CHEINET Jean-Claude
Né le 16 septembre 1943 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; professeur ; militant communiste ; militant pour l’écologie politique, un des créateurs et animateurs du Mouvement national de luttes pour l’environnement (MNLE) ; conseiller municipal puis adjoint au maire de Martigues (Bouches-du-Rhône) (1995-2008).

Jean-Claude Cheinet était issu d’une famille de petits fonctionnaires. Son père, employé à la préfecture à Marseille, dut quitter son poste en 1949 pour cause de répression antisyndicale et politique ; sa carrière se déroula ensuite dans le département voisin, à Avignon (Vaucluse) où il devint directeur territorial à la préfecture. Sa mère, née Suzanne Féraud, d’abord institutrice dans le nord des Bouches-du-Rhône, fut nommée dans le Vaucluse comme maîtresse de cours complémentaire ; elle avait adhéré au PCF durant quelques années, sans doute entre 1944 et 1952. Son grand père, instituteur, révoqué par le régime de Vichy pour refus de prêter serment au maréchal Pétain en 1941, fut réintégré dans l’Éducation nationale à la rentrée de 1944.
Après l’école communale de Graveson puis celle d’Eyragues (Bouches-du-Rhône), Jean-Claude Cheinet rejoignit le lycée Frédéric-Mistral à Avignon. Il vécut son entrée en 6e comme une « irruption » dans un monde de professions libérales et de commerçants, dont les codes lui étaient étrangers. Ceux dont l’avenir dépendait des études détonnaient par rapport à ceux à l’avenir assuré. Il prit ainsi conscience de la réalité des classes sociales. Il obtint les deux parties du baccalauréat en 1960 et 1961. Bon élève, il fut admis dans la classe préparatoire à l’ENS de Saint-Cloud (option histoire-géographie) au lycée Henri-IV à Paris. Pensionnaire comme ses condisciples venus de province, il se trouva à nouveau en décalage par rapport aux étudiants parisiens externes issus de milieux aisés. Son accent méridional, objet de rejet par certains professeurs (dont Michard), témoignait, selon lui, d’un véritable « mépris de classe ».
Il adhéra à l’Union des étudiants communistes (UEC) dès 1961 au « secteur Prépa de Paris ». N’ayant pas réussi à intégrer l’ENS, il poursuivit des études d’histoire-géographie à la Sorbonne, après avoir réussi en 1963 au concours de l’IPES (Institut préparatoire aux enseignements de second degré) en même temps que le certificat d’études littéraire général. Les deux années suivantes, il obtint la double licence, mention histoire et mention géographie.
Cette période correspondit à son engagement plus actif dans le militantisme syndical à l’UNEF, et politique à l’UEC au secteur lettres de la Sorbonne. Il participa en février 1963 au 6e congrès de l’UEC à Châtillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine), au cours duquel éclatèrent les divergences aboutissant au basculement de la direction de l’organisation dans l’opposition à la direction du PCF. Jean-Claude Cheinet vécut ces débats et ceux qui suivirent, comme des affrontements confus mais participa néanmoins aux combats internes de ceux qui s’opposaient à la direction de l’UEC, comme Guy Hermier, et étaient soutenus par la direction du PCF. Il adhéra d’ailleurs en même temps au Parti communiste en 1963 à Antony (Seine, Hauts-de-Seine) dans la cellule de la cité universitaire où il résidait.
En 1965, Jean-Claude Cheinet fut un des animateurs du mouvement de protestation des étudiants de cette résidence universitaire. L’AERUA (association des étudiants), joignant revendications sociales et pour les libertés, initia une lutte de masse préfigurant à bien des égards Mai 1968. Avec quatre autres camarades, il fut traduit en conseil de discipline et exclu de sa faculté pour deux années.
Réinscrit à la faculté d’Aix en 1966, il y soutint un diplôme d’études supérieures d’histoire et géographie sous la direction de Pierre Guiral et Claude Mesliand, portant sur « Cavaillon au XIXe siècle : transformations du monde rural ». Vint ensuite la préparation à l’agrégation à Aix en 1967, en quatrième année d’IPES.
