COMETTO André, Donat. Pseudonyme dans la clandestinité : Jean DUPAIN
- Renaud Poulain-Argiolas
- 6 déc. 2023
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juil.
Né le 14 mai 1920 à Cornillon-Confoux (Bouches-du-Rhône), mort le 31 mars 2004 à Istres (Bouches-du-Rhône) ; ajusteur-mécanicien puis travailleur agricole ; militant communiste de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) ; résistant, membre de l’état-major des Francs-Tireurs et partisans français de Haute-Garonne 4e région, lieutenant et adjoint recruteur régional ; secrétaire administratif de la FNDIRP de Saint-Chamas ; membre du comité national de l’Association française Buchenwald – Dora et Kommandos ; président de Tourisme et travail de Saint-Chamas ; déporté, membre de la Brigade française d’action libératrice au camp de Buchenwald.

André Cometto était le fils de Jean Cometto, né au Tholonet, bûcheron, et d’Adrienne Montand, native de Dijon (Côte-d’Or), sans profession, domiciliés dans le hameau de Pont de Rhaud à Cornillon-Confoux. Son père, fils d’immigrés italiens, avait d’abord été cultivateur. Mobilisé pour la Première Guerre mondiale en août 1914, il avait été affecté à la 15e section d’infirmiers, puis au 58e régiment d’infanterie, avant d’être intégré à l’armée d’Orient en janvier 1917. Démobilisé en juillet 1919, il s’était retiré à Salon-de-Provence. En mai 1921, Jean Cometto était journalier à Pont de Rhaud, avant d’être embauché à la poudrerie de Saint-Chamas. En 1931, les Cometto étaient domiciliés dans cette commune dans le quartier de la Rebeyrolle. André avait un petit frère, Léon, né cinq ans après lui.

André Cometto se maria le 16 février 1943 à Lambesc avec Delphine Guigue, arlésienne et fille de cultivateur. Ils eurent une fille prénommée Danielle. Ils étaient domiciliés à la campagne "La Canal" à Saint-Chamas. Selon le récit qu’il fit pour sa demande d’homologation comme résistant en juin 1948, Cometto fut arrêté le 2 juin 1940 comme "individu dangereux" pour la défense nationale et la sécurité publique en raison de son activité syndicale. On l’interna à la citadelle de Sisteron, au Chaffaut (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), puis aux camps de Nexon et de Saint-Paul d’Eyjeaux (Haute-Vienne). On le libéra le 10 décembre 1942. Début 1943, il fut employé comme manœuvre terrassier chez A. Suvérand, entrepreneur de travaux publics, à Istres (Bouches-du-Rhône). Convoqué au STO le 28 juillet 1943, il y fut réfractaire. Afin de cacher sa profession d’ajusteur-mécanicien, il se fit embaucher comme paysan du 30 juillet à mi-septembre 1943 chez Lucien Arnaud à Bellegarde (Gard), puis chez Berthe Mallet à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) jusqu’à la fin du mois de novembre.
Entre septembre et décembre 1943 (la date diffère selon les versions), André Cometto devint, avec le grade de sergent, agent de renseignement pour les Francs-Tireurs et Partisans français du canton de Saint-Gaudens, dont Pitou (ou Piton) était le chef de secteur. Il avait la tâche de trouver des complicités et des liaisons dans les gendarmeries, les postes et les mairies des communes du canton, de repérer les éléments collaborateurs et vichystes et d’organiser la récupération des titres alimentaires et de tabac pour le maquis. Au début de mars 1944, il était attaché à l’état-major FTPF de Haute-Garonne 4e région en tant que lieutenant et adjoint recruteur régional. Son périmètre d’activité comprenait l’ensemble de la 4e région exceptée la ville de Toulouse. Il était chargé de recruter de nouveaux membres pour les FTP et les Milices patriotiques par l’intermédiaire des responsables de villes et de villages, formant des groupes à la fois légaux et illégaux pour le maquis, et organisant des liaisons avec les principaux foyer de résistance du secteur, Boulogne-sur-Gesse et la Montagne noire. Son autorité s’étendait sur 500 hommes des Milices patriotiques et 300 des FTP. Il assurait la liaison permanente avec l’ensemble des recruteurs locaux et au moyen de passes avec l’ensemble des maquis de la région. Il secondait Pierre Touja, dit "Paul Dauba". Celui-ci rédigera pour lui une attestation en septembre 1945 pour témoigner de son rôle dans la Résistance. Leur responsable hiérarchique était Fernand Cortale, dit « Gravas », commandant des FTPF de Haute-Garonne.
