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ARNAUDO Moïse, Marie, Joseph

Renaud Poulain-Argiolas

Né le 23 février 1901 à Eyguières (Bouches-du-Rhône), mort en déportation le 23 avril 1945 à Dachau (Allemagne) ; carreleur puis ouvrier de la chimie ; syndicaliste CGT, secrétaire du syndicat de l’École de l’Air à Salon-de-Provence ; militant communiste ; résistant de Salon-de-Provence et de Miramas (Bouches-du-Rhône), membre du Front national de lutte pour la libération ; membre du bataillon de la centrale d’Eysses ; déporté.


Moïse Arnaudo en 1940 (cliché fourni par Christian Arnaudo)
Moïse Arnaudo en 1940 (cliché fourni par Christian Arnaudo)

Le père de Moïse Arnaudo était Antoine Arnaudo, berger de trente-huit ans. Né à Marseille avec la nationalité italienne, il avait été naturalisé français en 1896. Sa mère était Marie Virginie Moulard, vingt-cinq ans, sans profession et née à Aureille, un village situé entre les Alpilles et la plaine de la Crau. L’importance de la religion catholique à leurs yeux leur fit donner à leur fils trois prénoms bibliques : Moïse, Marie, Joseph. Moïse était le quatrième et dernier enfant du couple. Avant lui étaient venus Charles (1895), Marie (1896) et Étiennette (1898). Le ménage avait perdu Marie à l’âge de cinq mois. En 1911, ils vivaient à Lamanon au n°27 de la rue de Calès.


En février 1921, Moïse Arnaudo, alors journalier, fut exempté de service militaire en raison d’une tuberculose costale et d’une double hernie inguinale. Sa fiche de matricule le décrit comme mesurant 1,64 m, les cheveux châtain clair, le visage long, le nez busqué et les yeux marron vert. Le 22 septembre 1923, il se maria avec Marie Adeline Michelis à Salon-de-Provence. Il exerçait le métier de carreleur.


Moïse Arnaudo en 1923 (cliché fourni par Christian Arnaudo)
Moïse Arnaudo en 1923 (cliché fourni par Christian Arnaudo)

D’après le portrait que fera de lui en juin 1946 un de ses camarades salonais prénommé Richard, dans le bulletin bi-mensuel de la section locale du PCF, Moïse Arnaudo était un homme jovial, à « la franchise un peu rude » et à « l’esprit de décision (…) souvent remarqué » au sein du Parti communiste qu’il avait intégré en 1926. Il participa activement aux grèves revendicatives de 1936 dans le secteur du bâtiment. Délégué général CGT aux chantiers de l’École de l’Air (école de formation des officiers de l’armée de l’air), qui était en construction, il mena « une lutte acharnée » contre les patrons de la branche d’activité pour améliorer les conditions de vie, de sécurité et d’hygiène des travailleurs nord-africains. En 1938, tandis qu’il était secrétaire de la section CGT de l’École de l’Air, Arnaudo fut visé par des calomnies d’un contremaître de la Société Générale d’Entreprises qui réalisait les travaux. Un article signé par le bureau syndical du bâtiment abordait l’affaire en janvier dans Le Midi syndicaliste, « organe de l’Union départementale des syndicats des Bouches-du-Rhône ». Le contremaître, appelé « Cardéline », était accusé de colporter la rumeur selon laquelle l’argent des collectes effectuées au profit de deux ouvriers syndiqués accidentés du travail, Martino et Tiron, aurait été dépensé pour payer des frais de bistrot. L’article ajoute qu’Arnaudo fit venir « cet énergumène » chez lui pour lui montrer les documents attestant de sa bonne foi.


Au début de l’année 1940, Moïse Arnaudo était conducteur d’appareils de produits chimiques aux Établissements Kuhlmann de Miramas. Lui et sa femme étaient domiciliés place Tripoli à Salon. Ils avaient eu trois enfants : Éliane en 1924, Marcel en 1926, Andrée en 1928. De plus, ils avaient perdu un petit Fernand en 1932 âgé d’à peine quelques mois. Le 6 mars 1940, Arnaudo fut affecté au service auxiliaire CRI (Centre régional d’instruction) de Marseille pour raisons de santé. Le 11 mars, on le classait dans la PAC (Plus ancienne classe de mobilisation) en tant que père de quatre enfants, ce qui le dispensait de servir plus longtemps dans l’armée.


