TATILON Paul [né TATILON Hugues, Paul]. Pseudonymes dans la clandestinité : HC ; BACHO.
- Renaud Poulain-Argiolas
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[Cette biographie s'inspire d'un texte originellement écrit par Antoine Olivesi. Je l'ai complété, en mettant en gras mes propres apports pour pouvoir les distinguer.]
Né le 16 novembre 1909 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 23 juillet 1983 à Marseille ; employé municipal, boucher ; militant des jeunesses socialistes puis socialiste SFIO ; adjoint au maire de Marseille ; résistant de l’Armée secrète, co-fondateur des NAP (Noyautage des administrations publiques) et du réseau Combat ; à partir de 1947, gaulliste RPF, puis UDR ; président de la FNAR (Fédération nationale des anciens de la Résistance) et de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) des Bouches-du-Rhône, président du comité départemental du mémorial de la Déportation et de la Résistance ; déporté « NN » (Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard).

Fils d’un « scieur à la mécanique » d’origine italienne, Paul Tatilon vit le jour au 22 a rue Vallon Jourdan à Marseille. Il fut secrétaire général adjoint des Jeunesses socialistes (JS) à Marseille où il travaillait comme employé municipal. En avril 1937, il était membre du bureau provisoire du groupe de Saint-Victor (11e section des JS) en tant que secrétaire de propagande, tandis que Sauveur Cercielo assurait le rôle de secrétaire, Paul Marrou celui de secrétaire administratif et un certain Marius celui de trésorier général. Au congrès fédéral d’Aix, le 18 décembre 1938, il « fut le premier à défendre la motion Paul Faure avec toute sa section ». En février 1939, Tatilon fit campagne pour les candidats SFIO, aux élections municipales complémentaires qui eurent lieu dans deux secteurs de Marseille.
Ayant rejoint les positions de Léon Blum en politique extérieure, Paul Tatilon s’engagea dans la Résistance aux côtés de Max Juvénal en 1941. Il était marié (sa femme s’appelait Mireille) et domicilié au 36 rue Chaise à Marseille. Co-fondateur des NAP (Noyautage des administrations publiques) et du réseau Combat, il eut pour pseudonymes « HC » et « Bacho ». Il fut arrêté par la Gestapo à Marseille en mai 1943 chez le Dr Crouzet. Interrogé rue Paradis, il ne parla pas malgré la torture. Il fut condamné à mort, classé « NN » (Nacht und Nebel, Nuit et brouillard) et déporté, d’abord au camp de Neu Bremm, camp de torture de la Gestapo à Sarrebruck, puis à Buchenwald, où il reçut le 5 décembre 1943 le matricule 28990. Il y devint l’ami d’André Marie (qui sera ministre du gouvernement français de 1947 à 1954) et fut affecté au Block 43. Des documents le concernant dans les Archives Arolsen indiquent qu’il était boucher, qu’on le mesura et le pesa le 26 janvier 1944 – il faisait 1,65m pour 59 kg – et qu’en mars 1944 un problème de santé important le limita à des travaux légers pendant une dizaine de jours.
Le 5 juillet 1944, il fut transféré au camp de Natzweiler-Struthof (en Alsace annexée) et ré-immatriculé 19236. Là il prit part au Kommando de Barbe-Haslach, annexe du Struthof. Le 8 juillet, il pesait 57 kg. Il prit part au Kommando de Vaihingen, camp de travail situé entre Karlsruhe et Stuttgart. Au mois de septembre, il était à nouveau déplacé à Dachau, où il rejoignit le Kommando d’Allach, créé quelques mois plus tôt. Celui-ci compta jusqu’à 3850 détenus qui travaillèrent successivement pour une manufacture de porcelaine, l’entreprise BMW et des chantiers de l’organisation Todt. Le site « Mémoire vive de la Résistance » mentionne que Paul Tatilon fut libéré le 29 avril 1945 par l’armée américaine, le jour où il aurait dû être décapité à la hache.
Dès son retour de déportation, il acheta avec des amis déportés le siège actuel de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD), situé au 8 rue Sainte, à Marseille. Après le conflit entre Gaston Defferre et Pierre Ferri-Pisani d’octobre 1945, il quitta la SFIO et adhéra au gaullisme. En octobre 1947, il fut élu conseiller municipal de Marseille sur la liste RPF menée par Michel Carlini, qui battit celle du maire communiste sortant Jean Cristofol. Par la suite, ll fut plusieurs fois candidat à Marseille, notamment contre Gaston Defferre. Lors des législatives des 23 et 30 juin 1968, il était le suppléant de Félicien Grimaldi, candidat UDR pour la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône. Ils obtinrent au premier tour l’avantage sur Defferre, député sortant, avant d’être battus de peu au second. Appartenant aux gaullistes de gauche, Paul Tatilon se rapprocha de ce dernier et devint adjoint au maire.
Il reçut la médaille de la Résistance avec rosette par décret du 24 avril 1946 (publié au JO le 17 mai 1946). Grand Officier de la Légion d’honneur et Croix de guerre avec palmes, il était président de la FNAR (Fédération nationale des anciens de la Résistance) et de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) ainsi que du comité départemental du mémorial de la Déportation et de la Résistance qui fut inauguré en 1983. Attaché au devoir de mémoire, il allait à la rencontre des lycéens marseillais pour témoigner de la Résistance et de la déportation. Il était en 1972 membre du comité fédéral UDR des Bouches-du-Rhône. Il était député européen lorsqu’il mourut le 23 juillet 1983 à Marseille.
Sources : Arch. com. Marseille. — SHD, Vincennes GR 16 P 562867 (nc) ; Caen AC 21 P 626221 (nc). — Le Petit Provençal, 19 nov. 1909, octobre 1936, 11 avril 1937, 19 décembre 1938, 3 février 1939. — Provence socialiste, 1936-1939. — Antoine Olivesi et Marcel Roncayolo, Géographie électorale des Bouches-du-Rhône sous la IVe République, Paris, 1961. — Rens. de M. Francis et J.-P. Chamant. — Entretien avec le militant. — Mémoire des Hommes. — Sciences PO, Fonds CEVIPOF. — Site Mémoire vive de la Résistance. — Site Match ID, Acte n°S3 1/247, Source INSEE : fichier 1983, ligne n°44397.
1ere version dans Le Maitron par Antoine Olivesi : 30 novembre 2010.
2e version par moi : 20 mars 2026.



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