BEZOT Adolphe, Marius
[Cette biographie s'inspire d'une notice originellement signée par Antoine Olivesi. Gérard Leidet l'a revue et complétée. Ses nouveaux apports sont mentionnés en gras.]
Né le 24 janvier 1880 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 28 août 1951 à Lasalle (Gard) ; instituteur ; militant syndicaliste, secrétaire-adjoint de la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs (FNSI), secrétaire de rédaction de L’École Émancipée lors de sa création en octobre 1910, puis militant de la Fédération des syndicats de l’enseignement laïque (FSMEL) après 1919.
Adolphe Bezot, était le fils de Pierre Bezot (1853-1929), agent aux télégraphes de Marseille, et de Thérèse Bounot, sans profession. Instituteur, il effectua son service militaire de novembre 1901 à septembre 1902 dans l’infanterie, qu’il termina comme caporal.
Il entra à l’École normale d’instituteurs d’Aix en 1896 et y demeura trois ans, durant la « tumultueuse période de l’affaire Dreyfus » (Thierry Flammant). Entre 1899 et 1910, il enseigna successivement dans les postes ruraux du département : Charleval, Gardanne, Miramas, puis à Velaux, où il était secrétaire du Comité républicain et d’émancipation sociale. Muté à Marseille à l’école de la rue des Ferrats, en octobre 1906, il militait à la Fédération nationale des syndicats d’instituteurs. Après le congrès de Lyon d’avril 1908, le siège de la FNSI ayant été transféré à Marseille, il en devint le secrétaire adjoint aux côtés d’Antoine Ripert, secrétaire général, et d’Ismaël Audoye, trésorier. Emmanuelli, Victor Ferrier et Emmanuel Triaire complétaient le bureau marseillais.
Lors du congrès de Paris de la FNSI (13-15 avril 1909), tenu dans le Restaurant coopératif, au 49, rue de Bretagne, pour répondre aux critiques du formalisme des textes votés, Adolphe Bezot présenta un rapport sur les mesures à prendre, afin d’assurer l’exécution des résolutions de congrès. Certaines de ces mesures ne furent pas appliquées d’une façon durable, ainsi la création de comités d’action dans chaque syndicat ou de Fédérations départementales des salariés de l’État et des services publics… Cependant, le souci de traduire concrètement les décisions, contribua à forger une image plus « réaliste » de la Fédération, qu’elle tenta d’articuler avec son « idéalisme » initial.
Ainsi lors de l’Assemblée générale de la FNSI du 22 juillet 1909, présidée par Pascal, fut posée la question du perfectionnement professionnel, liée notamment aux choix des livres d’apprentissage de la lecture. Un plan pour élaborer une nouvelle méthode fut ébauché. Adolphe Bezot fit partie, avec Buffe, Dast, Jauffret, Giraud et Le Bras, de la commission chargée d’élaborer cette méthode qui devait être ensuite discutée lors de la prochaine AG.

La FNSI disposait d’un bulletin mensuel, L’Émancipation, coûteux, qui survivait péniblement. Le transformer en hebdomadaire pour coller à l’actualité et aux pratiques enseignantes semblait nécessaire mais aventureux. Adolphe Bezot, en charge du bulletin fédéral, étudia cependant les moyens de donner à la FNSI et à la corporation tout entière, une revue pédagogique hebdomadaire, pragmatique, tout en étant inspirée des principes du syndicalisme révolutionnaire. Au congrès d’Angers (avril 1910), le syndicat des Bouches-du-Rhône fut chargé de réaliser ce projet. En juin 1910, fut lancé un appel aux instituteurs et institutrices à soutenir la création de la revue. Bezot devint ainsi le secrétaire de rédaction de L’École émancipée dont le premier numéro parut le 1er octobre 1910. Il signait ses articles "Passe-partout".
Au VIe congrès fédéral de Marseille, tenu du 13 au 16 avril 1911 dans la grande salle de la Bourse du Travail Adolphe Bezot préconisa l’idée d’un « note de démérite », qui fut mise à l’ordre du jour de la façon suivante : « Le congrès […] demande aux syndicats d’engager une action d’ensemble pour obtenir, par département un tableau d’avancement des maîtres, basé sur l’ancienneté générale de service, sauf le cas de démérite dûment constaté par un Conseil de l’enseignement primaire constitué sur la base prudhommale […]. »
En 1912, il représenta ses collègues à l’UCSO des Bouches-du-Rhône et collaborait à L’Ouvrier Syndiqué. En mars, il fut élu au Conseil départemental en remplacement d'Antoine Ripert décédé. En août, lors du congrès de la FNSI de Chambéry, il présenta le rapport sur la revue fédérale. Il était favorable à une école dégagée de toute empreinte idéologique et à une pédagogie nouvelle. La presse conservatrice de l’époque, très influente, profita de la création, au cours du même congrès, d’une œuvre d’entraide aux syndiqués mobilisés, « Le Sou du soldat », pour lancer une vigoureuse campagne contre les instituteurs syndiqués, jugés coupables, non seulement d’antimilitarisme mais aussi d’antipatriotisme.