Le 4 juin 1944, André Cometto fut chargé de rétablir la liaison avec la direction du maquis de Boulogne-sur-Gesse, coupé du reste de la région suite à son repli causé par une attaque allemande. Le 7 juin, il participa à une attaque de nuit contre la caserne du 6e régiment du Groupe mobile de réserve de Saint-Gaudens. Cette opération, réalisée par surprise et avec complicité, se solda par la récupération de trois tonnes d’armes et de munitions. Cometto commandait alors un groupe de dix combattants FTP. Le 10 juin, il prit part à la surveillance armée d’un croisement de route près de Saint-Marcel en faisant un barrage avec une équipe volante de six hommes. Il fut dénoncé par un convoyeur affecté à son service (qui sera selon lui plus tard condamné par le tribunal de Toulouse à la prison à perpétuité). Il fut arrêté par la Gestapo le 22 juin 1944 à Toulouse avec Jean Rouquet, dit « Georges », capitaine FFI, responsable de la lutte armée dans le département, alors qu’il effectuait une mission pour l’état-major. Passé à tabac dans les locaux de la Gestapo, rue Maignac, emprisonné sans jugement, il fut détenu à la prison Saint-Michel à Toulouse. Jean Rouquet attesta en septembre 1952 que Cometto avait gardé le silence malgré la torture (il subit des sévices physiques et alimentaires), permettant à l’état-major FTPF de la 4e région de poursuivre le combat. Il ajoutait que Cometto « fut un chef qui fit preuve d’initiative et de courage ».
![Fiche d'enregistrement à Buchenwald [Archives Arolsen]](https://static.wixstatic.com/media/080998_e64bff6140dd4b44825c1614cb3a55fd~mv2.jpg/v1/fill/w_980,h_703,al_c,q_85,usm_0.66_1.00_0.01,enc_avif,quality_auto/080998_e64bff6140dd4b44825c1614cb3a55fd~mv2.jpg)
André Cometto fut déporté le 30 juillet 1944 à bord du convoi I. 252 au départ de la gare Raynald de Toulouse et à destination de Buchenwald. L’armée allemande, voulant échapper à la progression des troupes alliées, fit ainsi évacuer plusieurs centres d’internement de la région, dont le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). On ajouta aux détenus du camp de nombreux réfugiés espagnols internés, des familles entières de juifs, des résistants raflés en Haute-Savoie et des FTP des Bouches-du-Rhône. D’après une note du Secours catholique international du 18 décembre 1944, le train passa par Sète, Montpellier, Nîmes, Avignon, Orange, Valence, Chalon-sur-Saône, Dijon, Chaumont, Lunéville et Weimar. Les hommes adultes furent ensuite transportés jusqu’au camp de concentration.André Cometto fut considéré comme blessé le 31 juillet 1944. Peut-être avait-il été brutalisé par les soldats allemands. Son arrivée fut enregistrée le 6 août par l’administration de Buchenwald et les effets personnels qu’il avait sur lui furent inventoriés : un gilet, un pantalon, un maillot de corps, un slip, une paire de chaussures, une paire de chaussettes, un portefeuille, du papier et un stylo plume. Il y reçut le matricule 69954.
Après la période de quarantaine au Petit camp imposée aux nouveaux arrivants, il resta dans le Block 10 du Grand camp, affecté à des Kommandos intérieurs, travaillant notamment à l’entrepôt de construction, comme terrassier, bûcheron, poseur de voies, serrurier et aide-pompier. Au sein de l’organisation politique clandestine à l’intérieur du camp, il était responsable militaire d’un groupe de dix. Le 11 avril 1945, il prit part à la lutte armée pour la libération du camp, facilitée par l’avancée des troupes alliées, en tant que membre de la Brigade française d’action libératrice. Évacué le 9 avril 1945, il marcha dans une « colonne de la mort » vers le camp de Flossenbürg, en Bavière. Un officier SS lui fractura le nez d’un coup de crosse de mitraillette. Il fut libéré le 23 avril 1945 par les blindés américains. Le 2 juin 1945, il était rapatrié par un avion anglais depuis Ratisbonne (Regensburg) jusqu’à Paris-Le Bourget. Au centre d’accueil de l’hôtel Lutetia à Paris (VIe arr.) on lui délivra une carte de rapatrié (n°0812727). Le lendemain, il rentrait à Marseille où il fut hospitalisé à l’hôpital Saint-Joseph, avant de passer le mois de septembre dans une maison de repos à Toulouse.
