DI DOMENICO Jean, Honoré, Antoine, Jules
- Renaud Poulain-Argiolas
- 28 nov. 2023
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 mars
Né le 27 juillet 1920 à Sospel (Alpes-Maritimes), mort le 21 juin 1998 à La Seyne-sur-Mer (Var) ; électricien ; militant communiste ou sympathisant ; résistant du Front national de libération ; déporté.
![Jean Di Domenico [photo extraite de l’ouvrage de Jacky Rabatel - p. 223]](https://static.wixstatic.com/media/080998_0a3fd92f62b54d6ab96d4bdfd2f751e8~mv2.jpg/v1/fill/w_397,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_0a3fd92f62b54d6ab96d4bdfd2f751e8~mv2.jpg)
Le père de Jean Di Domenico, Julien Di Domenico, né à Civitella del Tronto (province de Teramo), dans les Abruzzes (Italie), était tailleur de pierres. Sa mère, Marie Dominique Raibaut, née à Sospel, était cultivatrice. Lors de leur mariage en juillet 1918 à Sospel, seule la mariée et les témoins signèrent le registre d’état civil, le marié et les parents de l’épouse déclarant qu’ils ne savaient pas signer. À la naissance de Jean, le couple était domicilié dans la commune d’origine du père et résidait à Sospel. Le garçon avait trois frères et sœurs plus jeunes que lui, Marius, Jeannine et Antoine.
Il travailla probablement à la raffinerie de Lavéra, à Martigues (Bouches-du-Rhône), avant la Seconde guerre mondiale, car il figure sur une photo d’ouvriers de l’entreprise, réunis autour de Paul-Baptistin Lombard en 1938, l’année où ce dernier fut licencié par la direction.
Électricien, il fut réfractaire au STO (Service du travail obligatoire) sous l’Occupation. Il se procura de faux papiers par un membre des Francs-Tireurs et Partisans français, Sauveur Mudadu, qui, en liaison avec Lombard, les obtenait grâce à l’inspecteur de police Vincent Sorrentino, membre des MUR (Mouvements Unis de la Résistance). Par la suite, Di Domenico fournit à son tour des faux papiers aux réfractaires pour le compte du PCF. André B., un jeune Français qui voulait se soustraire au STO, obtint des papiers par son intermédiaire. Les choses se gâtèrent lorsqu’André demanda en également pour Hanek, un déserteur allemand qui vivait une histoire d’amour avec sa sœur Blandine. L’inconséquence de Blandine fit capturer Hanek par l’armée allemande, puis vint le tour d’André.

Selon Jacky Rabatel, Jean Di Domenico fut arrêté le 27 septembre 1943. Hanek fut fusillé, les parents d’André et Blandine condamnés à six ans de prison, leurs enfants à cinq et tous déportés en Allemagne. Di Domenico fut retenu huit jours au siège de la Gestapo à Marseille, frappé à coups de nerf de bœuf. Il fit partie du convoi I.171, parti de Compiègne le 17 janvier 1944 à destination de Buchenwald. On peut en déduire qu’il avait été interné au camp de Compiègne-Royallieu. L’administration nazie enregistra son arrivée à Buchenwald le 19 janvier 1944. Sur sa fiche figure "BDS Paris" (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienstes), signifiant que c’est le Commandant de la Police de sécurité de l’État et du service de sécurité de la SS de Paris qui avait ordonné cette déportation. Il porta le matricule KL 41129. Entre autres informations, les Allemands mentionnèrent le nom de son père, son métier d’électricien et son adresse à Martigues : 17 rue des cordonniers. Les documents d’entrée au camp n’ayant pas été complètement remplis, on peut supposer que son enregistrement fut bâclé, peut-être en raison d’une affectation rapide au camp de Dora (dont le nom barre sa fiche en lettres manuscrites). Un inventaire sommaire de ses possessions liste un bonnet, un veston, un pantalon de ville, une chemise, un slip, un maillot de corps et une paire de chaussures à lacets. Un autre document administratif précise qu’il était officiellement emprisonné depuis le 26 septembre 1943. D’autres inventaires répertorient le contenu de sa valise : un pull-over, une chemise, un slip, une paire de chaussettes, nécessaire de rasage, des papiers, 3 mouchoirs, 4 sacs, 2 plats, un stylo plume, des babioles, ainsi qu’une bague en argent.

Le 10 février 1944, il était transféré à Dora. Les SS avaient décidé d’y implanter une usine dans un tunnel. Sur le chantier du Tunnel, il retrouva une connaissance de Martigues : Jean Parédes, déporté pour avoir fait grève. Les déportés travaillaient là en deux équipes de douze heures, logés dans des galeries du Tunnel dans des conditions effroyables. Ils sortaient rarement à l’air libre et la mortalité était extrêmement élevée. De nouvelles dates tamponnées figurent sur ses documents administratifs, notamment celles des 28 et 29 octobre 1944 assorties de KL Mittelbau, correspondant à l’accession de Dora au statut de camp de concentration à part entière. La dernière date tamponnée est celle du 5 décembre 1944. Comme Rabatel informe que Di Domenico fut finalement déporté à Ravensbrück, cette date pourrait être celle de ce dernier convoi. Jean Di Domenico revint de déportation en 1945.
On ignore s’il eut des engagements militants après la guerre. Le 2 octobre 1946, il se maria à Martigues avec Augusta Marie Grillet, native du Vaucluse. Ils finirent leur vie à La Seyne-sur-Mer (Var).
Jean Domenico fut homologué Déporté et interné de la Résistance (DIR) et Résistance intérieure française (RIF) au titre du mouvement résistant Front national. Les archives du Service historique de la Défense de Vincennes possèdent un dossier sur lui à Vincennes et un autre à Caen.
Sources : Arch. Dép. Alpes-Maritimes, État civil de Sospel, Mariages 1918, Acte n°15 (Di Domenico Julien et Raibaut Marie Dominique), 2 E 905 ; Naissances 1920, Acte n°45, 2 E 903. — SHD Vincennes, GR 16 P 184845 (nc) ; SHD Caen, AC 21 P 626309 (nc). — Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation : Martigues,1939-1945, Centre de Développement Artistique et Culturel, 1986 (pp. 189, 220, 226). — Archives Arolsen. — Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Site Match ID, Acte n°00454, Source INSEE : fichier 1998, ligne n°317187.
1ere version pour Le Maitron : 6 février 2021.
2e version : 6 mars 2025.
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