Dès le 23 août 1912, le ministre de l'Instruction publique, Gabriel Guist’hau, donna l’ordre aux préfets de dissoudre les syndicats d’instituteurs. Un « manifeste des instituteurs syndiqués » fut contresigné en un temps record par 800 instituteurs, dont Adolphe Bezot et ses camarades du bureau marseillais, Louis Lafosse et Ismaël Audoye. À la mi-octobre, dans un contexte répressif intense, il fut inquiété par les autorités pour avoir pris la parole dans un meeting organisé par les inscrits maritimes en grève, suscitant le commentaire ironique de M. Havard, inspecteur d’académie : « … Ensuite, vous auriez été l’objet d’un ordre du jour de sympathie de la part des marins… ». Adolphe Bezot, inscrit au Carnet B, fut alors condamné à 50 F d’amende par le tribunal correctionnel de Marseille pour action syndicale (infraction à la loi de 1884). L’épisode répressif se poursuivit, dans le département comme ailleurs : Bezot, Audoye et Lafosse furent traduits devant le Conseil départemental. Le préfet, M. Schrameck, leur offrit cependant un « astucieux moyen » d’échapper à la sanction : laisser subsister le syndicat, mais ne pas renouveler le bureau démissionnaire. Les trois syndicalistes déclinèrent cette offre et préférèrent être censurés. Le Conseil départemental, par 7 voix contre 6, refusa cette issue. Mais un peu plus tard, en 1913, Adolphe Bezot fut à nouveau censuré (cette fois-ci avec Louis Lafosse et Emmanuel Triaire) pour son activité syndicale.
Il se maria à Marseille le 30 juillet 1914 avec Marguerite Billon, trois jours avant d’être mobilisé. Après une année à l’intérieur, il fut muté en juin 1915 dans une unité combattante, le 22e régiment d’infanterie coloniale, puis termina la guerre comme sergent major dans la section des secrétaires coloniaux à partir d’avril 1918 ; il fut libéré en février 1919, bénéficiaire d’une citation et de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
En mai 1919, Adolphe Bezot reprit immédiatement son militantisme, comme secrétaire du syndicat des instituteurs CGT des Bouches-du-Rhône – peu de temps avant que la décision d’élargissement de la Fédération (en août) à tous les degrés de l’enseignement, entraîne la transformation de la FNSI en Fédération des syndicats des membres de l’enseignement laïque (FSMEL). Cette dernière demeura cependant en très grande majorité une organisation composée d’institutrices et d’instituteurs, notamment ruraux. Dans cette période d’après-guerre, le syndicat des Bouches-du-Rhône avait (re)lancé son projet de huit classes, avec des traitements allant de 2 400 francs (stagiaires) à 6 000 francs (1ère classe) ; se situant ainsi entre deux autres options opposées au sein de la Fédération : maintien de toutes les différenciations ou évolutions vers le « traitement unique ». Adolphe Bezot – remplaçant dans L’École émancipée, Ismaël Audoye, malade – formula alors l’idée d’un congrès « inter associationnel » (amicales et syndicats) organisé à Pâques 1919 en vue d’établir un projet unique de la corporation. Toutefois, Bezot et le syndicat des Bouches-du-Rhône se rallièrent au principe du traitement unique et à un projet de cinq classes avec avancement régulier tous les trois ans, suppression des indemnités, etc. Ils manifestèrent leur volonté d’obtenir, en cas de désaccord, la consultation des amicales et des syndicats sur les deux projets, en un congrès fixé à la Pentecôte 1920. (Lettre d’A. Bezot du 4 avril à Louis Bouët, secrétaire de la FSMEL).
