VASQUEZ Juan
Né le 29 mai 1892 à Valladolid (Espagne) ; ajusteur et manœuvre ; animateur du groupe anarchiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) dans la seconde moitié des années 1930, militant de la FAI (Federación Anarquista Ibérica).

D’après le dossier consacré à Juan Vasquez dans le fichier central de la Sûreté nationale, celui-ci fut inscrit le 12 juillet 1937 au carnet B. Les autorités disaient de lui : « Militant anarchiste-propagandiste de la F.A.I. paraît diriger le groupement anarchiste de Port-de-Bouc. Habite à proximité du Pont Métallique de la voie ferrée de Marseille à Miramas par Port-de-Bouc passant sur le Canal d’Arles à Bouc. » On précisait qu’il était espagnol, ajusteur et domicilié dans le quartier de la Baumasse. On le décrivait comme mesurant 1,72 m, ayant des cheveux châtains foncés, un front moyen, des yeux marron, un nez rectiligne, un menton rond, un visage osseux, le teint basané et une forte corpulence.
Le 23 avril 1938, dans le cadre d’un rapport sur les anarchistes étrangers le commissaire divisionnaire Sallet, chef des services de police spéciale, s’adressa au préfet des Bouches-du-Rhône à propos de Vasquez. Il disait le militant marié et père de trois enfants de nationalité espagnole.
Le fonctionnaire de police proposait d’expulser les étrangers anarchistes de Port-de-Bouc pour mettre un coup d’arrêt à la propagande qui se développait localement.
Une notice individuelle sur Vasquez, datée du 25 avril, ajoutait que ses parents s’appelaient Manuel Vasquez et Maria Perez, tous deux décédés. Le signalement fait de lui divergeait du précédent sur plusieurs points puisqu’on lui donnait une taille d’1,65 m, des cheveux bruns, un front haut et ridé, des yeux gris noir, un visage ovale et une maigre corpulence.
Le 29 avril, le préfet des Bouches-du-Rhône répondit à une dépêche que le ministre de l’Intérieur au sujet de l’activité des milieux anarchistes dans le département. Il lui transmettait 40 propositions d’expulsion de militants étrangers repérés par la Police spéciale. Un projet d’arrêté du ministère en date du 31 mai 1938 reprenait 38 de ces noms, dont plusieurs étaient par ailleurs identifiés comme membres du groupe anarchiste de Port-de-Bouc : Vasquez, José Rams, Juan Cano, José Cano et Domenico Giovanetti. Le ministre de l’Intérieur Albert Sarraut signa leur expulsion le 31 mai.
Le 16 juin, Jean Bianconi, commissaire de police de Port-de-Bouc, informa Juan Vasquez qu’il avait huit jours pour quitter le territoire. On releva ses empreintes digitales et lui retira sa carte d’identité. Au vu du décret-loi du 30 octobre 1935, désobéir à l’arrêté était puni de 6 mois à 2 ans de prison.
Un ami de Vasquez, William Rellet, qui était patron d’une entreprise de réparation navale (domiciliée rue Charles Roux à Port-de-Bouc) écrivit au président du Conseil le 19 juin pour l’inciter à la clémence. Rellet était le beau-fils de Juan Bautista Rams. Il mit en avant sa propre situation sociale respectable pour faire annuler l’expulsion de l’anarchiste, insistant sur le fait que son ami était père de trois enfants, habitait la France depuis 1925 et n’avait jamais eu affaire à la police. Dans le même courrier, il prenait le parti de José Rams, autre anarchiste du groupe de Port-de-Bouc visé par le même arrêté d’expulsion.
Le 1er juillet 1938, la CGT demanda au ministre de l’Intérieur d’intervenir sur la situation de camarades espagnols qui avaient reçu un arrêté d’expulsion le 25 juin 1938. Entre-temps un délai de 15 jours avait été accordé aux concernés afin de procéder à un supplément d’enquête. Aucun d’entre eux n’avait fait l’objet de condamnations en France ni de rappel à l’ordre de la part des autorités.
Le 26 septembre, le préfet des Bouches-du-Rhône informait Albert Sarraut que, conformément à la circulaire N°64 du 25 mars 1936 du ministre, il avait accordé à Vasquez une autorisation de sejour de trois mois. Cette autorisation fut renouvelée le 27 avril 1939, le 4 août et le 1er novembre suivant.
À la fin de l’année 1939, son nom apparaît sur une liste dressée par la sous-préfecture d’Istres de 27 pages d’individus habitant les Bouches-du-Rhône et ayant été membres du Parti communiste avant sa dissolution. Les trois dernières pages étaient consacrées aux étrangers. Il s’agit manifestement d’une erreur : la police confondait régulièrement communistes et anarchistes durant cette période. Sur cette liste étaient présents d’autres anarchistes de Port-de-Bouc comme Blas Clemente et José Cano. Vasquez était devenu manœuvre et malgré un arrêté ministériel d’expulsion du 31 mai 1938, une annotation spécifiait qu’il avait finalement été autorisé à résider en France.
On ignore ce qu’il devint par la suite. Put-il rester en France ou fut-il expulsé vers l’Espagne franquiste ?
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, 76 W 157 (communistes - dissolution du parti – clandestinité). — Arch. Nat., fichier central de la Sûreté nationale, 19940482/69 (période 1925 – 1938) ; 19940472/35 (période 1938-1940) : dossier concernant RAMS José.
Version au 18 septembre 2026.



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