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GIANNETTI Lénine, Jacob, devenu GIANNETTI Denis, Jacob

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 17 févr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 févr.

Né le 21 juin 1920 à Martigues (Bouches-du-Rhône), mort le 12 mars 2010 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) ; membre des Faucons rouges ; appréhendé en 1940 pour avoir chanté L’Internationale sur son chantier ; aurait été plus tard membre du Parti populaire français (PPF).


Lénine Giannetti était le fils d’Armand Giannetti, né à Bientina (Toscane, Italie), et de Rachel Zambelli, née à Valtesse (Lombardie, Italie). À sa naissance, son père vivait à Martigues depuis vingt-cinq ans et travaillait depuis de nombreuses années comme cultivateur dans le domaine de la famille Feller (ancien juge de paix). Armand Giannetti fut secrétaire de la cellule communiste de Martigues, secrétaire du Groupement autonome des mutilés et invalides du travail de Martigues et président de la section martégale des Amis de l’URSS. Il rejoindra plus tard le Parti populaire français (PPF) et la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF).


À l’initiative de son père, Lénine Giannetti fut naturalisé français par déclaration devant le Juge de Paix le 28 mars 1927 (enregistré le 2 mai auprès du ministère de la Justice). Sa famille était domiciliée à Martigues Villa Monplaisir. Il perdit sa mère alors qu’il n’avait pas dix ans. Son père se remaria en 1930 avec Blanche Bidot.


Le 19 janvier 1941, Maurice de Rodellec du Porzic, directeur des services de police de Marseille, écrivit au nom du préfet des Bouches-du-Rhône à Marcel Peyrouton, ministre de l’Intérieur, à propos de l’éventualité de dénaturaliser Armand Giannetti. Il recommandait d’étendre la procédure à Blanche Giannetti ainsi qu’à Lénine Giannetti, tous liés selon lui aux idées communistes. Il informait que Lénine avait été membre des « Faucons rouges, groupement de jeunesse communiste ». À vrai dire, les Faucons rouges, créés en 1933, étaient plus proches de la SFIO que du PCF. De sa naissance jusqu’à la guerre, la structure avait mis en place chaque été des républiques d’enfants qui accueillaient des centaines de participants âgés de six à dix-huit ans. Celles-ci fonctionnaient sur des bases anti-hiérarchiques, autogestionnaires et en mixité, avec pour objectif de développer l’esprit de camaraderie, de responsabilité et de démocratie parmi les jeunes. Au printemps 1935, les Faucons rouges avaient rejoint le « Rassemblement populaire », qui regroupait une centaine d’organisations politiques, syndicales et associatives de gauche autour d’un programme commun en vue des législatives de 1936. Le même courrier de Rodellec du Porzic mentionnait qu’un jugement du tribunal civil d’Aix-en-Provence du 3 janvier 1940 avait changé le premier prénom de Lénine Giannetti en Denis. Ce dernier avait de plus fait l’objet d’un procès-verbal du commissaire de police de Martigues « pour avoir chanté L’Internationale sur le chantier où il travaillait ». Le dossier avait été transmis au parquet d’Aix le 22 novembre 1940.


Le 14 octobre 1941, une séance de sous-commission de naturalisation se prononça pour le retrait de la nationalité française aux trois Giannetti, qualifiés de « famille de communistes ». Leur dénaturalisation fut actée par un décret de l’État français le 20 mars 1942 (annonce au JO le 26 mars). Le 30 juin 1942, Blanche Giannetti fit une demande de recours gracieux auprès de Joseph Barthélémy, Garde des Sceaux. Voulant donner des gages de respectabilité pour elle et ses proches, elle les disait « d’origine purement Française » et « de religion Catholique Romaine », ajoutant : « nous sommes tous adhérents au Parti Populaire Français », parti collaborationniste d'inspiration fasciste. Elle informait que Denis avait servi au Chantier de jeunesse n°37 à Gap (Hautes-Alpes) du 15 mars 1941 au 11 octobre 1941, où il avait été très estimé par ses chefs, qui lui avaient fourni à son départ « un diplôme d’honneur de bonne conduite ».


Le 25 juillet 1942, la Commission de révision des naturalisations se repencha sur le dossier et confirma sa décision initiale. Le 16 novembre de la même année, la demande de recours gracieux était rejetée. Comme les versions du directeur de la police de Marseille et de Blanche Giannetti divergent radicalement, on pourrait douter de la réalité de l’adhésion de Denis Giannetti au PPF, ou, en supposant que cet engagement fût vraiment effectif, de sa sincérité. Car, à la différence de son père et de sa belle-mère, il avait d’après la police affiché des idées internationalistes après la déclaration de guerre. Il est probable que Blanche et son père – qui écrira en avril 1943 au Garde des Sceaux Maurice Gabolde depuis l’Allemagne – mentirent pour se protéger.


Le dossier d’Armand Giannetti et sa famille fera encore l’objet de discussions entre ministères de novembre 1943 à novembre 1946, sur fond de changement de régime et de modification régulière des ministres en fonctions (voir Armand Giannetti).  


On ignore si Denis Giannetti eut d’autres engagements par la suite.


Sources : Dossiers GIANNETTI Armand et GIANNETTI Lénine, Archives nationales en ligne, BB/27/1422-BB/27/1445 (dénaturalisés de Vichy). — Site Match ID, Acte n°394, Source INSEE : fichier 2010, ligne n°125807.

À propos des Faucons rouges et du Rassemblement populaire : Site de l’Assemblée nationale, « 1935 - 1936 : Adoption et publication du programme du rassemblement populaire – Victoire du front populaire ». — Nina Almberg, « Les colonies de vacances ont bien changé », Slate, 1er août 2015.


Version au 20 février 2025.


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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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