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ARGIOLAS Efisio, Elia, Salvatore

  • Renaud Poulain-Argiolas
  • 16 mai 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 mars

Né le 24 avril 1919 à Barga (province de Lucques) dans la région de Toscane (Italie), mort le 17 avril 1991 à Ambérieu-en-Bugey (Ain) ; charpentier en fer ; résistant des Francs-Tireurs et Partisans français, chef de secteur (sous-lieutenant) FTPF de Douai-Ouest (Nord), sergent FFI du bataillon Mickey à Tonneins (Lot-et-Garonne) ; emprisonné, interné, évadé.


Efisio Argiolas [photo fournie par la famille]
Efisio Argiolas [photo fournie par la famille]

Efisio Argiolas était le fils de Giuseppe Argiolas, mineur, né à Nurri (province de Sud-Sardaigne) dans la région Sardaigne (Italie), et de Concetta Biagioni, qui était native de Barga. Il avait deux sœurs cadettes : Teresa, née en 1921 à San Benedetto del Tronto (dans la région des Marches), et Annita, née en 1923 à Barga. Bien que né en Italie, il grandira dans le décor minier du Nord de la France où sa famille vint s’installer après la naissance de sa plus jeune sœur.

À partir de novembre 1924, Giuseppe Argiolas travailla pour la Compagnie des mines de l'Escarpelle - Compagnie des mines d'Aniche, qui dépendait des Houillères nationales du Nord et du Pas-de-Calais. Il était raccomodeur, c’est-à-dire chargé de l’entretien des voies de roulage et des boisages, pour le Groupe d’exploitation de Douai, à la fosse 9, située sur la commune de Roost-Warendin. Les Argiolas vivaient à proximité, au n°70 de la Cité Bommart n°70, à Flers-en-Escrebieux.


Efisio Argiolas obtint le certificat d’études primaires. Après avoir passé un CAP, il devint charpentier en fer. Il travaillait aux Établissements A. Robillard à Douai. Le 3 mai 1941 il se maria d’ailleurs à Douai avec Henriette Savary (1922-1964), originaire de la commune. Ils auront ensemble six fils et une fille : Gilbert en 1942, André en 1945, Maurice en 1947, Jean-Pierre en 1949, Bernard en 1954, Michel et Roseline, jumeaux, en 1957. Le couple perdit malheureusement deux de ses fils en bas âge.


Dossier individuel d'Argiolas Joseph (Giuseppe) aux mines de l'Escarpelle [Archives Nationales du Monde du Travail - voir sources] et vue de la fosse 9, dans laquelle il passa plus de vingt ans de sa vie [Licence Creative Commons - retouche noir et blanc par Renaud P-A]
Dossier individuel d'Argiolas Joseph (Giuseppe) aux mines de l'Escarpelle [Archives Nationales du Monde du Travail - voir sources] et vue de la fosse 9, dans laquelle il passa plus de vingt ans de sa vie [Licence Creative Commons - retouche noir et blanc par Renaud P-A]

Le 5 février 1941, Efisio Argiolas donna son adhésion à Eusèbe Ferrari alias "Fernand" (voir Eusebio Ferrari) pour rejoindre le 1er groupe des Francs-Tireurs et Partisans français que celui-ci dirigeait dans le secteur de Douai-Ouest. Les deux hommes se côtoyaient depuis leur enfance, durant laquelle ils étaient quasiment voisins. Efisio prit "Fifi" comme pseudonyme dans la clandestinité. Dans le dossier de demande d’homologation qu’il fera en 1947 il citera parmi les membres du groupe un certain Jean Sans [il pourrait s’agir de François Sans ou d’Elysée Sans], un Baraqui dit "Armand" [le résistant italien Benedetto Belloci portait ce pseudonyme] ainsi qu’Harmand Marcel. En plus de Ferrari, Germinal Martel dit "Le Fils" faisait partie de ses chefs directs. Efisio Argiolas participa au recrutement de nouveaux membres, à la formation de groupes FTPF, à des actions de sabotage, au collage et à la distribution de journaux clandestins. On peut se poser la question de son appartenance au Parti communiste avant la guerre : sa proximité avec des militants chevronnés et l’ascension rapide qu’il aura dans la hiérarchie des FTP pouvant en être un indice. En effet, Ferrari et Martel avaient contribué à recréer les jeunesses communistes clandestinement en septembre 1940.


