castellane. Nommé commandant du 7e bataillon FTPF, Senatore combattait sur le front de Barcelonnette au moment de la formation des FFI (Forces françaises de l’Intérieur). Les FTPF le désignèrent comme chef de bataillon du 2e régiment bas-alpin, commandé par le lieutenant-colonel Noël (Georges Bonnaire). La direction de l’état-major était composée du commandant Serge (Georges Alziari) responsable militaire, "Julien" commissaire aux effectifs, "Roubau" commissaire technique et "Lilou" responsable du sous-secteur.  


En octobre 1944, Borde fut envoyé sur Barcelonnette à la tête du 2e bataillon du 1er Régiment bas-alpin. En novembre, il était adjoint au commandant du 1er bataillon de la 1/2 brigade bas-alpine. Il allait devenir à une date non précisée adjoint au commandant du bataillon de sécurité 15/15 à Avignon. Début janvier 1945, il entra à l’École des officiers supérieurs à Castres (CPOS). Dans sa fiche individuelle d’officier FFI, rédigée fin 1944, le chef départemental Noël ne tarissait pas d’éloges à son propos : « Résistant de la première heure. A commandé un maquis de 2000 hommes. Très dynamique. Moralité très bonne, accomplissant son travail ponctuellement, n’hésitant pas à prendre des initiatives. Très sûr. Apte au commandement d’un bataillon. A rendu des services énormes dans les maquis, causant de grosses pertes à l’ennemi sans en subir lui-même. » La commission régionale d’homologation des grades FFI-R2 lui attribua une note d’ensemble de 16/20 et Henry Simon, chef régional FFI et président de ladite commission, se déclara favorable à son « maintien dans le grade de commandant (chef d’un groupement de 800 hommes) ». Concernant sa formation à Castres qui s’étendit du 10 janvier au 15 mars 1945, il commentera lui-même : « Je n’ai pu obtenir de meilleurs résultats car mon degré d’instruction très faible et surtout la mauvaise volonté de travail des instructeurs. Ils pensaient à nous expulser plutôt que de nous faire travailler. »


Du 5 avril au 15 mai 1945, il suivit l’École des cadres d’Aix-en-Provence. Le colonel Onofri, qui dirigeait l’établissement, eut la dent dure avec lui : « N’a pas de moyens. Ne peut malgré toute sa bonne volonté faire un officier. A beaucoup travaillé mais ses possibilités ne peuvent lui permettre que de commander un groupe de combat. A maintenir en qualité de sergent pour récompenser ses services rendus. » De son côté, Senatore notait : « Le colonel nous fit de très bonnes leçons de travail, hélas trop courtes (1 mois : 1 leçon par semaine). » Il rejoignit la subdivision de Digne, et, après s’être entretenu avec le colonel Simon, fut démobilisé en juin 1945. Il rentra chez lui à Marseille. Il habitait au 80 de la rue Saint-Lambert. Nommé capitaine de réserve, il reprit son travail militant au sein du PCF. Le 2 juillet 1945, il remplit un questionnaire autobiographique. Membre de la cellule Bartolotti (ou Bartoloti) et du bureau de la section communiste d’Endoume, il donnait les noms de camarades avec lesquels il avait milité – dont celui de Gaston Beau alias « Lucien ou « Callas », au sein des FTP. La même année il suivit une école fédérale. À la fin du questionnaire, André Claverie rédigea en appréciation politique : « Très bon camarade, très attaché au Parti. Bonne éducation politique. »


Jean Senatore fut présenté par le Parti communiste aux élections cantonales des 23 et 30 septembre 1945 dans le 2e canton de Marseille. Il devint conseiller général, poste qu’il occupera jusqu’en 1949. Il avait été fait Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 15 juillet 1945. On le décora de la Croix de Guerre avec palme et de la médaille des Partisans polonais. La médaille de la Résistance lui fut attribuée par décret du 31 mars 1947 (publication au JO le 13 juillet).

En novembre 1947, un certificat d’appartenance aux FFI lui fut adressé par le général Astier de Villatte, commandant la IXe région militaire, par délégation le colonel Henry Simon, ex-chef régional FFI – Région 2, pour ses services dans les FTPF des Bouches-du-Rhône du 17 août 1943 au 31 août 1944. En septembre 1948, il fut homologué Résistance intérieure française au titre du mouvement Front national avec le grade fictif d’adjudant pour la période allant d’août 1940 à juillet 1945.


