MOURGUES Georgette, Philomène, épouse MELIANI
Dernière mise à jour : 31 janv.
Née le 2 décembre 1923 à Alès (Gard), morte le 7 juin 2010 à Arles (Bouches-du-Rhône) ; militante de l’UJFF avant la guerre ; résistante des Comités féminins d’Arles et des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF), attachée à l’état-major du 1er bataillon FTPF du secteur Nord des Bouches-du-Rhône (arrondissement d’Arles), agent de liaison ; militante associative.
![Georgette Mourgues à 17 ans [collection CRDA]](https://static.wixstatic.com/media/080998_4c91ee9d31ab415ca5551b8d91b6aed1~mv2.jpg/v1/fill/w_350,h_501,al_c,q_80,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_4c91ee9d31ab415ca5551b8d91b6aed1~mv2.jpg)
Georgette Mourgues vit le jour dans le quartier Tamaris à Alès. Ses parents étaient Victorin Mourgues, cheminot, né à La Grand-Combe (Gard), et Marie-Thérèse Noyer, couturière, née à Saint-Gervasy (Gard). Ils étaient domiciliés dans les casernes de la gare de Tamaris. On la fait parfois naître à tort le 18 octobre 1925 à Arles. Cette information, qui apparaît à plusieurs reprises dans son dossier aux archives du Service historique de la Défense de Vincennes, est contredite par son acte de naissance. Son père Victorin Mourgues fut militant de la CGT d’Arles, membre du PCF clandestin pendant l’Occupation et responsable des FTPF du Nord des Bouches-du-Rhône aux côtés de Georges Tinarage.
Georgette Mourgues obtint le certificat d’études primaires et adhéra très jeune à l’Union des Jeunes filles de France (UJFF). Pendant la guerre d’Espagne, elle collecta des boîtes de lait avec le Secours populaire français pour soutenir les républicains. Elle avait seize ans au moment de la défaite française de juin 1940.
![Collecte organisée par le Secours populaire des Bouches-du-Rhône pour l'Espagne républicaine. Bourse du travail d'Arles, 1936 [extrait de Résister en pays d'Arles]](https://static.wixstatic.com/media/080998_31d6bbe774dc400ab554231b368e6e10~mv2.jpg/v1/fill/w_350,h_212,al_c,q_80,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_31d6bbe774dc400ab554231b368e6e10~mv2.jpg)
Son témoignage sur cette période, qui sera plus tard mis en scène par une compagnie artistique, permet de restituer son regard d’adolescente sur les événements. Elle se sentit révoltée par la présence de la propagande vichyste dès l’école et fut marquée par la dureté de l’hiver 1940. Elle évoque les privations alimentaires et vestimentaires – l’armée allemande réquisitionnant le blé ou le cuir pour ses bottes –, les succédanés de café au mauvais goût et la récupération de tissus dans lesquels sa mère lui cousait des robes. Elle se rappelait avoir porté des chaussures avec des semelles de bois, dont le dessus en carton se fissurait. Maigre consolation pour la jeune femme : elle disposait de cartes de rationnement J3, liées à son âge, qui lui donnaient droit à des rations plus importantes que celles des adultes. Elle prit l’habitude de manger le pain comme un aliment rare et précieux.
Alors qu’elle ignorait que son père était dans la Résistance, ce dernier l’avertit qu’ils allaient faire l’objet d’une perquisition. Georgette fut choquée par la brutalité avec laquelle leur logement fut saccagé par la Milice. Une seconde perquisition les visa fin 1942, cette fois dans le but d’arrêter Victorin Mourgues, qui était absent. On emmena le frère de Georgette, qui avait environ dix-huit ans. Il fut conduit à la prison d’Arles dans la Cour des Podestats, puis à Marseille rue Honnorat et mis dans un train pour l’Allemagne. Il s’évadera à Dijon, pour revenir se cacher en Camargue et sera berger dans un lieu reculé.
Peu de temps après la seconde perquisition, Georgette fut sollicitée par une amie responsable des Comités féminins d’Arles et ses environs. Elle commença par diffuser timidement des tracts avant l’heure du couvre-feu, d’abord une fois, puis deux fois par semaine. Les jeunes femmes collaient aussi des papillons. Elles profitaient de l’image d’insoupçonnabilité que leur conférait leur identité de filles. Après l’arrestation d’une de leurs agentes de liaison, elles suspendirent leur activité durant deux mois. Puis une épidémie de typhoïde dans la commune emporta la responsable de Georgette et laissa celle-ci sans contact. Lorsqu’elle avoua à son père qu’elle avait rejoint la Résistance, il lui apprit qu’il était responsable régional et qu’il avait besoin d’un agent de liaison.
Elle s’engagea le 1er janvier 1943 dans les FTPF sous le matricule 61.143 auprès du capitaine Georges Tinarage, dit "Pousse Caillou" ou "Georges le Sportif", dans le 1er bataillon FTPF du secteur Nord des Bouches-du-Rhône – arrondissement d’Arles. Elle avait comme pseudonyme "Lilloise". Collaboratrice de son père, elle était attachée à l’état-major du bataillon. Elle fournissait des cartes de ravitaillement aux réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO), mis en place par le gouvernement de Vichy pour contribuer à l’effort de guerre allemand. Agent de liaison, elle assurait le contact entre plusieurs responsables de la Résistance. Elle diffusa des tracts et de la presse clandestine dans la région arlésienne et transporta des revolvers pour les FTPF.