![Réunion du comité national de l'Association Buchenwald-Dora et Kommando, La Plaine Saint-Denis, 4 février 1984. De gauche à droite : André Cometto, Jean Duprat, Joseph Salamero, Madeleine Quêré [Le Serment n°165]](https://static.wixstatic.com/media/080998_0a7ec8b84f474e5599b132d4490ea7a5~mv2.png/v1/fill/w_498,h_298,al_c,q_85,enc_avif,quality_auto/080998_0a7ec8b84f474e5599b132d4490ea7a5~mv2.png)
En septembre 1945 le chef de bataillon Fernand Cortale, dit « Gravas », commandant des FTPF de Haute-Garonne, attesta de l’appartenance de Cometto aux FTPF en tant que recruteur adjoint de mars 1944 jusqu’à son arrestation par la Gestapo. Il fut cité à l’ordre du régiment FFI le 13 décembre 1947 dans la XVe région militaire à la demande du chef de corps, le lieutenant colonel Pétré : « Résistant de la première heure, n’a cessé de lutter contre l’occupant, avec une ardeur indomptable. Arrêté et déporté en Allemagne, a supporté ses souffrances avec un courage et une foi patriotique exemplaires. » En mars 1948, il fut homologué aspirant pour la 5e région de Haute-Garonne. Il reçut la Croix de guerre avec étoile de bronze le mois suivant et fut homologué FFI au mois d’août.
Depuis 1947 au moins, il était domicilié au 16 rue du 4 septembre à Saint-Chamas, une adresse qu’il conserva longtemps. Il était actif dans la section PCF locale. En juillet de cette année-là, il envoyait 300 F à Rouge-Midi « pour la défense de la République » à l’occasion de la naissance de sa fille Josette. Le montant fut publié en première page du journal au niveau du bandeau de titre. En novembre 1948, il fit parvenir 410 F à l’Humanité qu’il avait collectés.
![André Cometto (au centre) accompagne des jeunes lors d’un voyage à Buchenwald et Dora en 1996 [Le Serment n°295]](https://static.wixstatic.com/media/080998_1efb9bab0ca247989ea04d5d0a805782~mv2.jpg/v1/fill/w_550,h_274,al_c,q_80,enc_avif,quality_auto/080998_1efb9bab0ca247989ea04d5d0a805782~mv2.jpg)
André Cometto fut un membre actif de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes). En janvier 1948, lors du renouvellement du bureau du comité local de Saint-Chamas, il était élu secrétaire administratif. Les autres membres du bureau étaient : Charles Martin (déporté à Buchenwald), président ; Marie Fabre (veuve de déporté), vice-président ; Gabriel Zierchier (interné et emprisonné en France), secrétaire ; Etienne Boissin (interné), trésorier ; André Goubier (interné), chargé de la presse et de la littérature. Il était investi en outre dans l’Amicale puis l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, qu’il anima longtemps dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il fut membre du comité national, vice-président puis président.
En janvier 1957, en raison de problèmes de santé qui l’affectaient sur les plans physique et psychique, la commission de réforme évalua son degré d’invalidité à 20 % et lui octroya une pension temporaire de 40 %. Au mois d’avril, il était homologué Déportés et internés de la Résistance.
En 1973 et en 1974, Cometto obtint du comité d’entreprise de Shell à Berre l’envoi de quinze jeunes gens pour visiter le mémorial de Buchenwald. Pendant des années il accompagna à Buchenwald et Dora les jeunes lauréats du concours de la Résistance. Il fit également des interventions dans les établissements scolaires afin que les jeunes générations sachent ce qu’avaient été le nazisme et la déportation. Il fut décoré de la Légion d’Honneur. Une fois à la retraite retraite, il assura la présidence locale de l’association Tourisme et Travail.
Lorsque son état de santé ne lui permit plus de continuer à assurer ses fonctions, sa fille, Danielle Courrent, le remplaça au comité national de l’Association Buchenwald-Dora et Kommando et sa femme Delphine prit le relai pour une partie de ses activités. Il était alors membre du comité d’honneur de l’association.
Sources : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, État civil de Cornillon-Confoux, Naissances 1920, Acte n°3, 202 E 1190 ; Recensement militaire, Matricule 1137, classe 1908 (concernant Jean Cometto) ; Recensement de la population de Saint-Chamas, 1931, 6 M 513. — SHD Vincennes, GR 16 P 139468. — SHD Caen, AC 21 P 730145 (nc). — L’Humanité, 23 novembre 1948 (BNF-Gallica). — Bulletin trimestriel n°20 de l’Amicale des Déportés Résistants Patriotes et Familles de Disparus de Buchenwald-Dora et Commandos dépendants, juillet-septembre 1954. — Le Serment, bulletin bimestriel de l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, n°97, mars-avril 1974 ; n°165, mars 1984 ; n°262, novembre-décembre 1998 ; n°295, mai-juin 2004. — Livre-Mémorial, Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Archives Arolsen. — Liste du convoi "BDS Paris" arrivé le 6 août 1944 à Buchenwald. — Archives de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos. — Propos recueillis auprès de René Caramini. — Site Match ID, Acte n°64, Source INSEE : fichier 2004, ligne n°165047.
Iconographie : Archives Arolsen. — Le Serment. — SHD Vincennes, GR 16 P 139468.
1ere version dans Le Maitron. 1er juillet 2022.
2e version : 29 juin 2026.




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