VIALE Édouard, Jean-Baptiste [né VIALE Edoardo, Giovanni, Battista]
Dernière mise à jour : 1 sept.
[Cette biographie s'inspire d'un texte publié à l’origine anonymement dans Le Maitron Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 16 novembre 1915 à Turin (Italie), mort le 12 mai 2008 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; traceur, puis soudeur ; militant communiste de Port-de-Bouc, membre du PCE pendant la guerre d’Espagne ; syndicaliste CGT ; membre du Secours rouge international puis du Secours populaire français ; volontaire en Espagne républicaine ; interné.
![Édouard Viale en 1938 pendant la guerre d'Espagne [Arch. RGASPI]](https://static.wixstatic.com/media/080998_b129e302561d43f7ae6b23394b9aabc4~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_1207,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_b129e302561d43f7ae6b23394b9aabc4~mv2.jpg)
Édouard (Edoardo) Viale était le fils de Jean-Baptiste (Giovanni Battista) Viale, originaire de Roccasparvera (Piémont, Italie), qui fut ouvrier frappeur et mécanicien, et de Madeleine (Maddalena) Agnese, née de parents italiens à La Seyne-sur-Mer (Var), sans profession. Mariés à Port-de-Bouc en 1906, les parents Viale, changèrent d’adresse à plusieurs reprises durant les quinze années qui suivirent. Ils furent d’abord installés à La Seyne, où ils eurent deux enfants, Esprit (en 1907) et Honorine (en 1910). Édouard vit le jour quand ils vivaient à Turin, via Saluzzo 98. Il semble que la famille quittât l’Italie pendant la montée du fascisme. En 1922, ils vivaient à Port-de-Bouc à la naissance de leur fille Georgette.
Naturalisé français en 1920, Édouard Viale reçut un enseignement élémentaire et commença à travailler à l’âge de quatorze ans. Sa conscience politique se développa par ses lectures et par ses conversations avec son père et son frère aîné, qui avaient connu la répression en Italie. Il travailla comme soudeur aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP), milita au syndicat des métaux CGT à partir de 1930 et participa aux grèves de 1936. Devenu membre des Jeunesses communistes cette année-là il fut trésorier de cellule et collecteur de section à la CGT. C’est aussi en 1936 qu’il intégra le Secours rouge international (dont la section française devint le Secours populaire français). L’année suivante, il rejoignit l’union sportive ouvrière de Port-de-Bouc. Il était célibataire et vivait avec ses parents au 42 rue Marceau dans le quartier de La Lèque.
Viale quitta la France le 8 août 1937 comme volontaire en Espagne républicaine. Le voyage fut organisé dans l’illégalité par le PCF. Arrivé le 11 août, le militant servira avec le grade de caporal dans la compagnie de mitrailleuses du 10e bataillon "Vaillant-Couturier" de la XIVe Brigade internationale "La Marseillaise". Dans le dossier qu’il remplira en novembre 1938 pour le commissariat de guerre des brigades, il donnait un certain nombre d’informations personnelles. Il déclarait notamment être soudeur électrique, gagner 6,50 F de l’heure, être adhérent du Secours rouge international, de l’organisation "Paix-Liberté" et parler – en plus du français – espagnol et italien. Membre du bataillon de renfort du 10e bataillon, il avait été actif pendant deux mois dans la compagnie de mitrailleuses du 14e bataillon "Pierre Brachet" de la même brigade, puis dans celle du 2e bataillon. Il participa aux combats de Madrid et de l’Escorial [il pourrait s'agir de la fête donnée lors de la formation de la brigade en septembre 1937]. Il lutta contre l’offensive franquiste d’Aragon en mars 1938 – à Caspe, puis à Alcañiz, dont le bombardement par l’aviation italienne fit des centaines de victimes. Il prit part à la bataille de l’Ebre – à la tentative de franchissement du fleuve entre la mer et Tortosa (fin juillet-début août), aux affrontements de Tivenys, de Campredo, de Sierra de Cavalls (en septembre) ainsi qu’aux combats de Corbera. Concernant son engagement en Espagne, il dira qu’il avait "appris à connaître l’importance de la discipline et de l’unité".
