GRAUGNARD Gabriel [GRAUGNARD Justin, Jean, Gabriel]
- Sébastien Avy / Renaud Poulain-Argiolas
- 22 déc. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 déc. 2025
Né le 15 septembre 1883 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 31 juillet 1961 à Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) ; boucher puis employé au chemin de fer ; syndicaliste CGTU puis CGT ; militant communiste de Miramas ; conseiller municipal de Miramas (1934-1935).

Justin Graugnard – qui signait de son prénom Gabriel – vit le jour au domicile de ses parents, sis pont des Flâneurs à Arles. Son père, André Justin Graugnard, né au Paradou (Bouches-du-Rhône), avait été domestique avant d’être employé employé aux ateliers d'Arles. Sa mère, Marie Dubois, née à Saint-Bonnet-la-Rivière (aujourd'hui Saint-Bonnet-Briance, Haute-Vienne), avait été servante. Après la naissance de Gabriel, les Graugnard eurent deux filles : Anna Louise en 1885, Marie Valentine en 1889.
C'est de toute évidence le chemin de fer qui incita la famille à s’établir dans la cité ferroviaire de Miramas. En 1904, le père y était chauffeur de train et sa fille cadette, Anna, y épousait un cheminot. Témoin du mariage de sa sœur, Gabriel était alors garçon boucher. Il fit son service militaire en étant affecté à la campagne d'Algérie, dans le 1er régiment de chasseurs d'Afrique, entre novembre 1904 et juillet 1907. Sa fiche de matricule militaire le décrit comme mesurant 1,66 m, les cheveux châtains, les yeux marron, avec un nez fort, une large bouche et un visage ovale. On le libéra avec un certificat de bonne conduite. Il exerça successivement comme commis chez M. Hameu à Miramas, chez M. Bompard à Arles et chez M. Gauthier à Cavaillon. Le 10 décembre 1908, il épousa Pauline Blanche Forêt à Cavaillon. En 1910, il était domicilié dans la commune, cours Bournissac, chez « Forêt, expéditeur », probablement son beau-père.
Après avoir accompli une période d'exercices de trois semaines dans le 15e escadron du train en août 1910, Graugnard sera classé affecté spécial de la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Méditerranée. Il y entra le 6 septembre 1911 en qualité d’homme d’équipe auxiliaire à Marseille. D’abord stagiaire à 4 F par jour, il logeait au 45 rue Honorat à Marseille. Le mois suivant, il passait stagiaire à 3 F 65 journaliers et résidait à Miramas. Nommé homme d’équipe à 105 F d’appointements en juillet 1913, quand vint la mobilisation de la Première guerre mondiale il fut considéré comme appelé sous les drapeaux et maintenu à son poste du temps de paix au titre des sections du chemin de fer de campagne du 2 août 1914 au 20 mars 1919. En 1917, il était devenu papa d’un petit Louis.
Gabriel Graugnard fut candidat aux élections municipales de mai 1925 sur la liste communiste menée à Miramas par le menuisier Édouard Gavaudan. C'était la première liste autonome montée par le PCF suite à la démission des cinq élus du parti de la municipalité Marius Sauvaire l'année d’avant. Communistes et radicaux-socialistes s'étaient affrontés au sujet des grèves de 1920. Sauvaire menait une liste du Cartel des Gauches. Celles des communistes était composée d’employés, d’ouvriers et d’artisans (treize employés PLM, trois menuisiers, deux poudriers, un tonnelier, un photographe et un retraité). La liste Sauvaire, elle, comptait un certain nombre de représentants des classes moyennes (deux propriétaires, un négociant, un industriel, un entrepreneur de travaux publics, un comptable, un horloger-bijoutier, un boucher, un boulanger, un représentant et six cheminots). Graugnard obtint 141 voix sur 819 suffrages exprimés à Miramas-Gare, 1ere section électorale de la commune. Ce résultat le plaçait en 11e position de sa liste. La liste radicale-socialiste reprit la mairie dès le premier tour du 3 mai.
![Liste des candidats du Bloc Ouvrier et Paysan aux municipales de 1929 à Miramas [publiée dans La Provence ouvrière et paysanne]](https://static.wixstatic.com/media/080998_96edbde2b7eb4ad3a04d6fa4952bcc33~mv2.jpg/v1/fill/w_290,h_550,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_96edbde2b7eb4ad3a04d6fa4952bcc33~mv2.jpg)
De nouveau candidat aux élections des 5 et 12 mai 1929 à Miramas-Gare, Gabriel Graugnard était membre de la liste du Bloc Ouvrier et Paysan (BOP) menée par le menuisier Isidore Blanc. Comme on sait qu'il était syndiqué, on peut en déduire que c'était à la CGTU, puis à la CGT. La liste du BOP comprenait seize cheminots, trois menuisiers et un tonnelier, en lice contre trois autres listes : la radicale-socialiste de Marius Sauvaire, une socialiste et une autre sans étiquette. Graugnard récolta 191 voix sur 819 exprimées au 1er tour et 264 sur 850 au second. La municipalité Sauvaire fut reconduite.