En décembre 1919, il signa un appel du « comité provisoire » pour la formation de Comités syndicalistes révolutionnaires dans l’enseignement – avec notamment ses camarades instituteurs des Bouches-du-Rhône, Audoye, Lafosse, mais aussi Marie Mayoux et François Mayoux qui allaient être déplacés de leur Charente dans un poste rural, déshérité, à Cadolive (village du bassin minier de Fuveau-Gardanne). Cet appel publié dans L’École émancipée du 6 décembre, après avoir noté que les amicalistes entrés dans les syndicats « entraveraient l’allure » des syndicalistes, et que ces derniers seraient « noyés par la masse corporative », disait la nécessité de ne pas accepter cette situation : « Nous voulons être ce que nous étions : le ferment révolutionnaire de la corporation. Restons groupés pour exercer notre action, car nos efforts non concertés seraient des efforts vains. Créons entre nous une entente. Syndicalistes révolutionnaires nous sommes : formons chez nous, comme le font tous les syndicalistes révolutionnaires de la CGT, dans leurs fédérations, des Comités syndicalistes révolutionnaires […]. »
Le 21 mars 1920, lors d’un meeting, il dénonça la vie chère, les profiteurs de guerre, les abus du capitalisme et proclama : « Tournons nos yeux vers l’Est, inspirons-nous des exemples des soviets russes ! ». Dans Le Petit Provençal du 16 février, il dénonça les insuffisances des retraites ; les maîtres devraient avoir droit automatiquement à pension de retraite à 55 ans, âge auquel ceux qui y parviennent, sont affaiblis, déprimés ; le taux de la pension devrait être calculé sur la meilleure année et non sur la moyenne des six dernières années.
Avec environ deux cents instituteurs et institutrices des Bouches-du-Rhône, Adolphe Bezot fit grève le 1er mai 1920. La révocation fut requise contre lui et Ismaël Audoye. Il était alors considéré comme « l’un des plus actifs propagandistes du mouvement gréviste, s’étant absenté de sa classe le 1er Mai !... ». Son nom figurait, en 1921 sur les listes d’instituteurs communistes (listes sujettes à caution).
Réuni le 15 juillet 1920, malgré la démission des quatre élus du personnel et de deux conseillers généraux, le Conseil départemental, réduit aux six représentants de l’administration (les deux autres conseillers généraux étant absents), vota la révocation, qui ne fut pas prononcée tout de suite en raison de l’irrégularité de la procédure. Lorsque Bezot fut à nouveau traduit aux fins de révocation, les deux derniers conseillers généraux furent eux-aussi démissionnaires et le CD ne crut pas utile de donner un avis. Selon un rapport du 21 juillet 1921 du préfet des Bouches-du-Rhône, pour avoir chômé le 1 er mai, il fut déplacé dans le nord du département ; il aurait refusé pour raisons de santé, aurait demandé un congé et serait devenu employé à l’École d’électricité, où il organisa en 1926 une revue, « Promenade dans un jardin », jouée par les élèves de l’École. Selon une autre source (Louis Bouët), Bezot, afin d’échapper à la révocation, se serait retiré momentanément de l’enseignement public pour prendre un emploi dans un pensionnat de la ville de Marseille. Peut-être enchaîna-t-il les deux opportunités qui s’offraient à lui ?...
Adolphe Bezot se remaria le 2 août 1924 avec une institutrice, Madeleine Delmas. L’Humanité du 30 octobre 1924 demandait sa réintégration dans l’enseignement.
Redevenu instituteur à Marseille, il fut distingué officier d’académie dans la promotion du 14 juillet 1934. Il prit sa retraite à compter du 1er octobre 1935 (avec deux indemnités pour charge de famille). Il habitait alors le quartier Saint-Barnabé dans le lotissement de la Charbonnelle, dont il était le syndic-directeur des propriétaires, fonction qu’il occupait toujours en 1937.
Sources : Arch. Nat. F7/13744, F7/13091. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, XIV M 24/44, XIV M 25/45, rapport du 9 novembre 1912, XIV M 25/56, rapport du 22 mars 1920 ; état civil ; registre matricule. — Arch. com de Marseille, listes électorales 1919. — JO lois et décrets, 14 juillet 1934, 22 mars 1936. — Bulletin bimestriel de l’émancipation. Syndicat des institutrices et des instituteurs publics des Bouches-du-Rhône. — L’École émancipée. — L’Ouvrier Syndiqué, « L’ouvrier et l’école », 15 juillet 1913. — Le Petit Provençal, 9 octobre 1906, 16 février 1920, 1er mai 1926, 24 octobre 1935. — Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935), aux origines du syndicalisme enseignant, Éditions Syllepse, 2005 — J. Bonnabel, Le Mouvement ouvrier à Marseille. — M. Ferré, Histoire du Mouvement syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs, des origines à 1922, 1955. — F. Bernard, L. Bouët, M. Dommanget, G. Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, Histoire de la Fédération de l’enseignement des origines à l’unification de 1935, collection « Documents » de l’IEP de Grenoble, 1965. — Ancienne notice Maitron signée A. Olivesi, avec note de Jacques Girault. — Nouvelle version revue et augmentée avec notes d’Alain Dalançon.
1ere version signée Antoine Olivesi dans Le Maitron : 3 décembre 2022.
2e version complétée par Gérard Leidet : 18 mars 2025.
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