Édouard Viale adhéra au Parti communiste espagnol. Il s’y impliqua d’octobre 1937 à juillet 1938. Dans l’autobiographie qu’il rédigea en juin 1938 pour la commission des cadres du PCE, il nommait les responsables des organisations auxquelles il appartenait : Clément Mille, secrétaire de rayon du parti ; Lucien Giorgetti, responsable du syndicat ; Auguste Renaud (il s’agit en réalité de Charles Renaud), responsable du syndicat de la métallurgie ; Guigue (probablement Véran Guigue), secrétaire du Secours rouge international. Il détaillait ses lectures – Frente rojo, l’Humanité, Correspondance internationale, Regards et l’Avant-garde –, citait des camarades ou responsables à même de confirmer ses déclarations : Pascual Nicomédès, le commissaire politique de sa compagnie, et, en France, Mille et Renaud. Il évoquait un ouvrage de doctrine communiste qu’il avait lu : El proceso de los Trosquistas a Moscou [en français Le procès du centre antisoviétique trotskiste, par Le commissariat du peuple de la justice de l’URSS. Moscou, 1937], livre qui défendait les procès de Moscou pendant les Grandes Purges de Staline. Le PCE émit des observations enthousiastes à propos de Viale : "Dévoué, courageux, intelligent, discipliné". Son attitude politique fut appréciée pour ses connaissances, sa volonté et son énergie. On lui trouvait toutefois un défaut : "un peu ambitieux". Malgré 20 jours de punition pour avoir abandonné la garde pendant le service et un séjour à l’hôpital dont il rentra le 2 août 1938, sa conduite personnelle "exemplaire" lui avait attiré l’estime autant de ses camarades que de ses chefs politiques et militaires. D’août à octobre 1938, il fut responsable de la cellule de section. Rentré en France le 12 novembre 1938, il participa aux grèves. Son changement de métier ultérieur suggère qu’il aurait pu être victime de la répression patronale qui visa le mouvement du 30 novembre 1938, tentative de la CGT de conserver la semaine de 40 heures. Ou peut-être que le lock-out mené par la direction de l’entreprise suivi de réembauches individuelles – pour éliminer les meneurs syndicaux – le fit passer entre les mailles du filet tout en l’affectant à un autre poste de travail.
Après la dissolution du PCF de septembre 1939, le nom d’Édouard Viale figurait sur une liste de 27 pages dressée par la sous-préfecture d’Istres d’individus domiciliés dans les Bouches-du-Rhône ayant été précédemment membres du parti. On le disait traceur aux CAP. Vingt autres ouvriers de cette liste étaient employés par le chantier naval de Port-de-Bouc. Viale fut licencié par son entreprise en novembre 1939 et mobilisé d’avril à la fin juillet 1940. Considéré par la police spéciale comme un "meneur violent et arrogant", il fut interné au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) à la suite d’un arrêté signé le 20 décembre 1941. Interrogé par le commissaire spécial du camp le 31 juillet 1942, il déclara ne pas pouvoir condamner le parti communiste et la IIIe Internationale car il ne voulait plus faire de politique, mais qu’en revanche, il signerait volontiers l’acte de loyalisme au gouvernement et l’engagement à suivre le Maréchal dans sa politique de redressement national. Le chef du camp n’émit pas moins un avis défavorable, tout en reconnaissant que sa conduite était bonne.
Après la guerre, on perd le fil des engagements d’Édouard Viale.
Sources : Registro degli atti di nascita del comune de Torino, 1915 (Parte 2), N. 3524 (Family Search). — SHD, Vincennes GR 16 P 592118 (nc) ; Caen AC 21 P 688215 (nc). — Arch. RGASPI, Moscou, 545/6. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 5 W 219 (dossier d’internement), 76 W 111, 76 W 157 (communistes – dissolution du parti – clandestinité) et 76 W 188. — Dictionnaire ACER AVER, 14e Brigade internationale. — Site Match ID, Acte n°66 N, Source INSEE : fichier 2008, ligne n°213132. — Notes de Jean-Marie Guillon. — Site Généanet, Arbre généalogique réalisé par Renaud Poulain-Argiolas.
1ere version non signée dans Le Maitron : 30 novembre 2010.
2e version complétée par moi : 2021.
3e version : 31 août 2026.




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