En 1931, Gabriel Graugnard vivait avec sa femme et son fils route des Chirons. Au PLM, il était devenu homme d’équipe piliste avec 846 F 65 d’appointements mensuels.
Suite à des manifestations de mécontentement populaire contre l’établissement d’un nouvel impôt communal en 1934, la municipalité Sauvaire de Miramas-Gare démissionna le 22 juin. De nouvelles élections furent organisées les 15 et 22 juillet. Elles opposèrent trois listes : la liste radicale-socialiste sortante, une liste SFIO conduite par Jean Truchement et la liste du PCF menée par Isidore Blanc et dont faisait partie Graugnard. Ce dernier obtint 384 voix sur 923 exprimées au premier tour et 578 sur 899 au second. La liste communiste fut intégralement élue, faisant de Blanc le premier maire communiste de Miramas. Gabriel Graugnard devint conseiller municipal.
Lors des municipales de mai 1935, qui se soldèrent par une nouvelle victoire électorale du PCF conduite par Isidore Blanc, Graugnard n'était pas présenté. Trois candidats de la liste victorieuse en 1934 – Édouard Gavaudan, Louis Vallet et lui – avaient été remplacés par Auguste Ferrand, Gaston Marchet et Émile Orcière. En définitive, Gabriel Graugnard avait siégé un peu moins d'un an au conseil municipal : du 15 juillet 1934 au 19 mai 1935.
En janvier 1936, il était passé au service de la voie en qualité de cantonnier (piliste). Son revenu était maintenant de 825 F par mois. Fin juin 1936, il bénéficiait du relévement général des salaires et touchait 868 F 35 par mois, qui passèrent à 890 F le premier juillet sous l’effet de l’amnistie de la grève de 1920. Déclaré veuf en juillet 1937, il finit sa carrière aide-ouvrier piliste à 976 F 65 d’appointements à Arles. Il prit sa retraite au mois d’octobre 1938.
Le 23 mai 1940, le sous-préfet d'Aix adressa une lettre adressée au capitaine de gendarmerie de Salon faisant état que « des habitants de Miramas, tout en conservant une attitude publique des plus prudentes, nourriraient encore des sentiments nettement communistes et inviteraient chez eux, à l'heure du quartier libre des prestataires espagnols du dépôt de travailleurs cantonnés dans cette commune. » Il précisait que Charles Chabany, Georges Clavel et Victor Viany (ayant fait l'objet d'un précédent rapport) et Graugnard, tous « retraités ou requis » de la SNCF continuaient « sous le manteau » à faire de la propagande communiste. Ajoutant le nom d'Isidore Blanc, le sous-préfet demandait que soit doublée la surveillance dont faisaient l'objet ces militants.
On perd la trace des engagements de Gabriel Graugnard par la suite.
Il n’a pas de lien de parenté apparent avec Théophile Graugnard, mineur et syndicaliste CGT d’Arles. Les deux hommes pourraient toutefois avoir une origine commune : leurs grand-pères respectifs venant de villages situés à moins de dix kilomètres de distance.
Sources : Arch. Dép. Haute-Vienne, État civil de Saint-Bonnet-Briance, Naissances 1849, Acte n°41, 3 E 137/9 (sur Marie Dubois) ; État civil de Limoges, Mariages, 1881, 3 E 85/292. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil du Paradou, Naissances 1855, Acte n°10, 203 E 1369 (sur André Justin Graugnard) ; État civil d'Arles, Naissances 1883, Acte n°457, 203 E 1302 ; 3M 406 ; 3M 413 ; 3M 423 ; 3M 433 ; 142 W 6 ; État signalétique et militaire, Classe 1903, Matricule 495, 1 R 1214 ; 3M 143 (liste électorale, 1919). — Arch. Dép. Vaucluse, État civil de Cavaillon, Mariages 1908, Acte n°95. — Archives Nationales du Monde du Travail (Roubaix), Personnels du chemin de fer, 1995 63 239, N°69595. — La Provence ouvrière et paysanne (organe hebdomadaire édité par le Parti Communiste), 27 avril 1929 (4e année, n°178). — Le Radical de Marseille, 14 juillet 1934.
1ere version par moi dans Le Maitron : 28 mai 2021.
2e version : 28 décembre 2025.





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