C’était parfois oralement et le plus souvent sur de petits bouts de papier que Georgette Mourgues assurait la liaison entre son père et Henri Morand. Elle livra des armes à un responsable dans le quartier de la Roquette. Prise dans une rafle, son apparence de « fille toute maigre » lui épargna d’être fouillée bien qu’elle eût un revolver dans son sac. Ses parents hébergeaient des réfractaires au STO, qui s’évadaient des convois à Dijon avant de revenir chez eux à Arles. Victorin Mourgues leur faisait de fausses cartes d’identité et de travail. Georgette, elle, les accompagnait à des rendez-vous à Marseille et s’assurait de l’absence d’inspecteur de police et de danger. Elle manqua d’être arrêtée en en se rendant chez Fernand Rambaud, place Portagnel, à Arles. Là-bas, elle devait prendre des renseignements sur deux réfractaires sur le point de rejoindre le maquis. L’action était d’après elle d’autant plus risquée que, tout en travaillant avec la Résistance, Rambaud était aussi lié à la Milice. Elle aperçut des agents de la Gestapo au bout de l’impasse, se cacha sous une porte cochère et les vit entrer chez son contact. Persuadée qu’ils allaient l’emmener, elle fila à vélo prévenir Morand à Pont-de-Crau. Ce jour-là, elle aurait évité la capture d’une partie du réseau lors des rendez-vous prévus à la gare. En revanche, Fernand Rambaud fut arrêté, torturé et déporté.

Le 25 juin 1944, un premier bombardement allié frappa Arles et menaça le foyer des Mourgues : leur logement était situé près de la voie ferrée, qui était ciblée par les tirs. Victorin demanda à sa femme, à Georgette, son petit frère et sa petite soeur d’aller se réfugier à Gimeaux, en Camargue. Le frère de Georgette qui avait échappé aux Allemands s’était réfugié dans le Mas du Grand Pan. Daniel Meliani, le fiancé de Georgette, cheminot italien, était également réfractaire au STO. Il était devenu chef de détachement FTPF dans les Basses-Alpes. Après une attaque de leur camp par les troupes allemandes, les résistants avaient abandonné toutes leurs affaires à l’exception de leurs armes (des Sten, du plastic…) et franchi un col de deux mille mètres. Meliani arriva à Arles exténué avec Jean Saler. Ils avaient laissé leurs armes à la consigne de la gare pour éviter d’être repérés, dans une cagette à légumes couverte de papier journal. Daniel était encore fébrile quand Georgette Mourgues mit au point un plan ingénieux pour récupérer le matériel. Elle persuada Thérèse Saler, qui n’était pas résistante mais avait un enfant de trois mois avec Jean Saler, de prêter son landau et de venir avec elle à la gare. Les deux femmes et le bébé récupérèrent la cagette. Georgette la glissa dans la partie creuse du landau avec le nourrisson posé par dessus. Elle marcha une boule dans le ventre en croisant des Allemands sur le trajet. Le cageot arriva finalement sans incident au poste de commandement villa de l’étoile, sur le boulevard Victor Hugo.
Grâce aux explosifs, un groupe composé de Daniel Meliani, Victorin Mourgues, Joffre Arzalier, Narcisse Pampaloni, Pierre Réali et Jean Saler sabota le 10 juillet 1944 le pont de Trinquetaille, qui permettait de franchir le Rhône et avait échappé aux bombardements alliés. Ils s’étaient procuré la clef du local qui donnait accès aux câbles de soutènement du pont grâce à un ingénieur des Ponts et Chaussées. Ce furent Daniel Meliani et Jean Saler qui placèrent les charges. Vers 23h30, l’explosion décala le pont de 25 cm de ses galets, coupant les câbles et le rendant impraticable pour les chars. Les Allemands furent dorénavant contraint de passer le Rhône en barque, ce qui les retardait énormément. Ils durent établir un camp à Avignon. Cette version du sabotage fut toutefois contestée au motif que les FTPF n’avaient pas d’explosif et que le matériel aurait été fourni par les militaires.
Georgette Mourgues raconte que sa famille accueillit Daniel Meliani, gravement malade, dans leur refuge extra-muros. La résistance arlésienne avait décidé de libérer la ville sans attendre l’arrivée des troupes américaines et françaises. Alors que Victorin Mourgues leur annonçait l’imminence de l’insurrection le 22 août, Meliani voulut partir sur le champ. Georgette ne réussit pas à l’en dissuader. Ils partirent à deux sur un vélo de Gimeaux à Trinquetaille, traversèrent le Rhône sur une barque et suivirent les quais. L’insurrection avait commencé. Ils rejoignirent la villa de l’étoile, retrouvèrent Georges et Cécilia Tinarage et participèrent à la prise de l’hôtel Jules César, siège de la Kommandantur. Les FFI s’y installèrent. Georgette Mourgues prit part aux deux autres journées d’insurrection. Le 24 août, les FFI victorieux se rassemblèrent sur la place de l’Hôtel de ville devant une foule enthousiaste. Elle resta active dans les FTPF jusqu’au 31. La Commission militaire du CNR (ex-COMAC) lui délivra un certificat l’autorisant à porter le brassard FFI, signé notamment par Maurice Kriegel-Valrimont. À défaut d’avoir eu une formation militaire, elle ne voulut pas s’engager dans le Régiment Rhône et Durance comme le firent d’autres jeunes Arlésiens.