Ayant adhéré au Parti communiste en 1963 à Antony, il milita au gré de ses lieux d’étude, dans la cellule de la résidence universitaire jusqu’en 1965, puis à Aix-en-Provence et à nouveau à Antony. Il suivit aussi les écoles de formation du parti : école fédérale d’Allauch à la Pounche (Bouches-du-Rhône) en 1966 ; puis école centrale à Choisy-le-Roi, en 1977.
De retour à Paris, Jean-Claude Cheinet travailla en 1967-1968 comme maître auxiliaire au lycée Henri-IV à Paris. Au lendemain de la fin des épreuves écrites de l’agrégation, le 4 mai 1968, il rejoignit le mouvement étudiant, et contribua à l’organisation de la manifestation du 13 mai à Paris, unissant étudiants et travailleurs. Il participa ensuite à la création d’un « comité CAPES-Agrég. » et fut élu au bureau dès la première AG dans « l’enthousiasme et la confusion ». Il œuvra pour que les AG débouchent sur des revendications concrètes et critiqua l’écart entre les vœux qu’elles formulaient et leur traduction par le bureau. Il fut dénoncé comme « stalinien » par une militante trotskyste de la FER, et non suivi par l’AG pour sa proposition réitérée de démettre un bureau régulièrement minoritaire. Après avoir participé à toutes les manifestations unitaires avec la CGT, il se lança, après la Pentecôte, dans la préparation des élections législatives au sein du Parti communiste.
Il réussit aux épreuves du CAPES d’histoire-géographie, décalées en août-septembre 1968, et fut affecté en 1968-1969 au Centre pédagogique régional (CPR) de Paris, effectuant ses stages au lycée Louis-le-Grand, avec comme conseillers pédagogiques Robert Blanchon (futur IG), puis au lycée Victor Duruy, Durif (futur IPR).
En 1969-1970, il dut faire son service militaire qu’il accomplit durant 18 mois dans le cadre de la coopération militaire au Mali (Bamako), comme professeur à l’École normale secondaire de Badalabougou. Sa carrière de professeur certifié se déroula d’abord dans le Val-d’Oise — lycée de Gonesse (1970-1973), CES Saint-Exupéry de Villiers-le-Bel (1973-1975), CES d’Arnouville-lès-Gonesse (1975-1976) — puis dans son département natal des Bouches-du-Rhône à Martigues, au CES Henri Wallon (1976-1978) et enfin au lycée Jean-Lurçat (1978-2004) où il prit sa retraite.
Jean-Claude Cheinet épousa Marguerite, Maguée Faury en 1968 à Antony. Ils eurent deux fils : Florent (né en 1972), et Sylvain (né en 1974). Professeure certifiée d’anglais, elle effectua l’essentiel de sa carrière au lycée Paul Langevin de Martigues, dont elle fut secrétaire de la section syndicale (S1) du SNES-FSU.
Lui-même avait adhéré au SNES dès sa première année à l’IPES, en 1963, et y demeura jusqu’en 2005, un an après sa retraite de l’enseignement. Il fut membre des bureaux des S1 des différents établissements dans le Val-d’Oise puis de Martigues, jusqu’en 1995.
