GAUTIER Étienne, Guillaume
- Renaud Poulain-Argiolas
- 26 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 juin
[Cette biographie s'inspire de textes originellement écrits par Antoine Olivesi et Louis Botella. Je les ai rassemblés et complétés, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 10 mai 1881 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 21 novembre 1944 à Buchenwald (Allemagne) ; ouvrier agricole, journalier, herboriste ; syndicaliste agricole et syndicaliste CGT ; militant anarchiste puis communiste d’Arles ; conseiller municipal d’Arles (1936-1940) ; déporté à Buchenwald.

Étienne Gautier, dont le nom est parfois orthographié Gauthier, était fils de Guillaume Gautier, cultivateur, et de Joséphine Guiramand, sans profession. Il vit le jour dans un mas dans le plan du bourg, quartier de Saint-Simon à Arles, où vivaient ses parents. Ses parents, qui avaient déménagé plusieurs fois entre les naissances de leurs enfants, avaient eu deux autres fils : Joseph en 1884 et Vincent en 1892.
Domicilié dans l’impasse du Refuge à Arles en 1907, il fréquentait le groupe anarchiste local avec ses frères. Selon un rapport de police daté de 1912, il fut ouvrier agricole, journalier et aussi herboriste. Étienne était abonné à L’Anarchie.
En 1913, le groupe d’Arles était adhérent à la Fédération communiste anarchiste (FCA). En plus des frères Gautier, les frères Marius et Charles Trévant, Paul Gilles, Paul Pradelle et Cheylan y étaient eux aussi actifs.
Redevenu ouvrier agricole, Étienne Gautier fut, le 10 avril 1927, élu membre de la commission de contrôle financier du syndicat agricole. Successivement trésorier ou secrétaire syndical, il resta permanent jusqu’en 1939. En avril 1939, il était trésorier adjoint de l’Union locale CGT d’Arles.
Étienne Gautier militait également au Parti communiste à Arles. Il fut le candidat de ce parti lors des élections de 1931 au conseil d’arrondissement (327 voix). En 1932-1934, il était trésorier adjoint du rayon communiste d’Arles. Il fut de nouveau présenté en 1934 dans le canton d’Arles-Ouest où il recueillit 407 suffrages. Il figura, en mai 1935, sur la liste du PC aux municipales. De nouveau candidat en 1936 après la démission du socialiste Sixte-Quenin, Gautier fut élu conseiller municipal. Il conserva cette fonction jusqu’au 25 janvier 1940, date à laquelle il fut déchu de son mandat par décret.
![Fiche d'enregistrement à Buchenwald [Archives Arolsen]](https://static.wixstatic.com/media/080998_98f668345aa8462eba3a12cd3056303c~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_702,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_98f668345aa8462eba3a12cd3056303c~mv2.jpg)
Domicilié au 16 rue Frédéric Mistral à Arles, il était travailleur agricole, marié avec Marthe Naximin et père d’un enfant. Le 30 juillet 1944, il fut déporté depuis la gare Raynald de Toulouse, à bord du convoi I. 252 à destination de Buchenwald. Le train transportait 1088 hommes et 103 femmes sous l’autorité de la BDS Paris (direction centrale des polices allemandes en France). Il arriva au camp le 5 août et y fut enregistré le lendemain. Dans la fiche signalétique remplie par l’administration nazie, on le décrit comme mesurant 1,59 m. De stature maigre, il avait le visage ovale, les yeux gris et les cheveux gros, le nez arqué, les oreilles décollées et une dent manquante. On précise aussi qu’il avait une hernie inguinale du côté gauche.
On lui attribua le matricule 69996 et lista les possessions qu’il avait avec lui. Un premier long inventaire, dressé sur une feuille à part mentionne deux bagages, une situation assez atypique à Buchenwald. Dans une valise, il transportait 1 paire de pantoufles, 4 paires de chaussettes, 1 veston en cuir, 1 veston, 2 pantalons, 1 gilet, 1 slip, 2 pullovers, 3 mouchoirs, des gants, 1 serviette, 1 sac de couchage, 1 couverture en laine, des lunettes anti-poussière, des lunettes, un blaireau à barbe, une clé, une carte d’identité, des attestations et des photos d’identité. Dans un baluchon, il avait emporté des chaussures à lacets marron, 1 manteau d’hiver, 1 chapeau, 1 veston, 1 pantalon, 1 gilet, 1 bleu de travail, 1 chemise, 1 slip, 1 écharpe, 1 ceinture herniaire.
Plus tard on ajouta qu’il possédait aussi une montre à gousset blanche. Dans un second inventaire, sans doute effectué ultérieurement, les Allemands ne citaient plus que : 1 veston, deux pantalons, 2 gilets, 4 chemises, 1 slip, 1 paire de gants, 1 ceinture herniaire, 1 couverture et des babioles (Kleinigkeite).
Étienne Gautier mourut au Block 61 de Buchenwald le 21 novembre 1944, officiellement d’une septicémie. La Fondation pour la Mémoire de la Déportation a retenu elle le 22 novembre. Son acte de décès ayant été envoyé le 16 décembre à la BDS Paris, on date souvent à tort sa disparition au 15 décembre 1944.
Une plaque lui rend hommage, apposée au socle d'un buste de Marianne dans la salle des Pas Perdus de l’Hôtel de Ville d'Arles, ainsi qu’au résistant Joseph Imbert, mort à Mauthausen.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil d'Arles, Naissances 1881, Acte n°223, 203 E 1300 ; III M/54 ; VM2/283 et 285 ; M 5/265 ; M 6/10810 (rapport de police et notice individuelle, des 23 avril et 29 novembre 1912) ; M 6/11379 (rapport du 26 août 1932 et rapport préfectoral (non daté) ; 10 M 182. — Arch. Nat. F7/13053. — Archives Arolsen. — Notice GAUTHIER Étienne dans le Dictionnaire international des militant·e·s anarchistes. — Rouge-Midi, 1er septembre et 2 décembre 1934. — René Bianco, Le Mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône de 1880 à 1914, CIRA, Marseille, 1978, t. II, p. 30. — Livre-Mémorial, Fondation pour la mémoire de la déportation. — Musée de la Résistance en ligne.
1ere version dans Le Maitron par Antoine Olivesi : 19 mars 2009.
2e version dans Le Maitron par Louis Botella : 6 juillet 2014.
3e version complétée par moi : 27 juin 2026.




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