Dans le dossier de demande d’homologation que remplira Marie Arnaudo en 1948 pour son mari, il est mentionné qu’il s’engagea le 15 janvier 1941 dans la résistance individuelle, diffusant des tracts de la Résistance. En juillet 1941, il rejoignit le Parti communiste clandestin après avoir été contacté par Pierre Doize. Il fut arrêté le 24 septembre 1942 sur son lieu de travail par les gendarmes de Miramas. Sa femme précise les noms des agents : Campagnac et Guillon. Le communiste salonais Richard ajoutera par la suite qu’Arnaudo aurait été torturé après son arrestation. Jugé le 27 janvier 1943 par la section spéciale de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, Moïse Arnaudo était défendu par Maître Castel, avocat du barreau de Marseille, face au juge Verdun et à l’avocat général Rodier-Talbère. Selon un compte-rendu du tribunal, l’accusé reconnut « avoir détenu en connaissance de cause divers tracts d’« inspiration gaulliste » », dont un à propos de l’anniversaire de la bataille de Valmy, et un autre à l’attention des anciens combattants de la Légion intitulé : « Laval, Pétain, Darlan nous trahissent ». Il admit avoir transporté et fait circuler les tracts à l’usine et à l’extérieur. Reconnu coupable d’avoir « détenu de mauvaise foi, fait circuler, exposé aux regards du public et distribué des écrits périodiques ou non tendant à propager les mots d’ordre de la Résistance ou des organismes qui s’y rattachent » à Salon et Miramas, il fut condamné à cinq ans de prison, trois mille francs d’amende et à verser 553 F de frais envers l’État. Il fut incarcéré à Aix-en-Provence, puis au fort Saint-Nicolas de Marseille.


André Clamour, autre résistant salonais jugé dans la même affaire de diffusion de tracts, commentera au sujet de leur parcours commun : « Notre action se continua dans les prisons de France par des révoltes manquées. Fort Vancia [près de Lyon], Eysses. Mon camarade ne me quitta jamais jusqu’au départ pour Dachau. » Moïse Arnaudo fut actif à Aix et à Eysses dans le Front national (nom complet : Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France), qu’il rejoignit à la demande de Pascal Fieschi et Henri Auzias en novembre 1942. Le 15 octobre 1943, il arriva au Centre de détention d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). On lui attribua le numéro d’écrou n°2297. Suite à une circulaire de René Bousquet, secrétaire général de la Police, d’octobre 1943, les autorités avaient rassemblé dans la centrale pénitentiaire tous les condamnés par les sections spéciales de la zone Sud et par le tribunal d’État de Lyon « pour menées communistes, terroristes, anarchistes ou subversives ». Pierre Doize y était également incarcéré. Les conditions de vie étaient extrêmement dures à Eysses, marquées par le silence et les brimades. Dans un lieu rassemblant 1200 représentants de toutes tendances de la Résistance dont une majorité de communistes et de nombreux cadres syndicaux et politiques – un collectif patriotique se constitua. Pierre Doize et Henri Auzias faisaient partie du comité directeur. Arnaudo travailla à la menuiserie de la prison. Il était responsable de l’équipe de la saboterie et serrurerie pour toutes les fabrications clandestines. Il participa aux « Trois Glorieuses » (9-11 décembre 1943), la révolte victorieuse des détenus pour empêcher la déportation de 156 internés administratifs. En tant que membre du bataillon FFI d’Eysses, il prit part à la tentative d’évasion collective du 19 février 1944, motivée par l’objectif de rejoindre le maquis du Lot-et-Garonne. Le lendemain, Joseph Darnand, secrétaire général au maintien de l’ordre de Vichy, vint mener la répression en personne. Le 23, douze résistants, dont Henri Auzias, furent exécutés. Pascal Fieschi, bien que condamné à mort, en réchappa in extremis. Les prisonniers restants furent livrés aux autorités allemandes.


Moïse Arnaudo en détention (probablement en 1943 ou 1944)
Moïse Arnaudo en détention (probablement en 1943 ou 1944)

Le 30 mai 1944, ils quittaient Eysses escortés par la division SS "Das Reich". C’était quelques jours avant le massacre d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), à deux cents kilomètres, mené par des soldats de la même division. « Les internés sont bousculés, descendus dans la cour, fouillés, frappés, alignés mains sur la tête. Ils partent, à pied, encadrés par des SS, vers la gare de Penne-d'Agenais, à 7 km. (…) Sur le chemin, les traînards sont roués de coups. Ceux qui tombent sont achevés. » (Musée de la Résistance en ligne). Les paysans vivant sur le trajet avaient reçu l’ordre de fermer leurs volets. À la gare, les gendarmes de la région étaient mobilisés pour assurer la surveillance. Une attaque d’un groupe de résistants, insuffisamment armés, échoua. À Poitiers, des infirmières de la Croix-Rouge furent autorisées à donner une casserole d’eau par wagon. Le 1er juin, le convoi était à Tours, puis au Mans, où des infirmières remirent à chacun un quart de bouillon chaud. Le 3 juin au matin, le train atteignait Compiègne : « Une horde d’hommes en haillons, sales, épuisés, gagne le camp sous l’indignation de la population. » (idem). Les prisonniers embarquèrent à nouveau le 18 juin, dans le convoi I. 229 à destination de Dachau, avec 2143 hommes à son bord. Arrivé au camp le 20 juin, Moïse Arnaudo reçut le matricule 73023. Sur ses documents d’enregistrement, l’administration allemande l’identifie comme "Fuhrmann" (charretier). Une fiche d’inventaire énumère laconiquement ses rares possessions : une paire de sandales, deux paires de chaussettes, une veste, une blouse, un pantalon, un pullover, une chemise, un slip, une écharpe et un sac à pain. Sa description physique tranche un peu avec celle qui avait été faite une vingtaine d’années avant par l’armée française : taille de 1,65 m, « nez normal », cheveux bruns, « poids normal », visage ovale, oreilles décollées, yeux bruns, « dents normales » (les camps nazis regardaient les dents des déportés). Concernant son état de santé, on relève une hernie ("Bruch"), correspondant aux problèmes médicaux qu’il avait connus dans le passé, et des côtes manquantes sur le côté droit ("Rippen rechts fehlen"). Il a un tatouage au bras gauche portant la mention « Mimi », sans doute un diminutif du prénom de sa femme Marie.