![Rassemblement des FFI sur la place de l'Hôtel-de-ville. Arles, 24 août 1944. Il semble que Georgette Mourgues soit visible derrière le canon pris aux Allemands, toute vêtue de blanc [extrait de Résister en pays d'Arles]](https://static.wixstatic.com/media/080998_12ab909d1c334d72bf32b0918e773c8a~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_579,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_12ab909d1c334d72bf32b0918e773c8a~mv2.jpg)
Le 30 septembre 1944, Georgette Mourgues se maria à Arles avec Daniel Meliani.
Est-ce qu'elle s'engagea politiquement par la suite ? Les informations manquent malheureusement à ce sujet. En mars 1949, Georges Tinarage, responsable des FTPF et des Milices patriotiques de l’arrondissement d’Arles, lui fit une attestation écrite au sujet de son engagement dans la Résistance. La IXe région militaire lui adressa un certificat d’appartenance aux FFI en juin de la même année, au titre de ses services dans les FTPF du secteur d’Arles de janvier à fin août 1944. Domiciliée avec son mari dans le quartier de Genouillade, Chalet Saint-Martin, route de Crau, à Arles, elle mentionnait alors qu’elle avait un enfant.
Georgette et Daniel Meliani quittèrent Arles pour y revenir dans les années 1960, après y avoir acheté un appartement. Ils reconnurent un de leurs voisins, qui dénonçait contre de l’argent à la SNCF pendant la guerre. Mais les temps avaient changé. Georgette Meliani s’investit dans la vie associative locale, notamment dans l’Association pour un Musée de le Résistance et de la Déportation, qui donnera naissance au Centre Résistance et Déportation Arles et Pays d'Arles (CRDA). Elle témoigna dans les écoles auprès des jeunes génération, afin de transmettre la mémoire de la Résistance. Elle racontera en avoir voulu à l’ANACR (Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance) qui, à ses yeux, minorait la place des femmes dans la Résistance. Aussi, à chaque fois qu’elle prenait la parole publiquement, elle aimait rappeler ce qu’elles avaient accompli.
Georgette Meliani s’éteignit en 2010. Quatre ans après sa disparition, le collectif artistique L’Isba créa un spectacle à partir de son témoignage, en partenariat avec le service Culturel de la Ville d'Arles et le CRDA. Cela donna lieu à plusieurs représentations entre 2014 et 2015 à Arles et Avignon. Le 23 août 2016, la municipalité d’Arles baptisa Rue Georgette Meliani une perpendiculaire au boulevard de la Libération dans le cadre du 72e anniversaire de la libération de la commune. La cérémonie se déroula en présence de membres de sa famille, du maire Hervé Schiavetti, du conseiller départemental Nicolas Koukas, de représentants d'associations d'Anciens combattants, dont le résistant Etienne Girard, et de Solange Bénédetti, présidente de l'Association du Musée de la Résistance et de la Déportation d’Arles et du Pays d’Arles. À cette occasion, Georges Carlevan, président de l'ARAC (Association républicaine des anciens combattants) d'Arles insista sur le rôle de premier plan joué par les femmes dans la Résistance.
Iconographie : Résister en pays d’Arles : 1944-2014, 70e anniversaire de la Libération, Actes Sud/Association du Musée de la Résistance et de la Déportation d’Arles et du Pays d’Arles, 2014 (pp. 99, 140).
Sources : Arch. Dép. Gard, État civil d’Alès, 1923, Acte n°488. — SHD Vincennes, GR 16 P 435016. — Résister en pays d’Arles : 1944-2014, 70e anniversaire de la Libération, Actes Sud/Association du Musée de la Résistance et de la Déportation d’Arles et du Pays d’Arles, 2014 (pp. 78, 100, 103). — Sébastien Besatti, « Une première figure de l’insoumission », La Marseillaise, 7 mars 2015. — Témoignage de Georgette Meliani par la Compagnie L'Isba, mis en ligne sur Youtube le 7 septembre 2014. — « À la résistante Georgette Méliani, la Ville reconnaissante », La Provence, 24 août 2016. — Site Match ID, Acte n°330, Source INSEE : fichier 2010, ligne n°274552.
1ere version : 5 septembre 2024.
2e version : 9 septembre 2024.
3e version : 19 octobre 2024.
4e version : 31 janvier 2025.
Témoignage de Georgette Meliani par le collectif L'Isba,
joué à l'occasion de la sortie du livre Résister en pays d'Arles, 2014
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