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DI COSTANZO Louis, Antoine, Umberto

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 27 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 12 heures

Né à le 19 juillet 1915 à Rodez (Aveyron), mort le 4 octobre 1996 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) ; cuisinier ; réfractaire au STO ; déporté politique à Buchenwald (Allemagne).


Portrait de Louis Di Costanzo en déportation
Portrait de Louis Di Costanzo en déportation

Les parents de Louis Di Costanzo étaient Eugène Di Costanzo, qui fut cordonnier puis bottier, et Marie Antoinette Limongi, sans profession, qui éleva leurs sept enfants (quatre filles et trois garçons). Tous deux étaient originaires du sud de l’Italie et nés à Maratea, petite ville portuaire de la région de Basilicate. Ils étaient installés à Rodez au début du XXe siècle, où tous leurs enfants virent le jour. Louis était l’avant-dernier d’entre eux. En 1907, le père, connu dans la commune, avait ouvert un atelier, la "Cordonnerie américaine", au 17 rue du Touat, dans laquelle il faisait des travaux sur mesure ou de réparation. La famille était installée à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) au début des années 1930. Eugène apparaît sur le recensement de la population de 1931 en tant que cordonnier étameur.


La fiche de matricule militaire de Louis Di Costanzo mentionne qu’au moment d’être appelé par la conscription, il était était cuisinier et domicilié à l’Hôtel Lafayette, place Lafayette, à Lavelanet (Ariège). Il avait été naturalisé français par décret du 7 mars 1922, parlait italien et espagnol. On le disait père d’un enfant, mais il pourrait s’agir de sa situation familiale pendant la guerre, les autorités militaires n’ayant peut-être rédigé qu’a posteriori sa fiche de matricule. Une autre adresse y apparaît : le 18 rue Concert à Salon, où vivaient ses parents et où il déclara plus tard habiter. Il se maria le 24 septembre 1935 à Salon avec Lucie Gras, une fille de maçon native de la commune. En octobre 1936, il était affecté au 405e régiment d’artillerie aérienne à Toulon. On le réforma pour raison de santé le mois suivant pour le faire passer au service auxiliaire. Il se retira à la rue Concert et reçut un certificat de bonne conduite. À l’approche de la Seconde guerre mondiale, Di Costanzo fut rappelé à l’activité le 27 août 1939 au Centre mobilisateur d’artillerie n°35, affecté le 2 septembre à la 185e batterie 18e groupe (il s’agirait plutôt du 58e groupe), vraisemblablement située à Port-de-Bouc. Il passa le même jour au dépôt 414. Nommé brigadier le 10 juin 1940, il fut renvoyé dans ses foyers et démobilisé le 27 juillet. Il se retira à Toulon (Var) au 12 rue Vincent Gourdonen. En juillet 1942, sa femme accoucha de leur premier enfant, Monique.


Louis Di Constanzo tenait un restaurant à Martigues. Sa correspondance avec son épouse évoque un établissement pour le bail duquel il perdirent un procès et qui sera fermé. Le "restaurant de Venise" à Martigues sera sa dernière adresse en France avant sa déportation en Allemagne. En 1943, il prit la fuite après avoir été informé de son affectation au Service du Travail obligatoire. Dans un dossier relatant sa déportation après la guerre, il donnait des détails : « Ayant été convoqué pour aller travailler en Allemagne, je me suis enfui après avoir eu une adresse pour passer la frontière et me rendre en Algérie pour rejoindre la Résistance. » Il écrira ailleurs avoir été coupé dans son élan par la Felgendarmerie, qui l’arrêta en septembre 1943 près de Luchon (Bagnères-de-Luchon, Haute-Garonne). S’il donne peu de détails sur cet épisode, deux de ses camarades de détention mentionneront dans leurs récits ultérieurs le « col du Pont » comme lieu de son interpellation. Il doit s’agir du col du Portillon qui ouvre le chemin de l’Espagne par le Val d’Aran. Di Costanzo ajoutait que sa tentative de rejoindre les FFL en Afrique du Nord s’était faite « avec (s)on beau-frère qui fut tué après avoir tenté de s’évader. » Du 15 septembre au mois d’octobre 1943, il était emprisonné à Luchon, puis à Toulouse jusqu’en novembre, moment de son transfert au camp d’internement allemand de Compiègne-Royallieu (Oise).


Les déportés Joseph Paul et Alexandre Giorgi déclareront que, d’après ce que Di Constanzo leur avait rapporté, son beau-frère avait été incarcéré avec lui à Toulouse avant d’être abattu par les Allemands. Dans un courrier que Lucie Di Constanzo adressa probablement à son mari à Compiègne – après novembre 1943, parce que la lettre est écrite en allemand pour pouvoir être contrôlée par la direction du camp – elle s’inquiétait d’être sans nouvelles de son frère Roger. Pourtant, d’après le site Mémoire des Hommes, Roger Gras, le dixième et dernier enfant de la fratrie Gras, trouva la mort dans le Doubs en novembre 1944 dans le 5e régiment de tirailleurs marocains (il fut reconnu "Mort pour la France"). Les deux versions ne semblent pas concorder. Le beau-frère réfractaire au STO pourrait être un autre homme.


