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BIDOT Blanche, Marguerite, épouse GIANNETTI

Renaud Poulain-Argiolas

Dernière mise à jour : 16 mars

Née le 14 septembre 1909 à Passavant-la-Rochère (Haute-Saône), morte le 13 février 1976 à Aubagne (Bouches-du-Rhône) ; d'après la police : militante communiste de Martigues (Bouches-du-Rhône), secrétaire du Comité des femmes contre la guerre et le fascisme ; plus tard membre du Parti populaire français (PPF).


Blanche Giannetti était la fille de Paul Bidot, qui fut manouvrier et carrier, et d’Augusta Georgeot, couturière, tous deux natifs de Jonvelle, en Haute-Saône. Elle eut un fils hors mariage, René Balli, né en 1921 à Paris d’un père d’orgine grecque, Emmanuel Balli. Le 21 mai 1930, elle se maria à Martigues (Bouches-du-Rhône) avec Armand Giannetti, un agriculteur italien naturalisé français. Ce dernier était veuf, connu de la police pour ses opinions communistes, et avait lui aussi un fils issu d’une première union nommé Lénine Giannetti.


Le gouvernement de Vichy promulga le 22 juillet 1940 une loi de révision des naturalisations obtenues depuis 1927. Celle-ci ciblait tout particulièrement les juifs et les communistes. Dans ce cadre, une enquête de police eut lieu sur Armand Giannetti. Le 19 janvier 1941, Maurice de Rodellec du Porzic, directeur des services de police de Marseille, envoya au nom du préfet des Bouches-du-Rhône un rapport détaillé sur la famille Giannetti au ministre de l’Intérieur Marcel Peyrouton. Il y affirmait entre autres choses que Blanche Giannetti était une « militante communiste notoire », qu’elle avait été secrétaire du Comité mondial contre la guerre et le fascisme et prenait part « très activement à la propagande de son mari. » Le dossier fut traité par la Commission de révision des naturalisations le 14 octobre 1941, qui opta pour dénaturaliser Armand, son fils et sa femme. Le retrait fut acté par décret le 20 mars 1942 (annonce au JO le 26 mars). René Balli, qui vivait avec sa mère, fut apparemment épargné par cette procédure. Armand Giannetti était à ce moment-là interné au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) pour activités communistes. Il ne prendra connaissance que plus tard de cette sanction.


Le 30 juin 1942, Blanche Giannetti écrivit à Joseph Barthélémy, Garde des Sceaux, pour protester contre le décret. Tentant de donner des gages de respectabilité au gouvernement du maréchal Pétain, elle se disait « d’origine purement Française, et comme mon époux et son fils, de religion Catholique Romaine. » Elle évoquait son propre fils, René Balli, qui vivait sous son toit, souffrait de tuberculose pulmonaire et avait été réformé le 20 juillet 1941 par le Chantier de Jeunesse n°16 à Le Muy (Var). Elle soutenait qu’il ne pouvait s’agir que d’une méprise car, d’après elle, son mari n’était plus membre du Parti communiste depuis des années, qu’il y avait adhéré dans sa jeunesse par naïveté et qu’il avait « rallié depuis longtemps, tout comme moi, et son Fils Giannetti Denis, les nobles idées de la Patrie. » Tous les trois avaient rejoint le Parti populaire français de Jacques Doriot, organisation collaborationniste d’obédience fasciste. Elle précisait qu’Armand avait été chargé par Simon Sabiani, responsable du PPF de Marseille, de mener la propagande de son nouveau parti à l’intérieur du camp où il était détenu. Généreuse en détails, elle avançait que son mari avait « contracté un engagement dans la glorieuse Légion des Volontaires contre le Bolchevisme, pour justifier, son sincère repentir, et son reniement du Parti Communiste, ainsi que sa ferme volonté de combattre ceux qui ont tant fait de mal à la France ». Faisant allégeance à Pétain et à Pierre Laval, « pour le triomphe de la Révolution Nationale française et du nouvel ordre Européen », elle mentionnait que c’était à l’initiative de son mari que l’état civil de Lénine Giannetti avait été modifié en janvier 1940 par le tribunal civil d’Aix-en-Provence. Elle concluait en se présentant comme une femme soucieuse du bonheur de son foyer. Cependant la Commission de révision des naturalisations confirma le 25 juillet 1942 sa décision initiale.


Le 27 avril 1943, c’est Armand Giannetti qui adressa un courrier au Garde des Sceaux Maurice Gabolde depuis Brandenburg (à 70 km de Berlin) pour demander leur réintégration dans la communauté nationale. Il informait avoir signé le 3 novembre 1942 son engagement volontaire pour la Rélève, afin d’aller travailler pour l’industrie allemande. Sa femme en avait fait autant. René Balli était également parti dans le cadre de la Relève, mais lui à Nuremberg (Bavière) dans le sud de l’Allemagne. Blanche Giannetti avait commencé à travailler le 3 décembre 1942 aux usines Brennabor et son mari aux usines Opel, les deux étant situées dans la même ville. Ils étaient alors sans nouvelles de Balli. Malgré les interventions de Simon Sabiani auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône et du ministère de l’Intérieur, puis de Georges Scapini, ambassadeur de France à Berlin, qui contacta à plusieurs reprises le Garde des Sceaux pour demander une amnistie, l’État français s’en tint au rejet de la demande de recours gracieux décrétée le 16 novembre 1942.


Entre la fin du régime de Vichy et le passage au Gouvernement provisoire de la République française, l’affaire fut encore discutée par les ministères, sur fond de changement permanent des responsables politiques. Le dossier de dénaturalisation conservé aux Archives nationales contient une dernière apparition de la Commission de révision de naturalisations de Vich : elle traita le dossier une fois de plus le 27 novembre 1943 et opta pour s’en remettre à l’avis du ministre de l’Intérieur Pierre Laval. Mais la procédure semble avoir été suspendue jusqu’en 1945. Officiellement, le Comité de Libération nationale du 24 mai 1944 annulait tous les décrets pris par le régime de Vichy. Néanmoins le 24 mars 1945, François de Menthon, Garde des Sceaux, demandait à Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur, une enquête sur la conduite et la moralité de Giannetti sa famille durant l’Occupation, pour prononcer une éventuelle déchéance. C’est le ministre de l’Intérieur André Le Troquer qui mit un point final à cette affaire riche en rebondissements. Il écrivit à Robert Prigent, ministre de la Santé publique et de la Population, le 16 mai 1946, pour lui faire savoir qu’étant donné qu’Armand Giannetti avait été naturalisé plus de dix ans avant d’être condamné, la procédure de déchéance pouvait pas s’appliquer. On peut en déduire que les Giannetti retrouvèrent alors la nationalité française.


Par la suite, on perd la trace de Blanche Giannetti.


Sources : Arch. Dép. Haute-Saône, État civil de Jonvelle, Mariages 1890, Acte n°2 (mariage de Paul Bidot et Augusta Georgeot) ; État civil de Passavant-la-Rochère, Naissances 1900, Acte n°23. — Dossiers GIANNETTI Armand et GIANNETTI Lénine, Archives nationales en ligne, BB/27/1422-BB/27/1445 (dénaturalisés de Vichy). — Site Match ID, Acte n°83, Source INSEE : fichier 1976, ligne n°300307.


Version au 19 février 2025.


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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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