En juin 1948, la section de montée des cadres du PCF émit un avis favorable à sa candidature dans le 2e canton de Marseille pour le scrutin de mars 1949. Toujours machiniste sur bois, il était responsable fédéral de l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) et siégeait au comité national de l’association. L’historien Jean-Claude Lahaxe parle de « raz-de-marée RPF » qui fit perdre son siège à Senatore : il obtint 20, 5 % des suffrages exprimés, contre 61,8 % pour le RPF. Il met en exergue le rôle que l’ancien résistant joua pour promouvoir la paix durant l’automne 1949. Un comité départemental d’organisation de la manifestation du 2 octobre et du vote de la Paix fut constitué le 13 septembre. Senatore faisait partie des cinq militants communistes expérimentés – avec Alphonse Dumay, Lucien Molino, Jean Olivi et Josette Reibaut – sur les neuf membres que comptait le comité au total. Des urnes fixes avaient été déposées sur la voie publique à des endroits stratégiques, comme l’entrée des locaux des mouvements qui participaient aux collectes et à l’intérieur des bars « amis ». Le 22 septembre, le préfet interdit ces pratiques et le lendemain l’urne posée devant le syndicat des dockers provoqua des protestations énergiques mais inefficaces. Le 24 septembre, Senatore mena la délégation qui se rendit au commissariat de police de Castellane pour demander la restitution de l’urne qui avait été installée au 4 de la rue Saint-Jacques. En vain. Les militants changèrent alors leurs pratiques pour user d’urnes ambulantes et de porte-à-porte pour contourner l’interdiction du préfet.


Le 6 octobre 1950, il prit la parole au nom de l’ARAC à une réunion publique qui se déroulait au cinéma Saint-Lazare à Marseille. L’événement, présidé par Lucien Molino, secrétaire de l’Union départementale CGT, s’inscrivait dans une campagne nationale de meetings organisés par le « Comité National d’Action pour la lutte contre les 18 mois et le rabiot ». Le passage du service militaire de 12 à 18 mois, décidé par le gouvernement Pleven pour contenter l’OTAN, était perçu par le PCF comme le prélude possible à une troisième guerre mondiale. En effet, si les USA l’avaient demandé, la France aurait dû les aider dans la guerre qu’ils menaient en Corée. Le rassemblement marseillais avait une coloration régionale importante, car on y manifestait également pour la libération des « 10 de La Bocca ». Ces sept métallos et trois cheminots s’étaient opposés physiquement à des gardes républicains quelques mois plus tôt, en gare de Cannes-La Bocca, en tentant de bloquer le chargement en train de matériel de guerre destiné à l’Indochine. Au moment du meeting, un large mouvement de solidarité avec les « 10 de la Bocca » s’exprimait parmi les travailleurs marseillais par des débrayages (chemin de fer, tramway, industrie chimique, bâtiment, métallurgie, équipages, usine à gaz d’Arenc). L’ancien commandant Borde intervint aux côtés de Souque du Parti socialiste unitaire (issu du courant Bataille socialiste) [dans un premier temps c’est Haut qui avait été annoncé pour ce parti] ; de Jean Mérot du bureau national de l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France) ; de Pierre Prender, du Mouvement populaire des familles (issu de la Ligue ouvrière chrétienne, créé par la JOC) [qui se transforma la même année en Mouvement de libération du peuple] qui déclara : « Les patriotes de La Bocca sont l’exemple du peuple de France ». Jean Senatore appela à la lutte contre les 18 mois et pour la libération des « 10 ». Après eux, François Billoux, qui présentait les deux luttes comme un seul et même combat patriotique, fut longuement acclamé.


À partir de 1952, le gouvernement français multiplia les procédures pour « atteinte à la sûreté de l’État » contre les communistes pour stopper leurs mobilisations contre la guerre d’Indochine. Jean Senatore fut mêlé à l’affaire du « complot des pigeons », qui débuta au mois de mai en visant d’abord Jacques Duclos, qui dirigeait le parti par intérim. En octobre 1952 étaient arrêtés Guy Ducoloné, membre du comité central du PCF et secrétaire général de l’UJRF, Louis Baillot, membre du bureau national de l’UJRF, Paul Laurent, secrétaire de la fédération de la Seine de l’UJRF, Jean Meunier, rédacteur en chef de l’Avant-Garde (journal de l’UJRF), et Alain Le Leap, secrétaire général de la CGT. Par la suite, le gouvernement fit une demande en autorisation de poursuites contre des parlementaires communistes. L’inculpation, qui relevait de la « démoralisation de l’armée et de la nation » faisait planer sur les concernés la menace de la peine de mort. Laurent accusa le juge d’instruction Duval de l’avoir giflé lors de l’audition du 12 février 1953. Le Figaro ayant donné une version des faits très hostile aux prévenus, le journal communiste Ce Soir relaya dans son édition du 17 février le récit des avocats de la défense, Mes Marie-Louise Cachin-Jacquier, Michel Bruguier et Henri Douzon, qui étaient présents avec leurs clients dans le cabinet du juge le jour de l’incident. Jean Senatore avait été convoqué en qualité de témoin. Selon Ce Soir, il avait affirmé que le siège de l’ARAC de Marseille avait été perquisitionné illégalement. Le juge Duval avait refusé de mentionner cette déclaration dans le procès-verbal. Baillot et Le Leap avaient protesté et le juge avait demandé leur expulsion de la salle. Lorsque les avocats s’étaient opposés à leur tour, le juge avait exigé leur expulsion. Et comme les gardes n’obéissaient pas, le juge aurait frappé Laurent au visage. Les avocats se seraient alors retirés « pour éviter toute nouvelle atteinte à la dignité de la défense ». Ils avaient demandé la récusation du juge. L’affaire remonta jusqu’au procureur de la République de Versailles. Les poursuites engagées contre les militants étaient abandonnées quelques mois plus tard.


