COURT Antoine, Marius, Pierre
- Renaud Poulain-Argiolas
- 3 juil.
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Dernière mise à jour : 4 juil.
Né le 16 avril 1903 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), mort le 6 janvier 1966 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; syndicaliste CGT puis CGTU, secrétaire de l’Union locale unitaire de Port-de-Bouc ; vraisemblablement militant communiste.

Antoine Court vit le jour au 9 rue Notre-Dame des Victoires, où vivaient ses parents. Ceux-ci étaient Pierre Court, chauffeur, né à Cannes (Alpes-Maritimes), et Marguerite Gallo, sans profession, née à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). Il avait un frère, Jean, qui était son cadet de onze ans.
Il se maria à Port-de-Bouc le 31 mars 1923 avec Thérèse Laurent, native de la commune. Il était alors journalier. Le couple eut deux enfants : Antoine en 1921 et Pierre en 1923.
En mai 1923, il débuta son service militaire comme apprenti marin au 5e dépôt des équipages de la flotte basé à Toulon. Sa fiche de matricule le décrit ainsi : une taille d’1,62 m, des cheveux et des yeux chat, un front moyen, un nez retroussé et un visage long. Il savait lire et écrire. À la fin du mois de juin, il fut nommé mécanicien à la 2e classe par obtention du brevet provisoire. Renvoyé dans ses foyers en novembre 1924, il se retira au 11 rue de la Tranchée à Port-de-Bouc et reçut un certificat de bonne conduite.
En mars 1927, Antoine Court était le secrétaire du syndicat CGT des ouvriers des ports et parties similaires de Port-de-Bouc. Sans doute s’était-il rapproché du Parti communiste à cette époque, car en automne, son nom apparaît dans l’Humanité en tant que secrétaire du syndicat CGTU des dockers et secrétaire de l’Union locale unitaire.
Le 6 octobre 1927, il comparaissait devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence avec plusieurs collègues dockers : Noël Ciavaldini, délégué fédéral et secrétaire général du syndicat CGTU de Marseille, Victor Nazzi, délégué régional et trésorier du syndicat marseillais, Regimbaud et l’Italien Fontana. César Matton consacra un article au procès dans l’Humanité. En mai, le syndicat unitaire des dockers de Port-de-Bouc avait dénoncé un entrepreneur – la maison Daher – qui refusait de réembaucher un ouvrier espagnol au motif qu’il avait eu un accident de travail. Le patron avait reçu de l’aide de la « Bourse jaune de Marseille », qui lui avait envoyé « une cinquantaine de voyous » pour s’en prendre aux dockers. Ces derniers avaient donné aux intrus « une correction bien méritée ». Les nervis avaient porté plainte, soutenus par un représentant du gouvernement complaisant qui voyait comme cerveau de l’affaire « le Parti communiste et la main de Moscou ». Court, Regimbaud et l’Italien Fontana étaient défendus par Me Edmond Giraud, Ciavaldini et Nazzi par Me Giovanetti. D’après Matton, Antoine Court fut condamné à 100 F d’amende, Ciavaldini et Nazzi écopèrent d’un mois de prison avec sursis et de 300 F d’amende, Regimbaud et Fontana furent acquittés.
Il est intéressant de comparer la version de l’Humanité avec celle présentée par Le Petit Marseillais, journal conservateur en vogue à l’époque. Selon celui-ci, c’était au contraire les dockers qui avaient attaqué une simple « troupe de manœuvres marseillais venus effectuer le travail abandonné à bord de deux vapeurs et d’un voilier. » Ici le journaliste mettait en avant le témoignage d’Albert Promène, courtier maritime, qui avait fait appeler 30 dockers de Marseille pour décharger les bateaux de la maison Daher, mise à l’index par le syndicat unitaire de Port-de-Bouc. Léopold Avions-Boriont, vieil employé de commerce qui portait une jambe de bois, disait avoir mené les briseurs de grève au quai de déchargement, quand il avait été « attaqué avec ses hommes par une centaine de grévistes, qui les chargèrent à coups de pierre, de matraque et de couteau. » Sur 28 dockers marseillais, 15 auraient été gravement blessés. Un détail surprenant était relevé par l’oeil du journaliste, sans toutefois qu’il s’y attarde. Les récits effrayants faits par les soi-disant victimes, déclarant avoir reçu des coups de couteau ou eu le crâne ouvert, « n’entament nullement la bonne humeur des prévenus, que leurs avocats sont de temps en temps obliés de modérer. » Noël Ciavaldini et Victor Nazzi étaient venus de Marseille pour diriger le mouvement. Ciavaldini (dont le nom est déformé tantôt en "Ciavellini" tantôt en "Ciavallini"), qualifié de « communiste professionnel », affirma que les Marseillais, « qui étaient tous des individus douteux, sortant de prison, se sont battus entre eux. » Le président du tribunal refusa de le croire. Nazzi (dont le patronyme est estropié en "Nazi" ou en "Nasi") défendit la version de son binôme, ajoutant que tous deux avaient été appelés par leurs camarades de Port-de-Bouc pour organiser le syndicat naissant.
