GUIGUE Véran, Marius
- Renaud Poulain-Argiolas
- 31 déc. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 janv.
[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par René Bianco. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 26 novembre 1881 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 1er mars 1972 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; cultivateur, professeur à l’école Ferrer, riveur et camionneur ; militant anarcho-syndicaliste ; secrétaire du syndicat CGT des Chantiers et Ateliers de Provence (Port-de-Bouc) dans les années 1920 ; interné.

Véran Guigue vit le jour rue de Trissemoutte au domicile de ses parents. Ceux-ci étaient un couple d’Arlésiens : Antoine Guigue, marin, et Élizabeth Jehan, sans profession et fille de cultivateur. Sa mère accoucha six fois, mais perdit deux enfants quand ils étaient encore bébés. L’aîné de la fratrie était Pierre, né en 1879. Après venaient Véran, qui avait deux ans de moins, Auguste, son cadet de cinq ans, et Élisa, qui avait encore deux ans de moins.
Véran perdit son père à dix ans. Sa mère se remariera cinq ans plus tard avec un cultivateur de la commune. En 1902, devenu adulte, il travaillait lui-même comme cultivateur. Il fit son service militaire dans le 141e régiment d’infanterie entre novembre 1904 et septembre 1905. Sa fiche de matricule le décrit comme mesurant 1,71 m, ayant des cheveux châtains, des yeux marron, une bouche et un nez moyens, un menton rond et un visage ovale. On lui accorda un certificat de bonne conduite.
Il épousa Agnès Bayol à Arles le 3 avril 1906. Le couple aura quatre fils et deux filles et déménagea à de nombreuses reprises jusqu’à la naissance de leur dernier enfant : Marthe en 1906, Étienne (voir Armand Guigue) en 1908, César en 1910, Antonin en 1912, Élie en 1914 et Marie en 1917. Antonin et Élie moururent encore bébés.
Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 libéra Véran Guigue d’une peine de prison qu’il purgeait pour complicité de vol par recel. Il passa par le 61e régiment d’infanterie stationné à Privas (Ardèche), fut détaché à la Société des Chantiers de Provence, basée à Marseille, de juin 1916 à février 1919, et retourna au 141e régiment d’infanterie.
Insoumis, il fut condamné par un conseil de guerre et incarcéré au fort d’Albertville (Savoie). Il avait appartenu au même groupe d’insoumis que fréquentait Gaston Leval à Barcelone. Son frère aîné Pierre Guigue fut tué à l’ennemi en Flandre belge en novembre 1914 et obtiendra la mention "Mort pour la France". Professeur à l’École Ferrer, Véran Guigue collabora à la presse anarchiste espagnole, notamment à Soli, revue dans laquelle il publia quelques nouvelles.
À partir de 1918, il était embauché aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc. Secrétaire du syndicat CGT, il était anarchiste comme la majeure partie de ses camarades. L’entrée de leur local était d’ailleurs surmontée de la devise "Ni Dieu ni Maître". Son fils Armand, qui aura plus tard des responsabilités dans la CGT port-de-boucaine, dira de son père qu’« il avait besoin de bouger », ce qui l’incitait à régulièrement quitter l’entreprise pour y revenir par la suite.
En septembre 1921, Véran Guigue donna 5 F à une collecte « Pour le Peuple Russe », parallèlement à la participation du « groupe intersyndical et d’études sociales » qui avait récolté 152 F parmi les ouvriers des CAP. Les noms des participants furent publiés dans Le Libertaire. Il était alors domicilié au n°33 rue Marceau à Port-de-Bouc. Sa fiche signalétique mentionne qu’en 1924 il était riveur à la Société marseillaise de réparation de bateaux. En 1928, il était le correspondant du groupe de Port-de-Bouc de l’AFA (Association des Fédéralistes anarchistes). En 1931, il exerçait le métier de camionneur.
Le gouvernement de Vichy multiplia les perquisitions chez les militants qui s’étaient faits précédemment connaître des autorités, Véran Guigue fut arrêté le 13 novembre 1940 comme son fils Armand Guigue et Albert Boiteau. Il fut interné au camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne) et libéré le 10 juillet 1942.
D’après René Bianco, après la guerre il fut homologué FFI (Forces françaises de l’Intérieur) en tant que membre du mouvement Front national. Néanmoins, son dossier dans les archives du Service historique de la Défense de Vincennes mentionne que le statut Résistance intérieure française ne lui fut pas accordé.
En 1948, Véran Guigue habitait aux HBM (Habitations à bon marché) n°6 à Port-de-Bouc.
Après sa mort, la ville de Port-de-Bouc lui rendit hommage en donnant son nom au foyer des personnes âgées. Le lieu fut inauguré le 1er mai 1973, suite au traditionnel défilé.
Ses enfants – Marthe, Armand, César et Marie Guigue – militèrent tous et toutes au PCF.
Armand Guigue fut secrétaire de l’Union locale CGT de Port-de-Bouc et résistant au sein des FTPF et du Front national. Il siégea pendant vingt ans au conseil municipal.
César Guigue fut homologué Résistance intérieure française au titre de son appartenance au mouvement Front national.
Marie Guigue fut secrétaire de l’UFF à Port-de-Bouc dans les années 1950.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/10812 ; État signalétique et militaire, Classe 1901, matricule 452, 1 R 1196. — SHD, Vincennes GR 16 P 277243. — « Pour le Peuple Russe », Le Libertaire, 16 septembre 1921. — Le Trait d’Union libertaire, 15 mars 1928. — Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La reconstruction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (pp. 141 et 144). — Roland Joly, Antoine ou La passion d'une vie : Une histoire de Port-de-Bouc, ville mosaïque, auto-édition, 2005 (p. 173). — Joseph Brando, « Notes d'histoire vécue à Port-de-Bouc durant l'occupation allemande de 1940 à 1945 » (non publié, sans date). — Propos recueillis auprès de Fernande Ruiz.
1ere version de René Bianco dans Le Maitron : 22 novembre 2020.
2e version complétée par moi dans Le Maitron : 14 juillet 2021.
3e version : 21 juin 2025.
4e version : 30 décembre 2025.






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