En 1952, Jean Senatore était secrétaire départemental de l’ARAC. En mars, il passa trois jours à Stuttgart (Allemagne) au congrès international des Anciens combattants (autobiographie de 1958). Il évoquera aussi, sans le dater, un séjour de huit jours en Italie, au lac de Côme, à l’invitation des Anciens combattants et mutilés de guerre italiens. Il disait ne pas parler de langues étrangères.

Les élections municipales du printemps 1953 le firent conseiller municipal à Marseille (les archives n’indiquent pas dans quel arrondissement). Son adresse était à présent le 80 rue Sauveur Tobelem (ex rue Saint-Lambert) dans le 7e arrondissement. En février 1954, le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre lui refusa le titre d’interné résistant, mais lui attribua celui d’interné politique (carte n°1.313.04253) pour sa période d’internement comprise entre le 18 juin 1942 et le 29 mars 1943.


Sa biographie de janvier 1955 indique qu’il conservait des responsabilités aux niveaux départemental et national à l’ARAC, qu’il restait actif dans la section PCF d’Endoume et la cellule Bartoloti (ou Bartolotti). Il était marié et sans enfant. Il écrivait connaître François Billoux, secrétaire du parti, Pierre Doize, secrétaire fédéral, et Marius Colombini, secrétaire de l’Union départementale CGT. Le secrétaire fédéral Georges Lazzarino complétait à son propos : « Camarade animé d’un grand esprit de parti. A une très grosse activité à la direction départementale de l’ARAC et au sein de l’UFAC. » En février, la section de montée des cadres discuta de sa candidature aux cantonales du 2e canton de Marseille. Elle le disait non plus secrétaire, mais président départemental de l’ARAC. Elle préféra Senatore à l’avocat Jacques Rees, autre candidat possible, parce qu’il avait déjà été conseiller général. Il était devenu poseur de lino-caoutchouc pour les Établissements Orville – 31 rue des Phocéens – travaillant pour le port de Marseille ainsi que pour des particuliers. Le congrès de l’ARAC de juin 1957 le vit réélire au Bureau national.


Dans une biographie d’octobre 1958, il écrivait être membre du conseil syndical de son entreprise. Au nombre des responsables communistes qui le connaissaient il mentionnait à nouveau Billoux, Doize, en plus de Pascal Posado, secrétaire fédéral. C’est Pierre Doize qui rédigea une appréciation : « Homme populaire et dévoué. Bien connu dans son quartier et en particulier parmi les anciens combattants où il jouit d’une très bonne considération. » Le parti proposa la candidature de Senatore en tant que suppléant à l’élection législative du 23 novembre 1958 (1er tour). Le 30 octobre 1959, Ange Colombi, membre du bureau fédéral et secrétaire administratif du PCF des Bouches-du-Rhône, transmit au secrétariat du comité central l’accord de la fédération sur les candidatures de Jean Senatore et d’Adrien Mouton au comité national de l’ARAC.


Sources : Arch. mun. Marseille, État civil, Naissances 1910, Acte n°65, 1 E 3255746. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement de la population de Marseille, 1906, 2e canton / La Préfecture, 7e bureau (Rue de la Paix / Quai de Rive Neuve), 6 M 390 ; 1931, 2e canton / Rue Bossuet, 6 M 473 ; 315 J 621 Fédération départementale du PCF (questionnaire biographique : 1 AU 0354). — SHD, Vincennes GR 16 P 544616. — Notice Maitron de MENICUCCI Olivier par Jean-Marie Guillon. — Bulletin des lois de la République française, 1er janvier 1912, p. 947 (BNF-Gallica). — Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 27 octobre 1945 (77e année, N°253), p. 6981 ; 13 juillet 1947 (79e année, N°165), p. 6684 (BNF-Gallica). — Chronique « À bas les 18 mois qui préparent la guerre ! » dans l’Humanité : « Contre les 18 mois et la guerre : Ces meetings sont prévus », 6 octobre 1950 ; « La population marseillaise exige l’acquittement des « 10 » de La Bocca et proteste contre les 18 mois », 7 octobre 1950 (Retronews). — « Au procès des dix de La Bocca : émouvantes dépositions des témoins de la défense », l’Humanité, 13 octobre 1950. — « Mes M.L. Jacquier, M. Bruguier et M. Douzon qui, le 12 février, étaient dans le bureau du juge Duval... », Ce Soir, 17 février 1953 (Retronews). — Jean-Claude Lahaxe, Les Communistes à Marseille à l’apogée de la guerre froide : 1949-1954, Publications de l’Université de Provence, 2006 (pp. 151, 174-175). — Site Ciné-Archives, « Contre les dix-huit mois ». — Généanet, Arbre généalogique de Jean-Jacques Bianchi. — Archives de la Grande chancellerie de la Légion d’honneur.


Version au 18 juin 2026.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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