Dès le départ, les orientations des recherches de Jean-Claude Cheinet portèrent sur l’interface histoire, géographie, écologie (évolution des milieux sous l’influence des sociétés humaines à travers le temps). Par la suite, il axa sa réflexion sur la recherche de convergences nouvelles pour aider son parti à changer concrètement la société française. Les travaux de D. Harvey, géographe américain, l’amenèrent à travailler sur les prolongements politiques des oppositions d’intérêts, visibles dans les options d’aménagements locaux, et la construction de convergences de luttes nationales ou internationales. Dans ce cadre, l’écologie politique devait constituer l’une de ces approches « pour donner à penser massivement l’exigence d’une société nouvelle, pour construire des rassemblements reliés à des luttes sociales et environnementales, et conforter l’exigence de démocratie à tous les niveaux… ». Déçu par le côté formel du trentième congrès du PCF tenu en mars 2000 à Martigues, où seuls les ténors furent écoutés, « selon un ballet qui semblait réglé ailleurs », Jean-Claude Cheinet agit alors pour que son parti accentue l’expression de son projet de société et donne de l’importance au défi écologique. Il fut ainsi membre du comité fédéral de 1993 à 2005, puis du bureau fédéral, enfin du comité régional (trésorier) jusqu’en 2005.
Au niveau régional, il devint en 1982 vacataire sur un poste de chargé de mission auprès des élus communistes qui avaient intégré la majorité de gauche du Conseil régional après 1981. Il discerna très vite le rôle essentiel, pour « avancer et construire », tenus par deux élus communistes : Pascal Posado et Louis Minetti. Alors que Michel Pezet (successeur de Gaston Defferre à la présidence du conseil régional), lançait des États généraux pour la préparation d’un nouveau contrat de plan État-Région, Jean-Claude Cheinet participa dans le champ « environnement » à l’organisation d’une grande consultation des associations et syndicats. Cela le conduisit à participer à la création de la revue de l’IRM (Institut de recherches marxistes), Avis de recherches, suivie de la responsabilité (proposée par Robert Bret, alors secrétaire fédéral) de la commission fédérale écologie 13 (1986 à 2005). Il prolongea cette responsabilité, dès 1986, à la commission nationale écologie du PCF avec Andrée Lefrère puis Sylvie Mayer, puis à la coordination nationale de cette commission où il était toujours présent en 2021. Il était aussi responsable de rubrique pour la revue communiste Progressistes.
Au niveau local, Jean-Claude Cheinet fut un animateur de l’association « Sauvegarde & protection de la nature » qui dès 1976 posa les questions d’écologie. Il fut ensuite élu conseiller municipal de Martigues en 1989, délégué à l’étang de Berre, dans la municipalité communiste de Paul Lombard. Lors des deux mandats suivant (1995-2001 et 2001-2008), il fut maire adjoint, en charge des questions d’environnement et des risques majeurs. À ce titre, il participa à divers organismes intercommunaux de l’Ouest et de l’étang de Berre : SISEB (Syndicat intercommunal de sauvegarde de l’étang de Berre), GIPREB (Syndicat mixte de gestion intégrée prospective et restauration de l’étang de Berre), membre du bureau de AIRFOBEP (Association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air de la région de l’étang de Berre et de l’ouest des Bouches-du-Rhône). En 2006, il fut élu président du Parc marin de la Côte Bleue, puis du CYPRES (Centre d’information et de prévention sur le risque industriel et la protection de l’environnement), né en 1991 pour disposer d’une structure permanente faisant l’interface entre l’État, les collectivités et les industriels dans la région. Enfin il créa un « CLIC expérimental » à Martigues, organisme innovant sur les risques technologiques, idée reprise dans la loi de 2003. À bien des égards, il avait, dans toutes ces implications, et selon ses termes, « repris le flambeau » des actions de la ville pour le cadre de vie, en tentant de leur donner une ampleur nouvelle et des perspectives.
Jean-Claude Cheinet prolongea l’ensemble de ses missions menées en tant qu’élu local dans des engagements associatifs. En 1983, il participa, avec Brigitte Berland, à la création du MNLE-13 (Mouvement national de luttes pour l’environnement). En 1986, il en était le principal animateur, puis il s’investit au sein du MNLE-PACA ; à ce titre, il participa à la rencontre sur les percées alpines à L’Argentière-La-Bessée (Hautes-Alpes). Animateur, toujours au sein du MNLE, des luttes sur la réhabilitation de l’étang de Berre entre 1988 et 1990, il participa aussi à la création puis au développement de l’association ARCADES d’aide au développement de la vie associative. Il en devint président régional, lorsque l’association prit de l’extension et créa des filiales départementales. Il fut aussi durant plusieurs années trésorier de l’ADEVR (Association de défense de l’environnement de la vallée du Rhône) présidée un temps par Vincent Porelli puis par Hervé Schiavetti.