Les cinq syndicalistes comparaissant pour entrave à la liberté du travail, le tribunal voulut être plus sévère avec les meneurs qu’avec les autres. Dans Le Petit Marseillais, en plus des coquilles quasi systématiques sur les noms un peu « étrangers » des syndicalistes, les verdicts étaient différents de ceux annoncés par l’Humanité : Ciavaldini, « secrétaire général de la Fédération », et Nazzi, « secrétaire permanent du syndicat des dockers marseillais », étaient condamnés à deux mois de prison avec sursis (contre un mois dans l’Humanité) et 300 F d’amende. Antoine Court, lui, écopait non plus de 100 F mais de 200 F d’amende. Les deux autres étaient là aussi acquittés, quoique le nom de Regimbaud dans l’Humanité devint "Regembo" ou encore "Rogenbo" dans Le Petit Marseillais.
Antoine Court fut jugé une seconde fois le 6 octobre 1927, en lien avec la grève du 9 août pour Sacco et Vanzetti et le boycott d’un bateau américain. César Matton en fit un compte rendu dans l’Humanité. Il mentionnait que la population de Port-de-Bouc avait appliqué le boycott « à l’unanimité moins un libertaire », visant par là Véran Guigue, « secrétaire du comité anarchiste Sacco-Vanzetti ». Comme précédemment, Court était inculpé pour entrave à la liberté du travail. Après deux renvois successifs du procès, il fut condamné en novembre à 2 mois de prison et 500 F d’amende. Son camarade Clément Mille, délégué docker, prenait lui 3 mois de prison et une amende identique. L’avocat général avait qualifié Sacco et Vanzetti de « voyous » et les accusés de « dictateurs communistes ». De son côté, Matton pointait du doigt une « mise en scène théâtrale » qui reposait sur la réception d’un télégramme du commissaire de Port-de-Bouc, arrivé fort à propos pour annoncer le nouveau conflit que venait de lancer le syndicat des dockers unitaire. Antoine Court fit appel. Sa fiche de matricule militaire précise que la cour d’appel d’Aix transforma 18 janvier 1928 la sanction initiale en 2 mois de prison avec sursis et 300 F d’amende.
Quelques années après, il eut affaire à la justice dans un autre cadre. Le 12 septembre 1932, il déroba un coffret de bijoux sur le transatlantique Saturnia qui, voguant vers New York, faisait escale à Cannes, entre l’île Sainte-Marguerite et les rochers de la Fourcade. Le Petit Marseillais publia un papier sur l’affaire. L’embarcation qui transportait les colis à bord avait été recouverte d’une bâche pour protéger les bagages des flots agités. Antoine Court – alors domicilié au 108 rue d’Antibes à Cannes – avait réussi à s’introduire sous la bâche en disant vouloir se protéger de la mer. Il avait vu une malle dont la clef était pendue à la poignée et trouvé à l’intérieur un coffret qu’il pensait contenir des parfums. Une fois chez lui, il avait été surpris d’y découvrir des bijoux, dont la valeur était estimée à 40.000 F. Le tribunal correctionnel de Grasse le condamna le 19 janvier 1932 à 15 jours de prison avec sursis.
En mars 1935, Antoine Court fut versé à l’armée de terre par anticipation et affecté au Centre de mobilisation d’infanterie (CMI) 151 de Marseille. On l’affecta en avril 1936 au CMI 154 (?), probablement établi à Courthezon (Vaucluse), puis en octobre 1936 au CMI 202 à Mutzig (Bas-Rhin), dont le fort fut intégré aux constructions de la ligne Maginot.
Rappelé le 4 septembre 1939 après la déclaration de guerre à l’Allemagne, il retourna à Mutzig. En décembre, en tant que père de deux enfants, on le bascula dans la classe de mobilisation 1939. Il fut fait prisonnier à Soissons (Aisne) le 6 juin 1940 et interné au Stalag XVII B de Krems-Gneixendorf (Autriche) sous le matricule 22821. Libéré et démobilisé le 12 juillet, il rentra à Port-de-Bouc.
Antoine Court divorça en juillet 1946. Les éléments manquent concernant la suite de ses engagements militants. Il mourut à 62 ans.
Son fils "Pierrot" Court, fut délégué CGT des dockers de Port-de-Bouc.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de La Ciotat, Naissances 1903, Acte n°90, 201 E 6315 ; Fiche de matricule militaire, Classe 1923, matricule 3646, 1 R 1549 ; 10 M 185. — Articles de l’Humanité : « Les grévistes de Port-de-Bouc devant le tribunal d’Aix », 8 octobre 1927 ; « La justice bourgeoise frappe sévèrement deux militants de Port-de-Bouc », 8 novembre 1927 (BNF-Gallica). — Articles du Petit Marseillais : « Après les incidents de Port-de-Bouc », 7 octobre 1927 ; « 40.000 F de bijoux avaient été volés sur un bateau », 21 septembre 1931 (Retronews). — Propos recueillis auprès de Raymond Mateu. — Site Généanet, Arbre généalogique de Laurent Court-Violant.
1ere version dans Le Maitron par Louis Botella : 9 mars 2015.
2e version complétée par moi : 3 juillet 2026.
3e version : 4 juillet 2026.




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