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BUONAMINI Achille [né BUONAMINI Pompillio, Alcide, Roméo, dit Achille]

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 22 déc. 2023
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures

Né le 3 juin 1910 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 22 mars 1978 à Port-de-Bouc ; chanfreineur-riveur ; militant communiste de Port-de-Bouc.


L’orthographe du prénom de Pompillio Buonamini varie selon les sources : l’administration l’appelle Pompillo, parfois Pompilio mais sa famille et parfois aussi les autorités le nomment « Achille ». Son jour de naissance fait également l’objet de variations : c’est le 3 juin sur le site Match ID quand sa mère et lui-même donnent le 4 juin. Son acte de naissance précise qu’il est né le 3 juin et que sa naissance a été déclarée à l’état civil le lendemain.


Né au domicile de ses parents dans le quartier de la Lèque, Achille Buonamini était le quatrième enfant d’Oreste Buonamini, riveur aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) de Port-de-Bouc, et de Giovanna dite « Jeanne » née Biondi, sans profession, tous deux originaires de Toscane. En 1911, les Buonamini étaient domiciliés au 21 rue Marceau . Les aînés d’Achille étaient ses sœurs Orsolina (« Ursule ») et Silvaine et son frère Varo. Deux enfants agrandiront bientôt la famille : Luigi en 1913 et Magdeleine en 1917.


Les frères d’Achille furent connus à Port-de-Bouc pour leur engagement politique : Varo en tant que candidat sur la liste du Bloc ouvrier et paysan, présenté par le PCF aux élections municipales de 1935, et Luigi comme militant du Parti communiste à partir de 1936.


Achille Buonamini devint citoyen français le 20 novembre 1930 par sa participation volontaire aux opérations de recrutement militaire. Il se maria le 28 novembre 1936 à Port-de-Bouc avec Josefa Felices, née en Algérie. Selon un rapport du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 juin 1941, il fut de 1936 à 1939 membre actif du Parti communiste pour lequel il fit « une propagande intensive ». Au moment de son appel sous les drapeaux, il fut versé dans le service auxiliaire et maintenu dans cette position par la commission de réforme de Marseille en décembre 1939. Appelé le 17 avril 1940, on l’affecta au dépôt du 215e régiment d’artillerie, 104e Batterie, à Nice. Il rentra le 17 mai à la 5e compagnie du 215e, au parc d’artillerie de Marseille, et fut démobilisé le 25 juillet.


En 1942, il était domicilié au 84 rue Marceau avec sa femme. Ils avaient eu trois enfants : Jean en 1937, Henri en 1938, Alain en 1940. Ils auront trois autres fils par la suite : Robert, José et René. Comme son père, Achille Buonamini travaillait aux CAP. Il y était chanfreineur-riveur. La préfecture des Bouches-du-Rhône, qui le surveillait, demanda au ministère de la Justice du gouvernement de Vichy de lancer contre lui une procédure de dénaturalisation selon les dispositions de la loi du 22 juillet 1940. Celle-ci ciblait les groupes jugés « indésirables » aux yeux de la « Révolution nationale » (juifs, communistes, francs-maçons, homosexuels, nomades…). Son dossier précise : « Fréquente certains milieux, foyers extrémistes », mais aussi : « il est susceptible de participer à la reconstitution de ce parti [le PCF] dissous ». La commission de révision des naturalisations optant pour le retrait, il perdit le statut de français par décret le 12 février 1942 (annonce au JO le 16 février).


Le 2 avril 1942, Roger Marcelli, commissaire de police de Port-de-Bouc et membre des Mouvement unis de la Résistance, qui agissait selon les instructions du sous-préfet d’Aix, informa Buonamini de sa dénaturalisation. Dans les jours qui suivirent, le concerné fit une demande de recours gracieux en écrivant au ministère de l’Intérieur. Il tenta de donner des gages de son attachement à la France, évoqua ses parents italiens qui y vivaient depuis 1900, sa sœur aînée mariée avec un Français, son engagement militaire et celui de ses frères, jusqu’à leur mobilisation contre l’Allemagne, l’aîné étant Croix de Guerre et prisonnier du Reich. Il déclarait travailler depuis plus de dix ans aux CAP et concédait avoir appartenu au Parti communiste, quoiqu’ « avec toute la jeunesse de la ville » en 1936. Il ajoutait qu’il n’était plus militant depuis la guerre et commentait le sort qui lui avait été fait : « Voilà trois mois j’ai été arrêté avec plusieurs jeunes gens de la région pour cette raison, l’on m’a libéré 48 heures après, donc reconnu non coupable. Ce n’est pas pour cela que l’ont doit me frapper d’une mesure si dure. » Il invitait les "ministres" à enquêter et concluait sur un ton patriotique : « je tiens moi à rester français et que mes trois fils [soient] français, mes parents ont adopté la France voilà 42 ans, quand elle était forte, il n’y a pas de raison que l’on chasse ses fils, maintenant qu’elle a besoin de tous ses enfants. » Il faut comprendre que perdre la nationalité française freinait considérablement les possibilités d’embauches. Et que pour un communiste lié à l’Italie, ça représentait la crainte d’une expulsion vers le régime fasciste.


L’aînée de sa fratrie, Orsolina Buonamini, épouse Larrieu, domiciliée à Toulouse, adressa plusieurs lettres au Maréchal Pétain pour lui demander de corriger l’injustice faite à son frère, avec des arguments similaires avec ceux développés par celui-ci. De la même manière, leur mère écrivit un courrier à Pétain, sans plus de succès. Elle y ajoutait une dimension affective : « J’attends Monsieur le Maréchal votre décision avant d’aviser mon fils aîné dans son stalag. » Achille Buonamini sollicita enfin l’intervention du garde des Sceaux en juillet 1942. Sa dénaturalisation était à ses yeux le fruit d’« un malentendu ou d’une erreur ». Son recours gracieux fut rejeté en septembre 1942. Il en sera informé six mois plus tard.


On ignore si Achille Buonamini fut encore militant par la suite. Le 24 mai 1944, le Comité français de libération nationale abrogea la loi de dénaturalisation appliquée par Vichy. Il retrouva donc de fait la nationalité française.


Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Port-de-Bouc, Naissances 1910, Acte n°48, 202 E 1316 ; Recensement de la population de Port-de-Bouc, 1911, 6 M 453. — Archives nationales en ligne, BB/27/1422-BB/27/1445 (dénaturalisés de Vichy : lettres A à C). — Site Généanet. — Site Match ID, Acte n°23 N, Source INSEE : fichier 1978, ligne n°42623.


1ere version : 22 décembre 2023.

2e version : 16 avril 2026.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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