Le 14 juillet 1944, Moïse Arnaudo fut incorporé au Kommando d’Allach, créé deux mois auparavant, qui compta jusqu’à 3850 prisonniers et travailla successivement pour une manufacture de porcelaine, pour l’entreprise BMW et pour des chantiers de l’organisation Todt. Une liste de déportés français employés sur la commune de Traunstein, à 120 km de Dachau, cite Arnaudo comme "Prüfer" (contrôleur), présent à partir du 21 janvier 1945, sans plus d’informations. Peut-être s’agit-il d’un des chantiers de l’organisation Todt ? Il était de retour à Dachau en février 1945. Admis à l’infirmerie, il y mourut le 23 avril 1945, seulement six jours avant la libération du camp par l’armée américaine. Le 5 juillet 1945, le Président du Comité français de Dachau écrivit à Marie Arnaudo pour l’informer des conditions de la mort de son mari.


Hommage de la section PCF salonaise
Hommage de la section PCF salonaise

La section communiste de Salon rendit hommage à Moïse Arnaudo par un article signé "Richard" dans l'édition du 16 juin 1946 de son bulletin bi-mensuel. Il semble que la place Tripoli où il vivait à Salon aurait été rebaptisée (au moins un temps) à son nom, car des courriers officiels que reçut sa veuve en 1948 sont adressés à la « place Moïse Arnaudo ».

Dans le dossier de demande d’homologation que Marie Arnaudo remplit cette année-là, celle-ci y nomme des noms de camarades que son époux avait eus dans la clandestinité : André Clamour, Martano, Castre, Joseph Bertrand, ainsi que d’autres – cités en tant que déportés, internés ou disparus – comme Jean Ferrus, Pierre Doize, Joannes Chabert et Fernand Monnot.


Moïse Arnaudo reçut la mention "Mort pour la France". André Clamour et Pierre Antonelli, responsable des FFI pour Salon-de-Provence, attestèrent par écrit de son engagement dans la Résistance. Le secrétariat d’État aux forces armées lui attribua un certificat d’appartenance à la Résistance intérieure française (RIF) en date du 27 août 1948, pour ses services dans la Résistance de juillet 1941 à fin avril 1945. En janvier 1949, la Commission nationale d’homologation lui attribua le grade fictif d’adjudant (N° de CA 5804) avec prise de rang effective le 1er septembre 1942.


L'Escalier Moïse Arnaudo à Salon-de-Provence (cliché fourni par Christian Arnaudo)
L'Escalier Moïse Arnaudo à Salon-de-Provence (cliché fourni par Christian Arnaudo)

À Salon, la montée conduisant au château de l’Emperi fut nommée Escalier Moïse Arnaudo.

Le nom du résistant apparaît sur le site mémorial de la gare de Penne-d’Agenais : près du wagon du souvenir, inauguré en juin 2014, similaire à ceux qui conduisirent les résistants d’Eysses en déportation, il figure au nombre des 1200 noms de déportés gravés sur le mémorial.


Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil d'Eyguières, Naissances 1901, Acte n°8, 203 E 1582 ; Recensement de la population, Lamanon 1911, 6 M 425 ; Registre matricule, classe 1921, matricule 3061, 1 R 1507. — SHD, Vincennes GR 16 P 17821. — Archives Arolsen. — « Salon : Un Énergumène », Le Midi syndicaliste, 17 janvier 1938. — « Arnaudo Moïse », Bulletin bi-mensuel de la section communiste de Salon, 16 juin 1946. — Journal officiel de la République. Lois et décrets, 12 janvier 1949 (88e année, N°10), pp. 516-517. — Renseignements transmis par son petit-neveu Christian Arnaudo.Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Livre-Mémorial. — Site Chemins de Mémoire, Mémorial de la gare de Penne d’Agenais. — Musée de la Résistance en ligne.


Version au 28 mars 2025.

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