À travers toutes ces propositions et actions, Jean-Claude Cheinet donna cohérence à la revendication de protection de l’environnement de l’étang de Berre, en la reliant à l’aménagement et à l’équipement de cette région profondément urbanisée et industrialisée. En 2019, les métallurgistes CGT de Fos reprirent d’ailleurs sa démarche dans un comité de surveillance des risques industriels, joignant modernisation, emploi et sûreté environnementale. Et depuis 2016, il était président de l’association « Étang de Berre patrimoine universel » qui demandait l’inscription de l’étang et de ses rives au patrimoine de l’Humanité de l’Unesco. Il s’agit selon lui de mettre en valeur « le côté de laboratoire vivant de la résilience écologique et des dynamiques d’aménagement concerté à conforter ». Le label couronnerait ainsi bien des efforts sur la longue durée des militants associatifs, et politiques.
À partir de son expérience d’élu local à Martigues, il prit conscience de la différence d’approche entre le positionnement partisan ou associatif et celui d’élu devant tenir compte de son rôle de représentant d’une collectivité entière au sein des institutions.
Jean-Claude Cheinet compléta ce parcours militant qui articulait questions sociales et questions environnementales, en étant formateur-conférencier dans les écoles centrales du PCF, intervenant dans les domaines de l’histoire du mouvement ouvrier et de l’écologie. Il contribua ainsi à une approche communiste des questions écologiques dans un parti qui restait imprégné d’autres formes d’action et d’autres préoccupations plus immédiates, pour combattre dans l’urgence les offensives ultra-libérales. Mais un pas en avant fut franchi en direction de tous les militants notamment lors de la période pendant laquelle Hervé Bramy eut cette responsabilité.
Œuvre : Un chapitre sur l’étang de Berre dans « Écologie et progrès » ouvrage collectif, éditions Naturellement, 1997. — Articles dans : Avis de Recherche revue de l’IRM Sud ; sur l’étang de Berre dans Écologie et politique n°8 / automne 93, dans Le courrier de l’environnement de l’INRA janvier 1994 ; dans Naturellement revue du MNLE ; Progressistes revue du PCF (responsable de la rubrique écologie) ; dans n°53 de Après-demain revue de la LDH sur « Les conditions de la confiance dans l’industrie » ; « Faire connaitre la richesse de l’Étang de Berre », articles divers dans La Marseillaise (certains sous pseudonyme : Jean Charles Challier), lors du dépôt de candidature à l’UNESCO par l’association « Étang de Berre patrimoine universel » — Des étangs du soleil à découvrir, Éditions Émile Communication, Marseille 2020.
Sources : Arch. de la Fédération du PCF, Arch. Dép. Bouches du Rhône, 315 J. — Notes et témoignages écrits de Jean-Claude Cheinet –– Victor Michel, « L’écologie autour du XXIIe congrès en 1976 » ; Sylvie Mayer, « Des actions concrètes en matière d’écologie », dans Cause commune, revue d’action du PCF nos 14/15, janvier-février 2020 (dossier « PCF cent ans d’histoire »). — Luc Foulquier, « Les communistes et l’écologie dans les Bouches-du-Rhône » ; Bernard Régaudiat, « Le PCF des Bouches-du-Rhône entre 1970 et 1990 : la fin d’une époque », dans Gérard Leidet (dir.), Le PCF dans les Bouches-du-Rhône, 1920-2020, cent ans de luttes et de débats, PROMEMO, 2020. — Notes de Jean Reynaud.
1ere version dans Le Maitron par Gérard Leidet : 21 août 2021.
2e version complétée par moi : 30 août 2026.




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