Le 15 mars 1941, Eusebio Ferrari et son lieutenant "Baraqui" nommèrent Efisio Argiolas chef de secteur – équivalent au grade de sous-lieutenant – à Roost-Warendin. Le secteur de Douai-Ouest soumis à son autorité comprenait Raimbeaucourt, Râches, Roost-Warendin, Pont de la Deûle et Auby. Il avait pour tâche de rapporter les ordres de Ferrari aux chefs de groupes et de veiller à leur exécution. Il commandait des effectifs de 55 à 70 hommes, dont cinq chefs de groupe : Raymond Flinois, Paul Roger, Jean Bonnet, Arthur Wion (reconnu plus tard Mort pour la France) et André Cappoën. Il accomplit des missions de recrutement et de sabotage des installations ennemies dont il fera une liste détaillée : février 1941, recrutement et formation des premiers groupes de FTP ; mars, collage et distribution de journaux clandestins ; avril 1941, transport de matériel de presse ; mai 1941, formation de deux nouveaux groupes ; juin 1941, collage d’affiches appelant à la grève des mineurs ; juillet-août 1941, transport d’armes dans le secteur de Frais-Marais Auby et sabotage de deux véhicules allemands stationnés sur la grande route de Flers Orchies face au café de L’Auberge ; à propos de septembre 1941 il nota : « secteur calme – plusieurs arrestations » ; octobre-novembre 1941, échec de l’attaque de la Centrale de Dechy ; décembre 1941, transport de fusil mitrailleur et de munitions (grenades, dynamite) de Frais-Marais à Pont de la Deûle ; janvier 1942, transport de matériel de sabotage de Vred à Flers ; février 1942, collage et distribution de journaux clandestins ; mars 1942, sabotage d’un camion allemand rue de la Briquette (à Flers) ; avril 1942, « arrestation de deux chefs de groupe – secteur calme pendant tout le mois » ; juin-juillet 1942, fabrication d’étoiles pour la crevaison des pneus des camions et voitures ennemies ; août 1942, arrêt d’un convoi allemand d’une dizaine de véhicules dont plusieurs crevaisons sur la grande route Douai Lille, provoquant un arrêt de six heures entre Waziers et Frais-Marais. Sa dernière opération semble avoir été le sabotage de wagons SNCF en voie de garage des mines de l’Escarpelle.


Le procès d'Efisio Argiolas dans Le Grand Echo du Nord, 5 mars 1943. Son prénom est déformé en "Effino".
Le procès d'Efisio Argiolas dans Le Grand Echo du Nord, 5 mars 1943. Son prénom est déformé en "Effino".

Le 30 octobre 1942, il fut arrêté par la Gestapo de Douai et les gendarmes français chez lui à Pont de la Deûle (actuelle commune de Flers-en-Escrebieux). Il fut incarcéré à la prison de Cuincy (maison d’arrêt de Douai). D’après son témoignage, la Gestapo l’interrogea une douzaine de fois. Lors de chaque interrogatoire il fut frappé au nerf de bœuf ou avec des objets équivalents. Jugé par la section spéciale de la Cour d’appel de Douai pour activité communiste avec vingt coaccusés, il fut condamné à dix-huit mois de prison et 1200 F d’amende. Lors de la même audience comparaissaient Maurice Cappoën, 45 ans, Ernest Cappoën, 36 ans (ou 35 ans), et André Cappoën, 20 ans, tous les trois mineurs. Eux furent condamnés à quinze mois de prison et 1200 F d’amende. La presse locale, comme Le Réveil du Nord et Le Grand Écho du Nord de la France, relaya le jugement dans ses colonnes le 5 mars 1943. Parmi les chefs d’Efisio Argiolas, Eusebio Ferrari avait été abattu par un gendarme en février 1942 et Germinal Martel été fusillé par les Allemands en mai 1943. Il fut détenu dans le quartier allemand de la prison de Cuincy jusqu’au 24 novembre 1943, date à laquelle on l’affecta au quartier français. Il y resta jusqu’au 30 janvier 1944. Le 8 février (ou le 6 selon les versions), il fut transféré à la centrale d’Eysses dans le Lot-et-Garonne. Entre le 31 mars et le 1er avril 1944, il fut à nouveau transféré vers le camp de Noé (Haute-Garonne). Il s’en évada le 24 mai 1944.