Sa fiche d'enregistrement à Buchenwald
Sa fiche d'enregistrement à Buchenwald

Le 22 janvier 1944, Louis Di Costanzo monta à bord du convoi I. 172 au départ de Compiègne, organisé par le "BDS Paris" (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienstes), le "Commandant de la Police de sécurité de l’État et du service de sécurité de la SS" de Paris. Le train transportait 2006 hommes à destination du camp de concentration de Buchenwald. Les autorités allemandes enregistrèrent son arrivée le 24 janvier sous le matricule 42296 en tant que détenu politique. Mais elles se trompent à de nombreuses reprises sur l’identité du déporté – l’appelant tantôt "Brosot-Costanzo" tantôt "Brosot" en lui donnant "Costanzo" comme premier prénom, le faisant naître le 19 août 1913 à Alger, lui attribuant selon les fiches un ou deux enfants, nommant son épouse Lucie Brosot ou Lucie Brosot-Costanzo et affirmant tantôt qu’il était cuisinier (3 mentions sur 4 fiches) ou menuisier (1 mention). Son domicile était au n°18 rue Concert à Salon. Malgré toutes ces coquilles, l’administration nazie listait de nombreux détails : il était de corpulence moyenne, mesurait 1,72 m, avait un visage anguleux, les yeux marron, le nez droit, les cheveux châtains et deux dents manquantes. Dans l’inventaire de ses effets personnels on signalait un bonnet, un veston, trois pantalons, trois pull-overs, un maillot de corps, un slip, une paire de chaussures et deux paires de chaussettes. Fin mars 1944, on lui retira cinq pull-overs et trois paires de chaussettes. En haut des fiches d'identification à son propos figure la mention "Meerschaum", un nom de code de l'administration nazie signifiant que le déporté allait servir de main d’œuvre dans les usines d’armement du Reich.


Louis et Lucie Di Costanzo après la guerre [Archives familiales]
Louis et Lucie Di Costanzo après la guerre [Archives familiales]

Le résistant socialiste Hugues-Paul Tatilon témoignera l’avoir connu au Block 58 de Buchenwald en janvier 1944. Le 11 avril 1945, les déportés libéraient le camp. Avant son retour en France, Di Costanzo passa un examen médical. On constata qu’il avait énormément maigri et développé différents problèmes de santé. Il fut rapatrié le 30 avril au 18 rue Concert. Il eut deux autres enfants avec sa femme Lucie : Roger en 1947 et Marie-France en 1950. Son épouse mourut de la tuberculose en août de la même année. Elle avait 41 ans. Il se remaria en août 1953 avec Simone Peyrol, née Larrivet. Celle-ci était veuve et mère de trois enfants nés d’une première union – Christian, Annie et Jacques, nés entre 1938 et 1941 – qui vécurent avec eux.


En juin 1954, Di Costanzo fit une demande d’attribution du titre de Déporté et interné de la Résistance. Il était alors représentant de commerce et vivait dans la Campagne Blanc, route d’Eyguières, à Salon. Cependant le préfet de Haute-Garonne ne trouva pas de trace de sa présence sur les registres d’écrou de la Maison d’arrêt de Toulouse. Les archives de l’armée allemande avaient été détruites à la Libération, ce qui rendait toute vérification impossible. Plusieurs anciens déportés résistants, Hugues-Paul Tatilon, Joseph Paul et Alexandre Giorgi, lui firent des attestations écrites. En décembre 1960, le ministère des Anciens combattants lui refusa le titre de déporté résistant au motif qu’il n’était pas établi que sa déportation ait été motivée par un acte qualifié de résistance à l’ennemi. En revanche on lui accorda le statut de déporté politique.


En 1975, Louis Di Costanzo habitait au 125 avenue Raoul Francou à Salon-de-Provence. À la fin de sa vie, il fut concierge dans le quartier HLM des Canourgues à Salon, puis exerça à nouveau comme cuisinier au restaurant de la discothèque de son beau-fils Jacky Peyrol, "La Diligence", à Lambesc.


Sa fille Monique épousa Michel Favaro, fils d’Arthur Favaro, militant communiste de Miramas et résistant FTP fusillé par les Allemands en juin 1944.


Sources : Arch. Dép. Aveyron, État civil de Rodez, Naissances 1912-1915, Acte n°182 (1915), 4 E 212 66. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, Recensement militaire, Classe 1935, Matricule 2584, 1 R 841. — SHD, Caen AC 21 P 634 894. — Archives Arolsen. — Archives familiales. — Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — La Croix de l'Aveyron, 8 décembre 1907. — Site des Archives Nationales.


1ere version : 27 mars 2026.

2e version : 12 avril 2026.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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