Il reprit contact avec la Résistance le 1er juin en se rapprochant d’un maquis FFI de Tonneins (Lot-et-Garonne) : le groupe Corps francs de la Libération (CFL) bataillon "Mickey", dirigé par le commandant Pierre Menvielle alias "Mickey". Il fut nommé caporal par le chef du bataillon le 25 juin 1944, puis sergent par décision du chef départemental FFI. Là encore il participa à des actes de sabotage des installations ennemies, dont l’explosion d’un pont de chemin de fer et la démolition de l’habitation des frères Lespine (agents de la Gestapo). Il fut actif dans la libération de La Réole (Gironde) entre le 19 et 21 août – il y fit feu avec son groupe et captura 182 prisonniers allemands, des armes et des munitions –, dans la libération de Tonneins le 20, de Marmande (Lot-et-Garonne) le 21, de Langon (Gironde) le 24 et de Casteljaloux (Lot-et-Garonne) le 27. Il contribua le 23 août 1944 à libérer le camp de Labarthe, dans lequel étaient détenus 158 prisonniers sénégalais et malgaches, à l’attaque des usines de Pissos (Landes), de camions et de stocks de carburant. Il resta actif dans le groupement FFI-CFL jusqu’au 14 août 1945. Ayant signé un engagement pour la durée de la guerre contre l’Allemagne, il intégra l’armée le 31 décembre 1944 et fut versé comme mitrailleur au 57e Régiment d’infanterie à Bordeaux.


Il fut cité à l’ordre de sa brigade par le général commandant la 4e Région militaire (Bordeaux) et fit trois mois d’école militaire à Ondres (Landes). Il reçut la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze. Ses anciens chefs, Marcel Harmand, ex-responsable FTPF du Douaisis, et Pierre Menvielle, ancien chef de bataillon FFI du Lot-et-Garonne, attestèrent en juillet 1946 de son engagement dans la Résistance. La Commission nationale d’homologation des grades du 28 février 1947 décida son maintien au grade fictif d’aspirant FFI de la 2e région - subdivision de Lille.

En décembre 1947, Efio Argiolas était membre de la Fédération nationale des Déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP). Il était domicilié au Coron Vert E n°16 à Dorignies les Douai (Nord). On lui attribua un certificat d’appartenance aux FFI, daté du 9 juin 1948 et signé par le général de division Chevillon, commandant la IIe Région militaire, pour ses services accomplis de janvier à fin octobre 1942. La même année, il représentait le service juridique des anciens FFI de Dorignies (quartier de Douai, Nord), association nationale des anciens FTPF, qui deviendra l’ANACR.


Efisio Argiolas fut-il membre du Parti communiste après la guerre ? Il semble que les anecdotes restées dans la mémoire familiale se contredisent parfois. Certains se souviennent néanmoins qu’il allait à des meetings et réunions du PCF avec sa femme, qu’il avait chez lui au moins une vingtaine de volumes des oeuvres complètes de Lénine et votera pour le parti à l’époque de Georges Marchais, pour lequel il avait de l’estime. C’était donc plus qu’un simple sympathisant. Après leur engagement dans la Résistance, André Cappoën et lui restèrent amis.


Le 29 octobre 1949, Efisio Argiolas fut naturalisé français (annonce au JO le 6 novembre 1949). En 1959, il vivait dans le faubourg de Béthune, 317 rue du général Herment, à Douai. Il fut veuf à quarante-cinq ans. Quand il fut à la retraite, il vécut avec sa famille en Alsace, en Aquitaine et finit sa vie dans l’Ain. En 1988, il était domicilié à la résidence Clos Dupuis, rue du Ban Thévenin, bâtiment Clavaire, appartement 1001, à Meximieux. Décédé en 1991 à l’hôpital d’Ambérieu-en-Bugey, il fut inhumé au cimetière de Meximieux. Sa femme Henriette, disparue presque trois décennies plus tôt, fut enterrée à ses côtés.


Un de ses enfants, Bernard Argiolas, fut délégué syndical régional CGT à Douai dans la métallurgie. Un de ses petits-fils, Frédéric Argiolas, fils de Gilbert, fut membre de la commission exécutive de l’Union locale CGT d’Ambérieu-en-Bugey.

  

Sources : SHD Vincennes, GR 16 P 16728 ; GR 16 P 105438 (dossier de CAPPOEN Maurice). — Archives Nationales du Monde du Travail (Roubaix), Compagnies des mines d'Aniche et de l'Escarpelle : dossiers individuels des mineurs, Compagnie des mines de l'Escarpelle / Compagnie des mines d'Aniche, 1994 8 1395. — Archives familiales. — Le Réveil du Nord, 5 mars 1943. — Le Grand Écho du Nord de la France, 5 mars 1943. Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 6 novembre 1949 (81e année, N°263), p. 10947. — Site Match ID, Acte n°36, Source INSEE : fichier 1991, ligne n°194015. — Site Généanet, Arbres généalogiques de Philippe Andel et Françoise Argiolas ; Cimetières et monuments. — Propos recueillis auprès de Frédéric Argiolas (mai 2024).


1ere version : 16 mai 2024.

2e version : 21 mai 2024.

3e version : 4 mars 2025.

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Passionné d'histoire, j'ai collaboré pendant plusieurs années au Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - mouvement social.

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